La guerre des mondes

Byron Haskin, 1953 (Etats-Unis)

Ni fusils, ni canons, ni même la bombe atomique si effrayante ne parvient à les détruire. Les Martiens envahissent la Terre et les scientifiques estiment à six jours le délai nécessaire aux extraterrestres pour anéantir toute trace de la civilisation humaine (« autant de temps qu’il en a fallu au Créateur pour lui donner naissance »). Rayons lasers et jets d’étincelles surgissent des étranges engins de l’espace (le Technicolor valorise les verts et les rouges pendant que la bande son livre des effets démodés*). Ils pulvérisent tout, hommes et bâtiments, et transforment villes et campagnes traversées en de mortuaires déserts (quelques images des avenues de Los Angeles dépeuplées ont-elles pu inspirer Ranald MacDougall qui, en 1959, vide New York de ses habitants dans Le monde, la chair et le diable ?). Haskins a éliminé les tripodes originaux et les a remplacé par des vaisseaux volants (les fils qui les suspendent sont parfois visibles). Au sol, tentant de leur échapper, un couple très propre, le Dr Forrester et Sylvia (Gene Barry et Ann Robinson), le scientifique et la fille de pasteur (un peu hors sujet, le pasteur donne par ailleurs sa bénédiction concernant le couple juste avant de mourir).

Le thème et l’année de production alertent le spectateur, pour ce type de film l’interprétation classique d’une invasion communiste planétaire est tout à fait claire. Le seul plan net de la Terre vue de l’espace cadre parfaitement l’Amérique du Nord et le propos reste centré sur le thème de l’invasion (défense du territoire, cartes et QG militaires, fuite des populations…). L’U.R.S.S. n’apparaît pas dans la liste des Etats victimes des envahisseurs, mais plusieurs pays asiatiques (dont la Chine) sont cités avec d’autres puissances occidentales (comme la France qui voit Bordeaux rasée et la tour Eiffel brisée). Les Martiens sont bien soviétiques, mais ils ne touchent pas aux églises, seuls refuges possibles pour les hommes meurtris. Haskin ne change pas la fin du roman de H. G. Wells et si l’on poursuit jusqu’au bout la lecture « politique » faite du film, il semble que, pour Hollywood en pleine Guerre Froide, seule une intervention divine (les microbes !) puisse sauver l’humanité et l’idéologie américaine.





* Le site Mars et la SF propose quelques illustrations sonores de ces effets (consulté en juillet 2009).

Une réponse à “La guerre des mondes”

  1. Même si les effets spéciaux ont aujourd’hui forcément vieilli, ce film était à l’époque une petite révolution technique. Il est amusant de voir à quel point les « Martiens » effraient et fascinent encore de nos jours, même en sachant qu’il n’y a pas de vie sur Mars.

    La guerre des mondes a largement inspiré de nombreux films de science-fiction dans les années qui suivirent. L’exemple le plus éloquent est le nanar Independance day (Roland Emmerich, 2006) qui a eu pourtant un large succès commercial (la scène de l’attaque atomique sur les extraterrestres est littéralement copiée sur La guerre des mondes). Notons enfin que Steven Spielberg a réalisé un remake assez réussi en 2004 (même si Tom Cruise en fait parfois trop).

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