Fureur de vivre, La (Rebel without a cause)

Nicholas Ray, 1955 (États-Unis)

James Dean gagne la célébrité surtout grâce à deux films tournés en 1955, A l’est d’Eden d’Elia Kazan et La fureur de vivre de Nicholas Ray. Dans un bruit de tôle effroyable, il meurt en septembre de la même année à l’âge de 24 ans. L’image est à jamais figée, celle d’un jeune qui porte en lui un fort sentiment de révolte, celle d’un beau garçon au mal de vivre immanent, le Rebel without a cause du titre original.

L’une, Judy, a fugué (Natalie Wood), l’autre, surnommé Platon, a tué un animal domestique (Sal Mineo), le dernier, Jim Stark, a été retrouvé ivre (James Dean). Trois jeunes dans un commissariat qui ne se connaissent pas encore mais qui deviennent amis tant bien que mal. L’attirance mutuelle éprouvée par Judy et Jim, comme celle plus implicite de Platon et Jim, se heurte à l’ego et à la jalousie d’une petite frappe en cuir noir, Buzz (Corey Allen), qui, pour un oui ou pour un non, joue du cran d’arrêt. Buzz n’est pas seul, sa bande, qui compte parmi ses membres le très jeune Dennis Hopper, le suit fidèlement. Jim est en mal de repères : sa mère crie ou se désole, son père est un lâche, ce qu’il n’accepte pas. Un plan génial inscrit dans une diagonale qui traverse l’écran la mère dans le coin supérieur gauche, le père agenouillé et petit à droite et Jim tiraillé entre les deux.


Le mal être de ce dernier transparaît à l’image dès la première scène (son corps tombe lentement sur la chaussée et il s’y installe dans une position fœtale) et au travers des couleurs sombres et des ambiances nocturnes (lui, tache d’un rouge vif, se mouvant au milieu des ombres). Jim s’évertue alors à recréer un modèle familial : en jouant avec une peluche lors du générique d’introduction, en prenant de façon tacite Judy pour femme et Platon pour enfant. Platon est la clef de voûte de toute l’histoire. Avant Jim, il vit dans la solitude. Il reste isolé malgré ses tentatives de rapprochement avec celui qu’il admire. Jamais il ne trouve sa place dans la société (sa sexualité latente serait déviante selon la morale qui domine dans les années 1950 ; même ses chaussettes de couleurs différentes sont un indice de marginalité). Il est le fils sacrifié dont a besoin Jim pour devenir adulte et père.

A l’origine du mal de vivre de ces adolescents et jeunes adultes des années 1950, une rupture avec les générations plus anciennes. Alors que leurs parents sortent tout juste de la plus terrible des guerres que le monde ait connues, qu’ils se font peut-être plus protecteurs vis-à-vis de leurs enfants, les jeunes pensent à sortir et à s’amuser. Ils n’ignorent toutefois pas les dangers qui planent au-dessus de leur tête ; les relations internationales se tendent si fort à cette époque qu’elles font craindre à la population la répétition imminente d’un conflit mondial. En dépit de ce contexte particulier, en dépit d’une empreinte hollywoodienne rétro (Cinemascope et Warnercolor, partition de Leonard Rosenman qui signe aussi celles d’A l’est d’Eden ou de Barry Lindon de Stanley Kubrick en 1976), La fureur de vivre gagne une certaine intemporalité et séduit encore et toujours.

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