La collectionneuse

Eric Rohmer, 1967 (France)

Deux jeunes hommes « à la recherche du rien » passent du temps à l’ombre d’un arbre dans des peignoirs à fleurs (Daniel Pommereulle et Patrick Bauchau). Dans la grande maison de campagne de Daniel, Adrien n’a pas grand chose à faire et ce qu’il fait, ce dont dépend pourtant son avenir professionnel (la possible ouverture d’une galerie d’art), il le fait sans y accorder de réelle importance. Adrien veut à ce point vider ses jours de toute activité qu’il est gêné de trouver quelqu’un d’autre dans la maison, la jeune et insouciante Haydée (Haydée Politoff), demoiselle qui sort tous les soirs, ramène du monde et risque de troubler sa tranquillité dorée.

Tout le monde se croit très libre et chacun improvise à sa guise (cela même durant la réalisation un brin fauchée du film, ce dont témoigne Shroeder qui produisait, Cahiers n°653, Rohmer for ever). On lapide des poules qui n’ont rien demandé, on casse un vase chinois du Xe siècle et on suce aussi un caillou. Quant aux drôles de tenues, même en 67, elles ne devaient pas passer inaperçues (un pull à bouloches et une tunique violette avec cape blanche).

Cela n’empêche pas Eric Rohmer de réaliser de superbes scènes, comme le premier prologue où l’on se pâme devant l’actrice à la plage comme devant une statue de la Renaissance. La première baignade d’Adrien est également un moment d’une intensité enivrante, quand il décide de s’abandonner au doux mouvement de l’onde, de s’efforcer face à la mer d’avoir un regard vide, d’être là et rien d’autre. A ces temps suspendus se juxtaposent des réflexions, des jeux, des états d’âme qui nous font mieux connaître Daniel et Adrien. Les deux garçons sont imbuvables. Dandys sans le sou, en pleine pose, parfaitement complémentaire (l’un artiste vague, l’autre vague marchand d’art), à afficher une nonchalance feinte et toujours à calculer l’attitude des autres.

Entre les deux, Haydée fait sa vie, tranquillement sans rien attendre, espérant simplement le naturel d’une relation qui en compagnie de ses hôtes prétentieux ne peut advenir. Entre Sade et Rousseau, Adrien croit dominer et jouir de toute sa liberté. Mais le romantisme qu’il se forge, et qui court tout au long de ce quatrième conte moral, est à la fin totalement ruiné. Elle, les écoute, se coince dans leur toile, fait avec, et on la trouve bien patiente. Les garçons veulent la cerner, l’enserrer, croient pouvoir la résumer d’un ou deux mots (insignifiante, collectionneuse…). Les deux esprits veulent la fuir mais finissent par lui courir après. Haydée leur échappe car, dans le film, elle est la seule vraiment libre.

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