La revanche de Robin des Bois (The men of Sherwood Forest)

Val Guest, 1954 (Royaume Uni)

Franche camaraderie sous les bois et pure vilenie des opposants, efforts d’acrobaties (on s’accroche au lustre comme l’aurait fait Errol Flynn), personnages en collants…Les aventures de Robin des Bois de la Warner (1938) aurait très bien pu servir de modèle à la Hammer…

La revanche de Robin des Bois profite en réalité du succès des toutes récentes adaptations américaines de récits médiévaux, Ivanhoé (1952) et Les chevaliers de la table ronde (1953), réalisés par Richard Thorpe pour la MGM, et surtout Robin des Bois et ses joyeux compagnons de Ken Annakin produit par Disney (1952).

Pour la Hammer, c’est une incursion dans un genre nouveau, le film de cape et d’épée, en définitive assez peu représenté dans son catalogue (et mis plus tard à la sauce fantastique, avec Captain Clegg de Graham Scott en 1962 ou le très palpitant Capitaine Kronos, tueur de vampires de Clemens en 1974). Autre nouveauté, pour le premier le film en couleur des studios, c’est l’occasion d’expérimenter un procédé récemment mis au point, le Eastmancolor, plus simple et moins coûteux que le Technicolor. A noter que les premiers films d’horreur de la Hammer en couleur, Frankenstein s’est échappé (Fisher, 1957), Dracula (Fisher, 1958) et de nombreux autres sont tournés en Eastmancolor (H. Maxford, Hammer Complete: The films, the personnel, the company, 2019, art. « Eastmancolor », p. 245).

L’intrigue ravive le complot du prince Jean contre son frère Richard, retenu prisonnier en Allemagne. Nous sommes en 1194 et Robin et ses compagnons sont déjà installés dans la forêt de Sherwood. Le récit joue beaucoup sur la tromperie, en tout lieu, des uns et des autres. On change de décors, on change de costumes, on ose le rouge en pleine Guerre Froide (aucun symbolisme toutefois car la couleur est partout). Les combats sont mous et très brouillons, mais malgré ses défauts, le film ne s’en tire pas mal.

Plusieurs rôles sont sacrifiés (Petit Jean…), mais d’autres sont valorisés, comme frère Tuck. Interprété par Reginald Beckwith, le moine, très présent, apporte de la bouffonnerie à l’aventure. Moins prieur que joueur, moins dévot que grippe-sou, il dupe les seigneurs qui l’accueillent avec une roulette ramenée des Croisades (un plat en or et des signes astrologiques). Trois scènes plus loin, c’est au tour des gardes qui le retiennent prisonnier d’être bernés avec une partie de strip-poker. Côté running gag, un garde grand dadais reçoit son lot de coups sur le bassinet. On s’attache assez aussi à Don Taylor qui interprète Robin. En v.o., sa voix singulière, roque, chaude, est plaisante à entendre (en français, il profite du talent de Jacques Beauchey). Le jeu est outré, l’ensemble faussement théâtral, mais c’est tout à fait caractéristique des productions Hammer et cela participe en général au charme désuet de ces séries B. Pas de Marianne dans cette version. Une touche féminine cependant et non des moindres : Lady Alis, la nièce du seigneur traître, jouée par Eileen Moore, une superbe robe bleue pour la mettre en valeur, déguisée en prêtre pour descendre dans les geôles jouer de la lime sur les chaînes de Robin, ou à nouveau prête à l’action une plume sur le couvre-chef.

Le film est court, à peine plus d’une heure et quart, et le récit ne résout pas toutes les situations. C’est pourquoi on est surpris de trouver un des comploteurs, le comte Moraine (John Stuart), au plus près de Richard Cœur de Lion dans la toute dernière scène, sans que celui-ci soit puni ni même démasqué. Comme bien souvent, des scènes ont peut-être disparu au montage (si elles ont été tournées !). Ou bien une suite avait été imaginée et, pour une raison ou une autre, n’a jamais pu être réalisée. Cela n’empêche pourtant pas les studios anglais de rappeler « Robin Hood » à trois autres occasions : pour Le serment de Fisher en 1960, Le défi de Pennington-Richards en 1968 et Wolfshead de John Hough en 1973.

Une réponse à “La revanche de Robin des Bois (The men of Sherwood Forest)”

  1. Amateur des histoires à faire peur frappées du sceau du célèbre Marteau britannique, je n’ai pourtant jamais osé m’aventurer dans la forêt de Sherwood, préférant me cantonner aux laboratoires et autres châteaux transylvaniens. Cette couardise me fait verdir de honte tant les atours de cette version British des forfaits du sire Robin m’apparaissent dignes de mériter mon attention. J’y songerai donc à l’avenir.

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