Inglourious basterds

Quentin Tarantino, 2009 (États-Unis, Allemagne)

Les gros plans d’un pied, la blondeur des héroïnes et la motivation d’une vengeance qui a la patience des longues conversations, Tarantino use de motifs familiers [1]. Le contexte est cette fois historique (« Il était une fois sous l’Occupation en France ») et, grâce à une cinéphilie hors norme et au foisonnement de références, la sublimation est celle du film de commando et, plus diffuse, du western spaghetti.

L’Histoire est une pellicule que Quentin Tarantino découpe et recolle en y insérant sa propre version des faits. Comme Shosanna Dreyfus, dont il est significatif de la voir remonter un film de propagande dans un acte de résistance décisif, le réalisateur par son travail de montage fait du cinéma un biais et la matière d’une délectable vengeance.

Au cours de la première séquence, c’est un peu la complexité des relations entre les Français et l’Occupation qui est exposée, voire même de façon simplifiée l’ambiguïté de leur représentation cinématographique nationale. Les draps étendus qui flottent au vent, un gîte isolé sur une verte colline hésite entre la baraque perdue du grand Ouest américain [2] et la maison de campagne française. La demeure de Mathilde la samarienne partageait les mêmes charmes dans le fade et Long dimanche de fiançailles (Jean-Pierre jeunet, 2004). Monsieur LaPadite y habite avec ses filles et la rencontre que le spectateur fait avec cet homme laisse d’abord croire à l’héroïsme de ce dernier. Il est fort et fend du bois à la hache, tout à la fois méfiant et patient envers l’intrus allemand ; la musique de Morricone l’affilie à toute une lignée de tireurs chapeautés. Monsieur LaPadite cache des juifs sous son plancher : le premier Français croisé est résistant, quoi de plus normal ? Rappelons-nous de Jean-Pierre Cassel en aventurier de comptoir dans L’armée des ombres (Jean-Pierre Melville, 1969). Pourtant, après un moment passé à répondre aux questions de l’infâme colonel Landa (Christoph Waltz), Monsieur LaPadite cède et, l’index pointé vers la cachette, condamne la famille Dreyfus. Même trouble, le personnage n’est pas plus jugé par Tarantino que Lacombe Lucien ne l’est par Louis Malle (1974). Un plan à relever dans cette séquence : Shosanna (Mélanie Laurent) fuyant dans la lumière et échappant au redoutable colonel resté dans l’ombre de l’encadrement de la porte.

Les deux séquences suivantes présentent le groupe de juifs américains placés sous le commandement du lieutenant Aldo Raine (Brad Pitt qu’il est rare de voir aussi bon) et leur cible, le Führer (Martin Wuttke) et ses sbires. Les Basterds tels qu’ils se surnomment forment un commando semblable à ce que le cinéma américain a déjà produit : chaque membre a son vice ou sa spécialité (le scalp, le couteau…) et tous entretiennent un esprit de franche et virile camaraderie (voir Les douze salopards d’Aldrich, 1967, dont Tarantino se réclame ou la bande de soldats de Quand les aigles attaquent de Hutton, 1968). Lorsque Raine condamne un prisonnier allemand à mourir sous les coups de batte de l’« Ours juif », la mort surgit du fond d’un tunnel, de l’ombre à nouveau. Quel que soit leur camp, ainsi sont présentés les bourreaux.

Paris occupé, ses murs sont partout couverts des affiches de l’époque et particulièrement celles autorisées par la Propaganda Staffel. Tout le soin du cinéaste réside à ajouter parmi les originales les affiches des films portées par ses propres vedettes allemandes, Bridget von Hammersmark (Diane Kruger) ou bien Fredrick Zoller (Daniel Brühl) qui incarne à lui seul, et malgré le déclin des forces de l’Axe en 1944, la fierté de la nation (Stolz der Nation). Lettre par lettre, Shosanna Dreyfus installe et retire du fronton du cinéma Le Gamaar dont elle est propriétaire le nom des réalisateurs et les titres des films diffusés. A cette occasion, outre L’assassin habite au 21 (1942), Tarantino cite Le corbeau de Clouzot (1943), film produit avec l’argent du Reich puisque la Continental créée par Joseph Goebbels en 1940 l’avait financé. Pourtant ses prises de position ne convenaient ni au gouvernement de Vichy ni à ses opposants [3]. Ni tout à fait dans l’ombre, ni complètement dans la lumière, Tarantino montre toute l’incommodité à catégoriser des individus qui, à l’instar de Monsieur LaPadite, sont bien plus nuancés que ce qu’une appréciation hâtive ne voudrait bien reconnaître. C’est aussi pourquoi, l’on peut remarquer l’affiche de L’enfer blanc du Piz-Palu de Pabst et Riefenstahl (1929). Si Leni Riefenstahl est bien connue pour avoir servi à travers ses films l’idéologie nazie (Le triomphe de la volonté, 1934, Les dieux du stade, 1936-1938), Georg Wilhelm Pabst, lui, a souhaité clairement (peut-être tardivement) se positionner contre le nazisme (La fin d’Hitler, 1955).

Ailleurs, un des membres du commando anti-nazis est critique de cinéma (Michael Fassbender) et c’est un stock de bobines de 35mm nitrate qui assure la réussite du complot mené contre le carré d’as nazis (Hitler, Goebbels, Bormann et Göring). Le soir de la première de Stolz der Nation, le cinéma se transforme en un gigantesque brasier et l’art, après avoir été bâillonné et asservi par le IIIe Reich, met fin à la barbarie. Le phantasme n’est-il pas génial et la vengeance totale ? L’opération Kino de Tarantino est un franc succès.

Wonderful ! Wunderbar ! Meraviglioso !

Enfin, à Mélanie Laurent de préciser lors d’une délectable réplique : « Je suis française, chez nous on respecte les réalisateurs » et Tarantino on l’adore !





[1] Le gros orteil de Salma Hayek dans la bouche de Richard Gecko dans Une nuit en enfer de Robert Rodriguez (1996) ; Bridget Fonda dans Jacky Brown (1997), Uma Thurman dans Kill Bill, volume 1 et 2 (2003-2004), Rose McGowan dans Boulevard de la mort (2007)…

[2] C’era una volta il West, Sergio Leone, 1968, ou pour l’herbe grasse Danse avec les loups, Kevin Costner, 1991.

[3] Lire l’éclairante chronique de Margo Channing sur Dvdclassik.

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22 Replies to “Inglourious basterds”

  1. Quentin Tarantino a toujours été un réalisateur controversé. Ses détracteurs lui reprochent son côté déjanté, ses scènes de violence extrême et ses dialogues longuets. Une partie de ses fans affirme même qu’il a perdu son génie depuis Kill Bill. Autant dire que ce dernier opus est attendu au tournant.

    On retrouve dans ce film certains des thèmes chers à Quentin Tarantino. Tout d’abord la vengeance avec le personnage de Shosanna Dreyfus interprétée par Mélanie Laurent qui ressemble beaucoup à Uma Thurman, une des muses du réalisateur. Ensuite, il remet évidemment en avant ses références aux séries B et son style décalé. Il reprend à sa façon également des films de propagande de l’époque. Je pense d’ailleurs que l’histoire de Fredric Zoller s’inspire de celle d’un aviateur allemand mis en avant à la fin de la guerre où il était affirmé qu’il avait détruit à lui tout seul cinq cents chars russes et un cuirassé.

    La B.O. est également pleine de références comme le thème d’ouverture qui en fait est la musique d’Alamo de John Wayne (1960). On retrouve ainsi le côté western du réalisateur.

    Malgré quelques longueurs, le style et le génie de Quentin Tarantino sont toujours présents. Un grand coup de chapeau aux acteurs pour leur jeu, en particulier l’Autrichien Christoph Waltz (prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes 2009). La mise en scène est réussie. Les scènes d’action sont violentes, les dialogues souvent longs et les personnages parfois caricaturaux mais c’est exactement ce qu’on attend du réalisateur. En bref, pour ma part, c’est du très bon cru.

    p. s. : Peut-on voir dans la scène de l’incendie du cinéma ou Shosanna Dreyfus apparaît sous forme spectrale au-dessus des nazis en train de périr carbonisés une référence à Indiana Jones, Les aventuriers de l’arche perdue où des spectres réduisent à néant un bataillon nazi ?

  2. Nous nous rejoignons tout à fait.

    Il serait plus pertinent que tu donnes une référence quant aux exploits de cet aviateur allemand.

    Le rapprochement que tu fais avec Les aventuriers de l’arche perdue est intéressante.

    Et pour l’anecdote, c’est aujourd’hui l’anniversaire de la Libération de Paris ! Le 25 août 1944, la 2e DB du général Leclerc entrait dans la capitale.

  3. Le soldat allemand dont je parle est Hans-Ulrich Rudel et a été mis en avant par les actualités allemandes en 1945, c’est-à-dire par la propagande de Goebbels. Voir un article le concernant sur Wikipedia. Je suis d’accord en gros avec ton article sauf pour la pique sur Un long dimanche de fiançailles que je ne trouve pas fade du tout mais c’est un autre débat.

  4. Sur la fascination pour les pieds (adepte du footjob Tarantino ?!?), on peut également citer Pulp fiction (1994) où l’un des protagoniste se serait fait descendre pour avoir fait un massage des pieds à Mia Wallace, la petite copine du boss Marsellus.

    OPERATION KINO !!! Vu deux fois en deux jours, j’ai adoré, tout simplement. Un immense plaisir de le découvrir et ensuite de le revoir, même plus : une véritable jubilation… La façon dont le savant puzzle des personnages se met en place pour un final dantesque (la scène des « basterds » déguisés en Italiens est tout simplement énorme !)… Tous les acteurs sont excellents, même les seconds rôles ont une vraie gueule, une grande présence à l’écran grâce à de nombreux gros plans, comme par exemple tout le premier chapitre avec Denis Ménochet en Perrier LaPadite (seul le compagnon de Mélanie Laurent à l’écran, Jacky Ido interprétant Marcel, paraît un peu fade). Mention spéciale à Christoph Waltz qui crève l’écran en colonel Landa, Brad Pitt très juste et très drôle, Diane Kruger très convaincante en Allemande résistante et même le très colérique Martin Wuttke en horrible Hitler.

    La réalisation, avec ce découpage par chapitres, est limpide et faussement simpliste car chaque partie est remplie de détails, flashbacks et autres apartés. Mais surtout c’est très drôle ! Un très grand Tarantino, pour moi le meilleur depuis Jacky Brown !

  5. Nous évoquions les exploits de l’aviateur Hans-Ulrich Rudel qui ont servi la propagande nazie et auxquels La fierté de la nation fait penser. Dans les Cahiers du cinéma n°646 (juin 2009), Tarantino cite Kolberg de Veit Harlan et Wolfgang Liebeneiner.

    La fierté de la nation semble comparable à Kolberg bien que l’histoire se place à une autre époque (la résistance de la ville prussienne de Kolberg aux troupes napoléoniennes). Le film sortit en janvier 1945 alors que l’Allemagne perdait batailles et terrains. Commandé par Goebbels, il visait à ranimer la ferveur allemande. Pour reprendre les mots de Tarantino, comme nous citerions ceux d’un historien, « la propagande était le seul front restant ».

    Voir l’entretien publié par les Cahiers ici.

  6. Je poste ici pour la seconde fois (après mon commentaire sur Fight club).
    Pour le peu de visites que je fais ici, je suis terriblement déçu de l’analyse. A part un blabla de pseudo-connaisseur de cinéma je n’y trouve rien d’intéressant.
    Ce film je le déteste en tout point.

    Le scénario et l’histoire me posent vraiment un problème dans la crédibilité du génie de Tarantino. Qu’est-ce que le traitement d’un sujet aussi controversé, et prenant le sens de l’opinion populaire, si ce n’est un film qui veut faire des millions d’entrées ? Ne voyez ici aucune allusion à la défense du nazisme, mais je trouve ça terrible aujourd’hui de se faire des millions de dollars sur ce sujet : « oh les méchants, nous ont fait un film et on les ridiculise. »

    Le scénario est totalement en accord avec le jeu des acteurs que je trouve pitoyable. L’acteur Christoph Waltz ne mérite en aucune façon son succès, parallèlement à la fausse profondeur du film, il ne fait que de la caricature et de la surenchère. En quoi un acteur peut être récompensé s’il est à côté de son rôle ? N’est-ce pas antinomique de voir ce genre de récompense (après Entre les murs -Laurent Cantet, 2008- Cannes nous montre tellement bien en quoi ils sont ridicules). Parce que bon, incarné un rôle et ne jouer que d’auto-dérision, histoire de mettre une couche supplémentaire : « les nazis étaient tellement cons, qu’ils en étaient fiers », ça en devient plus que ridicule. On nous prend pour des cons.

    Mélanie Laurent, n’en parlons pas, Tarantino a tout compris; un peu de sexisme ne fait pas de mal aux statistiques. Après Uma Thurman, bien que Mélanie prenne son rôle très au sérieux, n’est finalement là que pour sa belle petite gueule, histoire de dramatiser encore plus la chose : « elle a vécu l’enfer, toute sa famille est morte, elle est super belle, elle est courageuse. » J’en verserai presque une l’arme.

    Brad Pitt, c’est une autre histoire, bien que peut-être pas. Brad Pitt c’est Brad Pitt, je suis fan mais bon avouons-le nous, avec son tic bucal « t’as vu je fais une mimique, je me donne de l’aisance, je suis un fou, je maîtrise mon sujet. » Il n’a aucune profondeur, mais aucune. Qui aurait cru qu’un acteur de ce calibre, avec la richesse de sa filmographie, tomberait dans des films pseudo-héroïques, genre je refais l’histoire à moi tout seul. Il devait vouloir s’acheter encore quelques maisons en France, et jouez le rôle de sauveur et maître de la Résistance française lui permettra sans doute une réduction sur ces impôts dans notre cher pays.

    La réalisation ? Peut-on sincèrement parler de réalisation ? J’en ai un peu marre d’aller au cinéma et de voir des réalisateurs mettre des chapitres, genre tu vois mon film il est cohérent, droit, précis, organisé, c’est tellement anti-naturel. Cet effet me déplaît beaucoup, surtout dans ce contexte-là, car à mon avis ça transcrit de trop la volonté de refaire et donc de synthétiser, de « chapitrer » à nouveau l’Histoire. Tarantino pourrait sans aucun doute se reconvertir dans l’édition de manuel scolaire de collège.

    Que pourrait-on ajouter de plus ? Rien de plus, que de la lassitude, du dégoût de voir ce genre de film en haut du box-office. Et qui en plus, n’est pas qu’un « film statistique », mais obtient de bonnes critiques, comme les vôtres. C’est encore plus dramatique, quand ce sont les mêmes personnes, qui critiquaient Fight club (oui oui j’en reviens toujours au même point) dans la mise en avant d’une esthétique trop aiguë, révélatrice de vouloir beaucoup de dollars et qui paradoxalement en deviennent extatiques face à un scénario tellement moderne, tellement bateau, tellement démocratique, tellement populaire.

  7. Moi je le répète: j’ai passé une super moment avec cet EXCELLENT film, vu deux fois et sûrement plein d’autres! Après, c’est le débat éternel: on aime ou on aime pas. Mais quand on déteste, c’est pas la peine d’essayer de contaminer tout le monde de son « aigritude » ! Simplement dire pourquoi on a pas aimé, cela suffit, non? Pourquoi tant de rancœur Luc ?! T’as pas aimé ok, on a compris, mais de là a en faire autant est-ce bien raisonnable?

  8. Ca transparait dans tout ce que j’ai écris, c’est pas une histoire de rancœur (je ne suis pas réactionnaire contrairement au film), mais à un moment il faut dire stop.
    Je viens, ici, pour avoir autre chose que des critiques-gadgets de journalistes taillés pour vendre, et je ne suis pas satisfait.
    Et sans faire dans la répétition, ce n’est pas une histoire de j’aime ou j’aime pas, il y a des choses qui sautent aux yeux et il suffit simplement de les ouvrir. Ce n’est donc pas dans la volonté de contaminer mais de vous ‘ouvrir les yeux’.

  9. De l’ensemble…
    Avant tout, que le film ait suscité du dégoût chez un spectateur, c’est déjà beaucoup. C’est à mettre au crédit du réalisateur : Tarantino ne laisse pas indifférent, voilà une bonne chose. Qu’un film ne passe pas inaperçu, c’est important. Le cinéma ne doit pas être réduit à un divertissement et, susciter des conversations, des débats, des critiques vives qu’elles soient positives ou non, interroger, amener à découvrir, bref nous amener plus loin, c’est la raison d’être de l’art. C’est aussi celle du septième art et c’est ce que j’en attends. Qu’importe nos goûts ! Ils sont secondaires. Le cinéma est un art et l’art, quand il est sur pellicule, même s’il croise l’objet de consommation, se doit d’être davantage. Ainsi, le métrage insipide (comme le pur divertissement) n’atteint pas la dimension artistique (et le cinéma est aussi plein de films plaisants ou ennuyeux qui n’ont pas plus d’ambition que de faire passer un bon moment, au mieux, ou que de nous prendre un peu d’argent, au pire ; est-ce à dire qu’il s’agit de productions parasites ?). Les réalisations de Tarantino ne sont ni insipides, ni de simples plaisirs, la preuve en est donnée par les commentaires et les réflexions suscitées. Même les tiennes Luc. Il est indiscutable que Tarantino cherche le plaisir dans le cinéma et que chacun de ses films devienne œuvre d’art.

    … au particulier
    Tarantino est un cinéaste reconnu qui a derrière lui son lot d’amateurs. Quoi qu’il sorte, ses films feront des entrées. C’est pourquoi, l’argument « du film qui veut faire des millions d’entrées » tombe de lui-même.

    Un scénario trop manichéen ? Oui, cela semble être le principe du film. Ni Schindler (Spielberg, 1994), ni un autre gradé pour apprécier la musique d’un juif (Le pianiste, Polanski, 2002). Ici les nazis sont mauvais, les Résistants sont tous bons. Encore que… N’ai-je pas déjà mis en évidence toute l’ambiguïté de la première séquence ? N’assiste-t-on pas à un changement d’opinion de M. Lapadite (annoncé par ailleurs d’un mouvement de caméra latéral, en arc de cercle, exécuté au niveau des deux hommes assis). Tous ne sont pas bons, tous ne sont pas mauvais…

    En outre, taper sur les nazis aujourd’hui serait vain et surfait ? Condamner OSS 117 : Rio ne répond plus d’Hazanavicius (2009) ? Quel dommage, un si bon film… Que dire de Jeux dangereux de Lubitsch (1942) ?

    Pour ce qui est du jeu des acteurs. Il est plus difficile d’en discuter en laissant nos appréciations de côté. Aimer un acteur ne dépend pas toujours du jeu, de la même manière que l’on peut aimer un mauvais film ou l’inverse. Il vaut mieux laisser nos goûts de côté, disais-je…

    Je te rejoins pour dire que Brad, aussi charismatique soit-il, ne possède pas une large palette de sentiments ou d’expressions dans son jeu. Ni dans ce film, ni dans un autre. On remarquera qu’il joue le même personnage dans L’armée des douze singes (Gilliam, 1996) et dans Burn after reading (Coen, 2008), qu’il est aussi séducteur en Achille (Troie, Petersen, 2004) qu’en Louis de Pointe du Lac (Entretien avec un vampire, Jordan, 1994), qu’il est aussi filou dans Fight club (Fincher, 1999) que dans Mr & Mrs Smith (Liman, 2005), ou Snatch (Ritchie, 2000). Je passe sur la fadeur de nombreux de ses rôles (Sept ans au Tibet, Annaud, 1997, Légendes d’automne, Zwick, 1995…). Pourtant, Brad Pitt en tant qu’Inglourious n’est pas mauvais : il saisit l’accent de l’Américain rural profond, surjoue et nous délecte de ses excès !

    Question réalisation, la réduire au chapitrage scénaristique (donc au montage) c’est un peu faible… Relire les quelques points qui la concerne ci-dessus.

    Le meilleur pour la fin
    – Les « critiques-gadgets de journalistes taillés pour vendre » : nous ne sommes ni journalistes, ni taillés pour vendre… Sur la critique, relis le frontispice de notre blog
    – Quant au « blabla de pseudo-connaisseur de cinéma », il me reste en travers de la gorge… De « pseudo-spécialiste » oui, mais pas « pseudo-connaisseur ». Je suis un vrai connaisseur. Je connais le cinéma. Je connais Tarantino. Pas dans les détails (je ne suis pas spécialiste) mais au moins dans les grandes lignes…

    Il m’est avis qu’il s’en faudrait peu pour que tu invoques Nietzsche, mais heureusement ta vindicte s’arrête là.

  10. Je suis retourné voir Inglourious ce soir au ciné local. Nous sommes sortis au bout de 15 mn. C’est la première fois que ça m’arrive.

    Le film passait en vf. Un non-sens.

  11. Je reprends point par point ce que tu émets dans ta réponse et qui n’a pas lieu d’être.

    Je le redis encore une fois, c’est pas le film qui m’a suscité du dégoût, ce serait lui donner trop d’honneur. Puisque bon, j’ai vu le film, enfin j’ai essayé du moins, et je suis parti. C’est plutôt le tout autour qui m’inquiète, l’avis et les critiques, et la sur-valorisation que prend ce film.
    Je ne reviendrai pas sur ton « qu’importe nos goûts », je pense que si tu crois vraiment à ça, on a plus rien à ce dire 🙂
    Je ne reviendrai pas non plus sur ta soi-disante réponse sur la critique du scénario, affirmer le parallèle avec OSS 117 et en faire un argument de vente, c’est plutôt ridicule, car sérieusement Inglourious c’est du génie comparé à OSS.

    Puis finalement, le seul point où l’on se rejoint, en fait on ne s’y rejoint vraiment pas. Je critiquais Brad seulement dans le film parce que son jeu est nul, toujours le même, avec cette mimique qui me déplaît beaucoup. Après bon, je vais pas m’attarder sur Fight club, Entretien avec un vampire, Légende d’automne, Sept ans au Tibet, Snatch, tu connais mon avis, pour moi c’est du (très) bon. Bien que techniquement et professionnellement, la critique est possible, je rejoins Deleuze sur ce coup, lui pensait le cinéma (le lieu et l’atmosphère) comme une sorte de cosmos ; et finalement ce qui donne du crédit au film c’est ce qu’on en ressent et comment on se sent après. Ces films-là, pour moi, sont vraiment un exemple pour ça, on y rentre mais on en ressort vraiment différemment. L’étrange histoire de Benjamin Button (Fincher, 2009) est vraiment le meilleur exemple pour ce genre-là.

    Puis bon, après, tu n’as vraiment pas bien lu ce que j’ai dis. Je n’ai surtout pas dis : « Les « critiques-gadgets de journalistes taillés pour vendre » : nous ne sommes ni journalistes, ni taillés pour vendre… Sur la critique, relis le frontispice de notre blog. » Bien au contraire, j’ai dis que j’étais là pour trouver autre chose (que ce qu’on trouve dans les journaux) et que cet autre chose je ne le trouvais pas forcément.
    Le blabla de pseudo-connaisseur, c’était parce que bon, l’analyse me déplaît particulièrement, personnellement. Enoncer des parallèles entre les films de 1940, de 1980, de 1945, de 1962, sérieusement ça devient lourd et je passe les discutions sur les B.O. J’aurais préféré une discussion plus axée sur le fond.

  12. Le cinéma est un tissu de pellicules, un réseau d’images et de sons, on n’échappe pas aux parallèles et aux comparaisons. Surtout lorsque les références sont explicites comme chez Tarantino. Le cinéma se nourrit de cinéma.

    Tu fais bien d’éclaircir tes propos dans ton dernier paragraphe. Je comprends mieux.

    Enfin sur l’analyse filmique, il me semble que l’on peut trouver un peu de matière dans mon premier commentaire : une première séquence détaillée et expliquée, un petit éclairage sur le final cinéphilique (le cinéma pour se débarrasser des chefs nazis), de même lorsque nous parlons avec Etienne des allusions faites à la réalité de la propagande de Goebbels, des rapports entre Stolz der Nation et Kolberg ou entre Fredrick Zoller et Hans-Ulrich Rudel etc.

    Ces tentatives d’explications alimentent la réflexion et sont nécessaires à la compréhension de l’œuvre. Que tu ne les maîtrise pas et qu’elle t’agacent, c’est encore autre chose.

    Par ailleurs, je te suis redevable de nourrir tes propos d’un soupçon de cinéphilie, en citant Deleuze notamment.

  13. A force de vouloir tout recycler, QT finit par s’auto-citer et pêche par un excès de confiance en lui…
    Bref, je crois que j’ai suffisamment écrit sur son dernier film, , pour ne plus trop avoir envie de me répéter.

    Et je persiste, hors Jackie Brown (1998 ; hommage énamouré à Pam, l’idole de sa jeunesse) Pulp fiction (1994) reste son meilleur film à ce jour, nettement supérieur à Inglourious…

  14. Pour être honnête, je ne partage pas l’enthousiasme général sur le film.

    Je m’explique : j’ai beaucoup aimé ce qui fait à mon sens la « touch » Tarantino (sa BO, ses références et ses clins d’œil cinématographiques, sa réalisation, son humour… j’ai adoré la première scène version western à la sauce allemande !).

    Concernant le jeu des acteurs, je serai plus nuancée : j’ai adoré Christoph Waltz, Brad Pitt, Diane Kruger (et bien d’autres)… mais très honnêtement les prestations de Mélanie Laurent et de son cher et tendre dans le film m’ont mises mal à l’aise. Je les ai trouvées complètement à côté (sur-joué par la première et mal joué pour le deuxième) en comparaison de leurs acolytes.

    Sur le fond, c’est pareil… Bof. A mon sens, beaucoup d’incohérences (ou du moins de grossières ficelles) qui m’ont empêchées de rentrer dans le film et sa logique. Shosanna s’échappe trop facilement, la scène dans la taverne ne m’a pas convaincue (tant de discrétion et de patience…), la chaussure abandonnée, personne pour suivre l’actrice (Diane Kruger) dans le bureau du colonel (sa mort me semblait pourtant télégraphiée au vue de la supercherie « italienne » magnifiquement jouée à mon sens), le cas Shosanna si vite balayé par le colonel malgré son flair et ce petit verre de lait au restaurant, la mort de Shosanna (là aussi trop évidente, du vu et revu… sans doute une référence mais laquelle ?), le si facile retournement de situation pour l’Allemand à la fin du film, non vraiment autant Kill Bill et ses extravagances m’avait transporté, autant là, je suis sortie déçue et septique.

    Je suis sans doute passée à côté (j’avoue accorder une importance particulière aux histoires quand je regarde un film) n’étant pas aussi experte en cinéma que Mister Ornelune (dont je lis les critiques de manière assidue avec toujours autant de plaisir et dont j’admire la verve et les connaissances).
    Pour moi, cela reste un bon moment de cinéma mais très loin du chef-d’œuvre auquel je m’attendais !

  15. 15 commentaires: record battu, non? Ah oui 16 avec celui-là… C’est excellent qu’un film génère autant de passions et de débats !

    Pour ma part, je l’ai tellement adoré que je ne suis plus trop critique sur ses possibles imperfections (tout à fait d’accord Carine pour Mélanie Laurent et surtout celui qui joue son compagnon, bien en dessous de l’excellence -oui même Brad Pitt !!- du casting général comme je l’avais d’ailleurs aussi relevé dans mon commentaire). Le film est encore à l’affiche: s’il n’y avait pas d’autres films à voir, ce qui est le cas, j’y retournerais bien… Pour celles et ceux qui ne l’ont pas encore vu, il n’est donc pas trop tard !

  16. A propos du jeu de quelques acteurs et pour défendre un instant Mélanie Laurent.

    L’actrice n’est-elle pas convaincante dans la scène de la pâtisserie autrichienne ?

    Son jeu est beaucoup plus composé au cinéma le Gamaard lors de la soirée nazie. En robe rouge, elle pose tout en artifice. Jacky Ido – Marcel est plus fade. Denis Ménochet – M. Lapadite est limite. Les bâtards ne sont pas tous charismatiques etc. Oui, les réserves que vous émettez sur le jeu des acteurs sont justifiées.

    Mais les craquements de la bande son, les mauvais raccords au montage, les poussières sur la pellicule… Ne peut-on voir dans l’inégale direction des acteurs une volonté de la part de Tarantino de se rapprocher des mauvais films qu’il affectionne tant ? Cependant, tous ses défauts, j’en suis conscient, ne peuvent être excusés par les hommages souhaités…

    Après avoir vu ses bâtards peu fiers une seconde fois, autre chose : lorsque Hitler revient sur sa décision et accepte de se présenter à la première de La fierté de la nation, ne voyez-vous pas son visage rougi par les flammes dans la cheminée à ses côtés ? N’entendez-vous pas le feu crépiter ? Un petit feu qui hors-champ fait déjà deviner la fin choisie pour le führer.

  17. Il aura fallu attendre quelques jours pour que j’obtienne le fin mot des commentaires, à moins que la polémique suscitée par l’intervention de Luc ne redémarre juste après…

    Le génie de Tarantino n’est pas discutable: faire passer du rire au dégoût sur une période historique si dramatique est une prouesse indéniable.
    Pour le ressentir, soyez prêts au passage abrupte du burlesque au coup de poignard affreusement douloureux dans les dix minutes.

    Et vous remercierez Quentin qui de nous avoir fait aimer aussi bien les gentils ‘ricains que les méchants nazis à travers leurs faiblesses poussées à l’extrême : honneur cupide pour le Nazi, témérité machiste pour le shérif GI, haine refoulée pour la rescapée juive, hystérie poilante d’Hitler, folie vengeresse des GI juifs, et je dois en oublier beaucoup d’autres. Mais attention, pas de manichéisme simpliste ici : la frontière entre les bons et les méchants est à géométrie variable, car c’est la guerre!

    Là est bien le fond de la pensée de Quentin. Tous dans la merde, et chacun s’en sort comme il le peut, avec ses remords, ou sans ! A partir de ce constat, Quentin a pu réaliser sur pellicule un fantasme pour des millions d’êtres humains âgés ou disparus de nos jours. Et ça, c’est vraiment bon pour eux.
    « A river deci … »

  18. Ayant lu l’ensemble des commentaires sur ta page, je m’étonne (comme d’autres sur ce site) des réactions vite très véhémentes laissées à propos de cette œuvre. Comme je te le disais il y a quelques jours, je suis ressorti de ce film enthousiaste, mais dans une forme d’enthousiasme qui semblait comme préparée par l’ensemble de la critique qui entourait ce film ainsi que par le point de vue (de plus en plus mis à mal) qui fait de Tarantino un génie.

    Mon point de vue se situerait donc (un peu lâchement!) entre le tien et celui du méchant Luc (avec lequel je partage une certaine rancœur à propos du traitement qui a pu être fait du cinéma de Fincher dans le passé… c’est la faute aux Cahiers !).

    Ce que j’ai vu dans Inglourious… est le principe mis en actes d’une correction de l’histoire et des manifestations de lâcheté qui l’ont traversée (collaboration, rôle des juifs américains) par le cinéma: le final et tout le côté purement jouissif et non intellectualisant de la violence le montrent.

    En deçà de ce niveau, il y a une tentative pour rendre toutes les relations entre bons et méchants beaucoup plus complexes qu’elles ne le paraissent. Pour reprendre la critique d’un ami dont je t’avais parlée, la diffusion de La Fierté de la nation accompagnée par les rires écœurants des dignitaires nazis et par le malaise du héros-même de ce film (interprété par Brühl) sont peut-être à voir comme un parallèle avec notre propre comportement face au spectacle des Basterds, scalpant et gravant des croix nazis sur des pères de familles de la Wehrmacht envoyés en France sans qu’on ne leur ait rien demandé…

    On critique souvent Tarantino pour la simplification bébête à laquelle il se livrerait dans ses films. Derrière cette idée, il y a sûrement une forme d’anti-américanisme qui consiste à ne voir que de la vulgarité et des grosses ficelles derrière les films d’Hollywood (comme on le faisait à propos de Hitchkock avant l’arrivée de son protecteur légitime car bien de chez nous, Truffaut). Cependant, Tarantino vient souvent, notamment dans ses entretiens, pour imposer au contraire une vision moins manichéenne des choses que celle qui est la nôtre. Ainsi, j’ai lu son interview cet été dans le Spiegel (journal allemand très intéressant). Les journalistes allemands, mal à l’aise face à cet objet filmique qui heurtait tout le discours dans lequel ils s’empêtrent depuis 70 ans pour assumer les conneries de leurs grands-parents, se montraient très moraux dans leur point de vue sur le film et la période: et Tarantino de leur rappeler que les films produits par Goebbels (c’est bien ça?) étaient pour la très grande majorité non des ersatz du Juif Süss (Veit Harlan, 1940), mais des films d’amour, d’aventure, sans message subliminal particulier, souvent bons! Enfin, Leni Riefensthal reste pour lui la meilleure réalisatrice de l’histoire du cinéma, ce qu’il démontre par de très méticuleuses analyses de plans.

    Alors, non, Tarantino, ce n’est pas du chiqué! Je veux dire qu’il ne fait pas des films faussement virtuoses et creux, cela, j’en suis sûr.

    Cependant, il y a effectivement un côté cabochard dans ce film: de nombreux éléments sont là parce que tel était le bon plaisir du roi Tarantino. Par exemple, cette rétrospective sur le passé d’un de ses personnages (le nazi tueur de nazis), la seule, alors que des personnages bien plus intéressants ne bénéficient pas du même traitement. Il y a aussi, il faut bien l’avouer, quelques creux entre les grandes scènes de dialogue tendues et éminemment bien construites ; pour preuve, j’ai des trous de mémoire quand je repense à l’action, ce qui ne pourrait m’arriver pour un film moins ambitieux mais plus maîtrisé comme Death proof.

    C’est dans ces moments que je me remets à penser à Pulp fiction, à ce principe qui gouverne tous ses dialogues bêtes et profonds, principe qui régit aussi ce montage de séquences alambiqué mais plein de sens, ainsi que cette représentation des tocards les plus héroïques qui aient été conçus depuis belle lurette: ce principe est celui de la NECESSITE. Tout fait sens, tout se répond et à aucun moment on ne se demande comment un discours mystique peut côtoyer le récit des supplices que Marcellus Wallace a infligés à « un nègre de Samoa ». Et nous rêvons encore 15 ans après avoir découvert cet univers du halo doré qui inonde Vincent lorsqu’il ouvre la mallette, nous voyons Wolff s’éloigner avec sa corvette après avoir prodigué à ses disciples sa belle formule,… Nous, ses fans, continuons à tout autoriser à Tarantino car il nous a fascinés ce jour-là, et à vie.

    Voilà, Inglourious Basterds m’a beaucoup plu, il pose beaucoup de questions et représente aussi un certain affranchissement de l’art face à l’histoire que je trouve très plaisant ; mais cette assurance de Tarantino devient un peu de la suffisance lorsqu’il se départit de la rigueur cinématographique incroyable qui permettait de rendre saisissant son imaginaire de fou à lier.

  19. Il n’y a en aucune façon un affranchissement de l’histoire ici, c’est tout le contraire, soit tu t’es trompé de mot soit tu n’as rien compris au film.

  20. Luc,
    Dans la mesure où Tarantino enferme tous les dignitaires nazis dans une salle de ciné et les fait cramer par une juive, je pense pouvoir dire sans trop de scrupules qu’il s’affranchit dans sa création d’un certain souci de coller aux faits historiques. L’idée qui m’a plu est sa volonté de corriger (et non de « réviser »!) l’histoire par l’art.
    Cordialement…

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