Inland Empire

David Lynch, 2007 (États-Unis)

Mulholland Drive et Inland Empire constituent un diptyque. Mulholland Drive concentre la quintessence de toute l’œuvre de Lynch. Ce bijou aux mille reflets peut éclairer toute la filmographie de Lynch. Il est aussi génial dans sa façon d’aborder l’objet cinéma. Mulholland Drive réinvente notamment la narration cinématographique (la fameuse scène du cube dans lequel le spectateur et les personnages sombrent). Il y a rupture dans la façon de raconter l’histoire (Lost highway, 1997) et Lynch fait en sorte que dans une même histoire deux réalités ou plus se superposent. Ainsi, cette pluralité met en déroute le spectateur en même temps que les protagonistes.

Inland Empire reprend le même procédé mais cette fois, nous semble-t-il, à la façon d’un mille feuilles puisqu’il échafaude presque autant de « mondes parallèles » que de scènes. Je ne cacherai pas que ma réflexion en voyant le film s’est arrêtée au bout d’une heure. Je ne suis pas arrivé à quelque chose de satisfaisant ou de cohérent. De ce fait, désarmé, j’ai presque été un spectateur passif et suis même sorti terrassé par cette véritable « expérience » de cinéma. Il me paraissait que Lynch avait extrait la substance de son histoire, l’avait dépouillée de toute forme « classique » (la photo du film, très granuleuse, ressemble assez à Sombre de Philippe Grandrieux, 1999) et qu’il affichait à l’écran le ressenti des personnages, voire, par identification, celui des spectateurs-mêmes (ces émotions proposées à l’état brut ne sont-elles pas constitutives de cet « Empire de l’intérieur » ?).

Inland Empire, comme Mulholland Drive est un film sur le cinéma et c’est encore par ce sujet que l’on peut établir un parallèle entre les deux œuvres. Du suspense, du sang, de l’amour décliné sous toutes ses formes et même une comédie musicale en guise de final sont quelques-uns des constituants de l’empire. Mulholland Drive dégageait quelque chose de très hollywoodien, à la fois sexy et mystérieux, morbide, comme si l’on commençait à voir l’intérieur par un petit trou (le cinéma d’Hollywood selon Lynch ?) ; on a retiré tout glamour à Inland Empire, on l’a débarrassé de l’enveloppe papier glacé et Lynch nous propose de pénétrer au cœur de l’être. Qu’y voyons-nous ? Un cauchemar, un être qui agonise, mais tout cela survit et même, par dessus tout, fait triompher la joie (Chantons sous la pluie, 1952).





De l’aide ailleurs :
– une analyse de Saad Chakali pour le site Cadrage (site fermé), à lire ici :
http://www.cinemas-du-grutli.ch/sites/default/files/documents/verso_fiche_27_inland_empire.pdf
– la critique de Stéphane Delorme dans les Cahiers du cinéma
– un autre éclairage, Jean-Philippe Tessé pour Chronic’art

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