Knock at the Cabin

M. Night Shyamalan, 2023 (États-Unis)

Tout ce à quoi l’on croit peut être vrai. C’est en substance ce que l’on peut comprendre de Knock at the Cabin. Par conséquent, peut-on croire que Knock at the Cabin est un bon film ? Ce n’est en tout cas pas celui de M. Night Shyamalan que je préfère. Bien sûr, l’épure du récit permet de se concentrer sur l’idée même de croyance et cette capacité à convaincre les uns les autres (et nous spectateurs) des choses les plus invraisemblables. Le récit se fabrique parce qu’on y croit et adhère, c’était le principe-même de La jeune fille de l’eau (2006). Mais devant Knock at the Cabin, on éprouve une gêne qui empêche cette adhésion… autrement dit qui empêche de totalement y croire.

Quatre individus armés de pieux, hache et piquet à chaîne cachés derrière le plus courtois mais aussi le plus costaud d’entre eux (Dave Bautista), toquent à la porte d’un chalet de vacances perdu dans les bois. Les quatre entrent et s’imposent aux deux pères et à la fillette qu’ils rencontrent (Jonathan Groff, Ben Aldridge, Kristen Cui). Les visiteurs racontent une histoire qui place la famille au cœur d’une Apocalypse dont elle ne peut échapper qu’à condition d’accepter les règles que les quatre prophètes leur dictent et ainsi de se confronter à un choix impossible. Un chalet, une forêt et des histoires que l’on se raconte et auxquelles on veut croire ou non, voilà l’essentiel d’un scénario qui, comme il arrive avec le réalisateur de Phénomènes (2008) et de The visit (2015), est bâti sur bien peu.

Adapté du roman La Cabane aux Confins du Monde de Paul Tremblay (2018), le récit tient en peu de choses, mais ce n’est pas le problème. Shyamalan sait placer ses spectateurs sous tension et dans des situations suffisamment terribles pour justifier l’intérêt du film, d’autant qu’un ultimatum est donné et que les personnages sont (presque) tous éliminés les uns après les autres. L’idée même de croyance en un récit est déclinée à travers différents cadres : la manipulation par une secte, celle des réseaux sociaux (on parle de rencontres informatiques sur un forum), et de façon plus insistante celle de la télévision et de la religion… Seulement ces derniers points ont une importance ici qui me gêne. Certes, Signes (2001) abordait déjà la question religieuse, mais l’idée nourrissait de manière plus convaincante le scénario que Shyamalan signait jadis, et la télé dans laquelle l’alien apparaissait restait éteinte.

Dans Knock at the Cabin, ce qui dérange d’abord c’est que la dimension métaphysique, dans laquelle la simple parole de ces agresseurs partisans d’une eschatologie expérimentale suffisait à nous plonger, est attestée par la télévision. C’est l’Apocalypse diffusée sur grand écran qui finit par valider la foi des téléspectateurs contraints. Le cinéaste accorde ainsi à la télé un grand pouvoir et l’idée ne me plaît pas. Ensuite, la question religieuse, qui n’est pas abordée de front (la silhouette dans la lumière vue par une victime blessée à la tête), l’est de façon trop fumeuse. Par exemple, les annonciateurs de l’Apocalypse libèrent des fléaux (tsunami, maladie…) mais sont foncièrement bons… Ils sont en outre affublés des soi-disant symboles d’une humanité généreuse et inventive (le soin incarné par l’infirmière, l’alimentation par la cuisinière…), dont on ne comprend pas bien l’utilité.​ La croyance religieuse finalement achève le film, le dernier à être convaincu le sera par amour et par sa foi… Pour résumer, le film ne convainc pas sur son fond. On n’y croit pas et on se rend bien compte ici des limites de la croyance. Espérons plutôt alors que le réalisateur de Glass (2019) puisse dès le prochain film mieux nous surprendre avec une histoire plus solide.

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