La jolie fermière (Summer stock)

Charles Walters, 1950 (États-Unis)

Après 1945 et l’effort de guerre, les femmes renforcent leur place sur le marché du travail. Elles sont plus rares dans l’agriculture que dans les usines ou les services, mais La jolie fermière qu’interprète Judy Garland se montre aussi aisée à la tâche que Rosie la riveteuse dans son usine. La première scène la montre dans une douche, pas si éloignée des pin-up des magazines de l’époque. Pourtant, en un seul mouvement de caméra, voilà un instant plus tard la demoiselle en bleu de travail, et encore une scène après toute fière au volant d’un tracteur flambant neuf entonnant bien haut la chanson Happy harvest. La jolie fermière a du caractère et Judy Garland en salopette incarne une jeune femme de la campagne, certes, mais moderne (quoiqu’en dise le futur beau-père, directeur de drugstore), prête à diriger une ferme seule et tout autant à commander à toute une troupe d’acteurs fraîchement débarquée.

L’histoire prend place en Nouvelle Angleterre, dans la ferme de Jane Falbury (Judy Garland). Jane est seule avec sa gouvernante Esme (Marjorie Main dans un rôle très similaire à celui qu’elle avait dans Le chant du Missouri de Minnelli, 1944). Ses ouvriers agricoles, mal payés, viennent de la quitter, elle a cumulé d’importantes dettes et comme si cela ne suffisait pas, sa sœur Abigael (Gloria DeHaven) ramène Joe l’artiste (Gene Kelly) et toute sa troupe qui sont venus profiter de la grange pour monter un spectacle. « Fall in love », c’est le titre donné au spectacle à monter, toute la question est de savoir qui va tomber amoureux ? Les comédiens de leurs tâches dont les charge Jane à la ferme (traire les vaches, ramasser les œufs, donner à manger aux cochons) ? Joe de Jane avec laquelle les premiers échanges sont à la fois tendus et gênés ? Abigael d’Orville (Eddie Bracken), alors qu’elle est avec Joe au début du film et qu’Orville est fiancé avec Jane depuis quatre ans (et ne trouve pas de raison pour précipiter les choses) ? Ou bien Jane du spectacle, de ses chants et de ses danses qui l’inspirent au point de tenter un ou deux pas en essuyant la vaisselle ?

Les acteurs sont plaisants et les numéros chantés et dansés souvent charmants : le prêche de Gene Kelly dans la cuisine (Don’t be a lazy bird), la déclaration d’amour sur les planches ou la danse folklorique transformée en un mouvement résolument jazz (au cours duquel Jane rivalise plutôt crânement avec Joe). Kelly ajoute toujours sa propre fantaisie : cette fois, un numéro de claquettes qui inclut un jeu avec le craquement du parquet et le son d’un journal frotté puis déchiré. Le danseur intègre ses incongruités à ses gestes et à ses pas et offre ainsi, par ces choses du réel, banales, rustiques, tout son talent au plus grand nombre. Au montage, le film a bien des petits ratés. L’image est retouchée (accélérée ou passée à l’envers) et les effets comiques souhaités manqués. A la fin du tournage, le finale manque d’attrait ? Qu’à cela ne tienne, on rappelle Judy Garland pour un dernier numéro redoutable de femme fatale en chapeau noir, veste et collants, Get Happy.

A sa sortie, le film connaît un certain succès, il n’atteint pourtant pas son but. Après Parade de printemps (avec Astaire et Garland, 1948) et Entrons dans la danse (Astaire et Rogers, 1949), la MGM et Charles Walters se lancent dans le film pour relancer Judy Garland. L’actrice est au plus mal à cette époque. Et avec La jolie fermière, dont le tournage est raconté par tous comme un cauchemar, elle ne va pas mieux. Les studios la licencient immédiatement après. Kelly, lui, se prépare pour le tournage d’Un Américain à Paris. Pour que l’étoile Garland renaisse, il faudra attendre un nouveau mari, de nouveaux studios et, en 1953, George Cukor. Malgré les désillusions essuyées en coulisses, le film n’en est pas moins joyeux, simple et agréable.

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