La terre des pharaons

Howard Hawks, 1955 (États-Unis)

Entre Les hommes préfèrent les blondes (1954) et Rio Bravo (1959), Howard Hawks décida de faire un péplum, si possible plus impressionnant encore que ceux réalisés par Cecil B. De Mille. Le thème qu’il choisit est celui de l’érection de la grande pyramide de Gizeh par un peuple asservi (les Kushites) sur le commandement du pharaon Kheops.

Kheops (Jack Hawkins) est obnubilé par les trésors amassés nécessaires à sa seconde vie et afin de les protéger ainsi que son corps momifié, il passe un accord avec l’esclave architecte Vashar (James Robertson Justice) pour construire un tombeau inviolable. Vashar exige en retour la liberté de son peuple jusque-là soumis au pouvoir du pharaon. Pendant ce temps, la chypriote Nellifer (Joan Collins), une des princesses assujetties que Kheops a pris pour compagne, fomente un complot qui lui permettrait d’acquérir puissance et richesse à la place du pharaon. De tous ces personnages, seuls Vashar et son fils, qui ont de nobles aspirations et jamais ne pensent à mal, sont sauvés par Hawks. Kheops et Nellifer sont, eux, condamnés par leur égoïsme et leur cupidité.

Les évocations de l’Egypte antique par Hollywood n’ont jamais été très soucieuses des représentations qu’ont les historiens de cette époque, ce que constate volontiers l’historien cinéphile Jean Tulard lorsqu’il est interrogé à ce propos sur Canal Académie (émission du 16 novembre 2006). Il note ainsi des répliques que l’on imagine plus facilement prononcées au sein d’une famille dans les années 1950 et encore à notre époque, plutôt que par le pharaon et sa reine au IIIe millénaire avant notre ère. Lors d’une scène qui prête à sourire, Kheops lit un message sur papyrus (ou bien pire, sur papier ?!) qu’on vient de lui apporter et, contrarié, il le froisse et le jette. Le geste et l’attitude paraissent bien contemporaines… Pourtant, ces anachronismes n’ont gêné ni les scénaristes, ni le réalisateur. Comme dans Le grand sommeil (1947), le prix nobel de littérature William Faulkner contribua au scénario mais il ne connaissait rien à l’Egypte des pharaons et n’avait, en vérité, que faire du sujet. Sa participation ne s’avéra pas d’une très grande utilité et Hawks construisit par conséquent son histoire petit à petit pendant le tournage. Il sembla qu’il n’eût pas vraiment idée le soir de ce qui allait être fait le lendemain*.

La terre des pharaons se fit tant bien que mal et l’épopée produite ne laisse aucunement deviner les déboires du tournage. Les plans de foule impressionnent encore, tout comme l’évolution du titanesque chantier dans le désert égyptien (Hawks évite soigneusement de proposer des hypothèses sur l’élévation des gigantesques blocs de pierre pour l’édification de la pyramide). L’intrigue qui se noue à l’intérieur du palais du pharaon n’est pas malhabile non plus. Etonnamment, malgré sa vision « carte postale » de l’Egypte (la pyramide, l’oasis et les crocodiles), des personnages dépeints en deux traits de caractères, des trompettes et des chants répétitifs et peu agréables, La terre des pharaons se regarde sans grand déplaisir.






*Noël HOWARD, Hollywood sur Nil, Paris, Fayard, 1977.

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