Last Flag Flying : La dernière tournée

siRichard Linklater, 2017 (États-Unis)

Le sujet d’un vétéran qui s’en va chercher la dépouille de son fils tué en 2003 durant la guerre en Irak, ça peut faire peur, surtout au début du mandat présidentiel de Trump. Ce qui peut faire peur, c’est de constater que le réalisateur que l’on a apprécié pour sa sensibilité, ses personnages et notamment sa manière de traiter à l’écran le temps qui passe (la trilogie des Before débutée en 1995, ou Boyhood en 2014), développe des idées politiques qui nous rebutent. Bon,le Texan sur ce point nous rassure : le film se positionne clairement sur l’illégitimité des guerres déclenchées par les États-Unis à l’extérieur (le Vietnam à laquelle a participé le père et la deuxième guerre en Irak dont ne réchappe pas le fils), rappelle les mensonges d’État qui devaient soit-disant les légitimer, les excès des soldats lâchés dans ces brasiers et les séquelles avec lesquelles ils s’efforcent de vivre une fois revenus à la vie civile.

À partir du roman de Darryl Ponicsan, Linklater fait le portrait de trois anciens Marines usés, Doc, Sal et Mueller, qui traversent l’Est des États-Unis pour des funérailles. Apprenant que son fils n’est pas mort en héros, contrairement à ce que le gouvernement et l’armée veulent faire croire, Doc refuse l’enterrement officiel au cimetière militaire d’Arlington. De Dover à Portsmouth en passant par Pittsburgh et New York, les ex-Marines s’autorisent bien quelques excès mais finissent plus sobrement leur route, avec toute la solennité dictée par les circonstances. L’enterrement auquel on assiste est « simple » comme ils l’ont voulu. Pas de hauts gradés présents, pas de médaille, ni de salves tirées aux fusils. Cependant, la cérémonie n’est pas dégagée de tout l’apparat militaire comme on aurait pu s’y attendre. Linklater met en scène le patriotisme de ses protagonistes et en conséquence l’uniforme enfilé et ce qu’il représente nous embarrassent quelque peu. On pourra toujours se dire que pour ces funérailles, ni militaires, ni vraiment civiles, uniformes et drapeau ne sont plus seulement ceux de l’armée et du pays. De même, le dernier drapeau que l’on voit à l’écran ne vole pas. Replié précautionneusement, il est devenu le symbole du fils perdu, celui tué dans une guerre qui échappe à tous et, en premier lieu, aux États qui la font. Certaines répliques de Sal et Mueller font d’ailleurs allusion à une réappropriation personnelle des symboles et du cérémonial. Néanmoins, pas sûr que l’attachement à ces codes et aux couleurs passent complètement.

À travers le road-movie, le réalisateur de Everybody wants some!! (2016) se donne aussi l’occasion, de filmer un autre groupe de copains, plus âgés cette fois, et ayant besoin de plus de temps pour renouer avec la spontanéité passée. Sal et Mueller, respectivement barman et révérend, partent accompagner Doc quand celui-ci vient les chercher. On s’amuse à voir Steve Carrel assagi épaulé par ce démon de Bryan Cranston d’un côté et par le prêtre Laurence Fishburne de l’autre. Le casting est bien senti. En outre, tout le sel de la virée funèbre vient des chamailleries entre Cranston et Fishburne, mais aussi des incartades auxquelles Cranston poussent les deux autres. L’humour n’est pas toujours des plus fins (les souvenirs de caserne), mais la bonne humeur l’emporte largement. De même, la complicité joyeuse lentement retrouvée et cet équilibre avec les moments un peu mornes font le plaisir du film, et cela malgré l’uniforme.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*