Kaamelott, premier volet

Alexandre Astier, 2021 (France)

Dans ce premier volet, nul Graal, nulle spiritualité. Ou si c’est spirituel, c’est seulement au détour de traits d’esprit, des volées de blagues comme des nuées de flèches molles. Le père Blaise qui a pourtant un rôle notable dans la série, le légendaire arthurien par excellence, est relégué parmi les figurants. La Dame du Lac n’est plus qu’une gueuse. Merlin, un vulgaire sapeur. Le prétexte du volet est la mise ou remise en place : de Lancelot l’usurpateur, de Guenièvre enfin aimée, des Saxons et des royaumes bretons, des croyances quelles qu’elles soient.

Contraint et forcé, l’Arthur d’Astier se fraye donc un chemin depuis le Proche-Orient jusqu’à l’île de Bretagne au milieu d’une flopée d’incapables, de retors, de hâbleurs, de sycophantes de tous horizons. Après les atermoiements des Livres V et VI de la série, Arthur entend retrouver ses terres, mais sans tout à fait l’avoir décidé, ou sinon, si quand même, enfin, après que le duc d’Aquitaine, plus convaincu que lui, l’a trompé et rapproché de Gaunes, tout près du royaume qu’il avait pourtant décidé d’abandonner… au Livre VI.

Pas vraiment de l’heroic fantasy, Kaamelott est surtout fantaisiste, privilégiant la verve et les querelles, où l’incompréhension entre les individus apparaît comme la principale clef de l’œuvre, et cela au détriment de toute logique narrative (l’inconstance d’Arthur en est le plus gros défaut). La représentation a son originalité, cherchant tant bien que mal un équilibre entre théâtre et cinéma (Astier a débuté par le théâtre), entre la chute de l’empire romain et le Moyen Âge des châteaux forts (ce qui est inédit), intercalant les paysages de l’épopée au milieu d’un quotidien de gros balourd, déséquilibrant radicalement le rapport entre les scènes d’actions et les dialogues, entre l’agitation de l’aventure et les passages où rien n’advient.

Même si on nous précise que cela se déroule en 484, Kaamelott est à peu près nul pour donner à voir une quelconque réalité historique. Il ne l’est pas tant pour introduire et remettre à l’esprit toute la banalité humaine évacuée de la grande majorité des films et, dans une moindre mesure, des récits littéraires. Cela n’est pas nouveau par rapport à la série (2005-2009), mais une scène de bêchage au potager, une histoire de sandale trouée ou, plus simplement, les humeurs d’un tel reportant les desseins des dieux et ruinant les projets d’un autre placent ce Moyen Âge archaïque dans une drôle de modernité.

Le film pourrait paraître à l’image d’un assaut burgonde sans musique : ça part dans les tous sens. Certains acteurs s’en tirent mieux que d’autres (Lionnel Astier ou Alain Chabat mieux que Thomas Cousseau, Sting ou Galienne). Par bien des aspects, ça ressemble au navet, le légume était bien connu à l’époque. D’un autre côté, on a aussi du mal à complètement se retourner contre l’entreprise, particulièrement sympathique à ses débuts (les trois premières saisons de la série). Alexandre Astier s’est laissé prendre au jeu. La série a profité d’autres moyens. Le scénario s’est développé autour des personnages (particulièrement nombreux) et le mythe avec ses breloques finit par les rattraper. Le temps s’est aussi étiré (les flash-backs romains laissent dubitatifs) et les saynètes traînent désormais. Acteur, scénariste, réalisateur, compositeur, maître queux, Astier a préparé une farce sauce chevaleresque mal amalgamée aux épices un brin passées. Nul Graal, nulle spiritualité. Pas vraiment le Royaume des Cieux donc (Scott, 2005). D’ailleurs, exactement mille cinq cent ans plus tard, c’est 1984. Avant Astier, Dino Risi. Après Arthur, Dagobert.

On pourrait tenter de finir à la manière de Loth d’Orcanie (subtil François Rollin) par un, pourquoi pas, « Sine voluptate sed non ingenio », mais d’une part le latin du Ve siècle, c’est plus ce que c’était, d’autre part on a toujours un peu peur que quelqu’un nous demande ce qu’on a voulu dire.

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