Kaboom

Gregg Araki, 2009 (États-Unis)

Les films d’Araki et de Fincher (The social network) sortent en même temps (octobre 2010) et, si l’on s’autorise une bête généralisation, il faut bien se rendre à l’évidence, aux États-Unis, les campus universitaires de la côte ouest n’ont rien à voir avec ceux de la côte est.

Les adolescents d’Araki n’ont pas pour obsession d’intégrer des cercles fermés de rameurs costauds pratiquant l’aviron, ni de génies du calcul n’entretenant plus d’échanges sociaux que par écrans interposés. Leur seul élitisme est plutôt à rechercher dans la performance sexuelle (The doom generation, 1994, Nowhere, 1997…). Penché sur ce thème, le premier temps de Kaboom impose une originalité qui laisse le spectateur hésitant. Loin de la photographie froide obtenue sur The social network, Araki offre des images incandescentes. Chez Fincher, parce qu’il s’est fait largué, le fameux mais vindicatif Zuckerberg mûrit avec méthode une première ébauche du Facebook. Moins tordus, de l’autre côté du territoire, Smith et Stella, ados lambda (Thomas Dekker et Juno Temple), tracent avec envie des plans sur les plus belles comètes alentours.

Dans Kaboom, les scènes sont ensemble liées par des raccords paresseux, ceux des séries télé pastichées (bâtiments en cut et coins de ciel bleu). Le réalisateur californien maltraite aussi la morale de ces modèles. Il pousse les tergiversations jusqu’à l’orgasme ou insère à l’occasion vomi et putrescence. En outre, plusieurs plans sont des fenêtres ouvertes sur l’univers de Lynch (les poursuivants avec des masques d’animaux). Certains nous renvoient même directement sur Mulholland Drive (le baiser entre la brune et la blonde, le rêve et la poubelle en tôle rouge). Araki ponctue son film d’autres références (Hitchcock, « Rebecca Novak », peut-être Point break de Bigelow, 1991, à travers le gang des surfers). Il dit aussi avoir pensé à Donnie Darko (Kelly, 2001) et parvient tout en faisant une comédie à en restituer l’ambiance.

Mais Kaboom ne tient pas sur la durée et un deuxième temps dévoile le mystère qui, avec le style, en a fait tout l’intérêt. A partir de là, un scénario digne d’un jeu de rôle raté s’étale sur la pellicule et corrode l’attrait visuel qui a caractérisé les quarante premières minutes du film. L’ascension de Zuckerberg et l’énergie tirée de sa frustration sexuelle trouve ainsi sa contrepartie dans la chute imbécile d’adolescents à la libido satisfaite. In extremis, nous serions alors tentés de rapprocher les deux métrages. Seul et au sommet du pouvoir, Zuckerberg, comme Smith et ses proches à l’avenir compromis, ne finissent-ils pas par contempler le même vide ?

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