Juste avant la nuit

Claude Chabrol, 1971 (France)

Septième film de Claude Chabrol avec le producteur André Génovès, Juste avant la nuit est un projet plus ou moins improvisé sur le report de La décade prodigieuse qui sera fait avec Orson Welles juste après, cette même année 1971. L’équipe technique est prête mais Chabrol est sans histoire. Un choix rapide se porte sur L’étau d’Edward Atiyah. Le réalisateur du Boucher (1970) écrit très vite et conçoit l’adaptation du livre comme le second tableau d’un diptyque formé avec La femme infidèle (1969), ou plutôt une alternative plus désespérée encore à la Femme infidèle.

Charles Masson (Michel Bouquet) a tué sa maîtresse qui était aussi la femme de son meilleur ami François (François Périer). Charles rumine, broie du noir, cherche par tous les moyens l’expiation. Chabrol le dit « J’ai fait un film catho ». Des bourgeois cathos enfermés dans leur grande maison d’architecte, installés en banlieue, acculés par l’hypocrisie de leur mode de vie. Charles ne peut pourtant plus tenir et avoue à sa femme (Stéphane Audran), avoue à François, voudrait à tous confesser son crime. Mais tous acceptent, pardonnent et lui demande d’oublier… aussi ignoble et insensée soit la situation.

Juste avant la nuit installe une drôle d’ambiance où le décor à la fois très ouvert et complexe divise autant qu’il rassemble les personnages (la chambre qui surplombe le salon de sa baie vitrée, lui même composé de différents espaces sur plusieurs niveaux). Les intérieurs sont à l’image de la famille : d’un côté Charles et sa femme, couple froid et d’une complicité distante, de l’autre leurs deux enfants et la servante et nourrice. Seuls la norme et le confort matériel paraissent servir de liant entre ces êtres. L’amour, lui, a dû s’étioler.

Et quand tous font comme si de rien n’était, la bourgeoisie s’arrange et les crimes sont dissimulés. Sur la plage, avec l’aide de sa femme, Charles tombe en torpeur. Son dolorisme disparaît dans la silhouette noire qu’il est devenu. Un soir de promenade à deux, après les aveux, son meilleur ami lui avait fait part de sa conviction : « On n’est pas coupable de ce qui se passe dans un cauchemar ». Les vagues, très peu pour ces bourgeois, elles sont laissées à la mer.

3 commentaires à propos de “Juste avant la nuit”

  1. Très envie de le voir moi aussi. Il semblerait qu’il s’agisse plutôt de son 20e long-métrage… Comme tu le dis, Chabrol écrivait et tournait vite à cette époque.

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