Day he arrives, the – Matins calmes à Séoul (Book chon bang hyang)

Hong Sangsoo, 2011 (Corée du Sud)



VERTIGE DU TEMPS

The day he arrives, présenté à Cannes en 2011 dans la sélection « Un certain regard », ouvre la 33e édition du Festival des 3 Continents. Un film en noir et blanc, qui allie pessimisme et burlesque et nous plonge dans une amère mélancolie.

REMBOBINEZ S’IL-VOUS PLAÎT
The day he arrives est une réflexion sur le temps. Sang Joon, le personnage principal, revit chaque jour le même scénario : il rencontre les mêmes personnes et retourne dans les mêmes lieux, principalement un restaurant et un bar de Séoul. On a un peu l’impression de tourner en rond dans l’espace. La temporalité, aussi, est brouillée. Seuls les désirs et les ressentis des personnages varient chaque jour. Sang Joon est le témoin de ces changements de sentiments, il est le seul à rester neutre. On se raccroche à lui, unique fil chronologique du film. Les femmes viennent ponctuer cet étrange récit, elles sont la cause de cet éternel recommencement, tour à tour amantes, amies ou confidentes.

RÉFLEXION SUR LE CINÉMA
C’est aussi un film sur son créateur. Sang Joon est professeur de cinéma et ancien réalisateur. Tout au long du récit, il ne rencontre que des gens issus du cinéma. Hong Sangsoo ne se préoccupe pas de l’espace, ce qui permet de se concentrer sur les sentiments des personnages. Pas de folklore, Séoul est une ville sans repère, juste un dédale de rues insignifiantes. Les plans sont simples, souvent longs et fixes, fidèles à une esthétique minimaliste. La précision de l’image s’oppose à l’imprécision des sentiments. Quand les personnages dialoguent, il n’y a jamais de champ contre-champ : le moment est là, comme photographié.

CONTE DU PLAISIR
Le film tourne autour des sentiments les plus basiques de l’homme. Tous les soirs, Sang Joon cherche le plaisir dans la chair et l’alcool. Les moments d’ivresse sont finalement les plus sincères. L’ébriété est aussi une manière d’échapper à une réalité où l’on oublie l’espace-temps, les bonnes manières, et où on décuple son audace. Cela rend les scènes burlesques : on rit par gêne, par honte face au pathétique de l’existence. Le cinéma permet d’oublier les contraintes du réel, chez Hong Sangsoo c’est une sorte d’ivresse mécanique.




Clémentine Jurvilliers, pour Preview,
en partenariat avec La Kinopithèque pour la 33e édition du Festival des 3 Continents.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*