Jusqu’en enfer (Drag me to hell)

Sam Raimi, 2009 (États-Unis)

Sam Raimi nous fait « bouh ! » à nouveau. Après Spidey 3, le registre demeure fantastique bien que Drag me to hell (sous son titre original) ne s’adresse pas tout à fait au même public. Il s’agit d’un film d’épouvante (un « bouh !-movie » puisqu’il faut donner des noms de catégorie précis, percutants et anglais), une série B moins fauchée que Evil dead (1983) et plus convaincante que Intuitions (2001).

Brusque vacarme de violons et de casseroles associé à un visage de grand-mère édentée ou à l’ombre d’un démon, tous deux surgissant après un moment doux et tranquille (après un passage chez le médium sur fond de cithare indienne ou après un apaisant sourire) pour terroriser Christine Brown (Alison Lohman), jeune banquière, blonde et ambitieuse qui a le malheur (on peut dire ça comme ça) de refuser un délais de paiement à une pauvre vieille à l’accent d’Europe de l’Est, Mme Ganush (Lorna Raver).

Les instruments de peur de Sam Raimi sont simples. Ajoutez à celui évoqué quelques cadrages obliques qui indiquent le basculement fantastique et préviennent le spectateur d’une prochaine accélération cardiaque. Quitte à être grotesque, Jusqu’en enfer ne lésine pas sur les lourdeurs du genre, geyser de sang et vomissement d’asticots, qui, suppose-t-on, plairont à Tarantino (voir par exemple Death proof, 2007). La progression scénaristique se devine aisément mais l’ensemble est fait avec soin et le réalisateur glisse plusieurs références plaisantes : des jeux de mains (qui tantôt menacent tantôt rassurent dans la séquence introductive, ailleurs l’héroïne au fond d’une tombe la main tendue vers le ciel) renvoient à Evil dead (ne serait-ce que l’affiche), lorsque Mlle Blood, euh pardon, Brown, tient entre ses mains l’enveloppe contenant le terrible objet maudit (un bouton de manteau), elle possède « un grand pouvoir qui implique de grandes responsabilités » (quelle sera sa victime : un membre de cette famille idéale ? Ce couple adorable ? Ou bien cet homme mourant mais comme heureux ?).

Sam Raimi s’amuse avec son personnage principal (végétarienne, elle défend la cause animale mais devra pourtant en sacrifier un si mignon…) et lui réserve le pire des sorts, même sur le quai d’une gare, même après une dernière déclaration à son compagnon. Après tout, n’est-elle pas banquière ? Ne sommes-nous pas en pleine crise économique ? N’est-elle pas responsable ? Ne doit-elle pas payer ? Jusqu’en enfer !

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3 Replies to “Jusqu’en enfer (Drag me to hell)”

  1. Pour moi, ce film est vraiment une petite perle. Le scénario est finalement bien ficelé avec de nombreux rebondissements dans la toute dernière partie. Sam Raimi reprend un malin plaisir à mélanger terreur et humour (très) noir, ce qui avait fait le succès de la série des Evil dead.

  2. Très bon divertissement horreur-comique, réalisé de main de maître par Sam Raimi qui réussi le pari de nous faire rire et peur à la fois (parfois en même temps c’est une performance !). Excellente musique également. Ca reste un film « pop-corn train-fantôme », ni plus ni moins, ou on aime se faire peur et je trouve l’humour noir certes amusant, mais pas tellement second degré qu’il n’est pas si noir que ça !

  3. En effet, un « bouh !-movie » (sympa ce terme) efficace, revu cette semaine et toujours aussi plaisant. Certainement plus grand public qu’un Evil dead mais les nombreuses références font le bonheur de tout fan de Sam Raimi qui se respecte !

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