Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal

Steven Spielberg, 2008 (États-Unis)




Passe-temps de sexagénaires gâteux (Spielberg, Ford et Lucas), Indiana Jones 4 est un objet informe basé sur un scénario* qui n’a jamais mérité que la corbeille. Tout nous est bien sûr très familier et, alors qu’en vingt ans (depuis La dernière croisade, 1989) les pseudo-archéologues hollywoodiens ont couru en tout sens sans nous convaincre**, le Docteur Jones, lui, restant sur ses succès aurait dû se contenter des salles de cours. Pourquoi associer un mythe ufologique vaseux aux civilisations précolombiennes ? La richesse des croyances maya ou inca (la langue maya est évoquée alors que le récit se déroule au Pérou…) ne suffisait-elle pas à émerveiller ?

Dès la première seconde et l’apparition de la marmotte, on devine que le ton n’est plus le même. On laisse une chance au récit qui s’amuse à évoquer American graffiti (Lucas, 1973) ou L’équipée sauvage (Laszlo Benedek, 1953). Dans le hangar de la zone 51, mais déjà le chiffre agace, on s’efforce de trouver la caisse de l’Arche d’alliance… Puis viennent Cate Blanchett à la rapière communiste (elle brûlera d’un trop plein de connaissances extraterrestres !), Karen Allen (survivante des Aventuriers de l’Arche perdue, 1981), John Hurt et Shia LeBeouf (pas si mal en blouson noir)… L’histoire bâclée s’emballe sans inventivité, le spectateur baille et la soucoupe volante indiffère.

Le héros survit à une explosion atomique et bientôt Shia LeBeouf, le lasso à la ceinture, regardera avec tendresse la photo de son père comme Harrison Ford regarde celle de Sean Connery dans cet épisode. Spielberg veut nous montrer que le mythe qu’il a créé ne meurt pas, or le royaume du crâne de cristal n’est déjà plus que le vague souvenir d’une agitation fumeuse…





* Le scénario n’est pourtant pas le travail de complets incapables : David Koepp, connu pour avoir imaginé une quantité de blockbusters pour Spielberg (Jurassik Park, 1993, La guerre des mondes, 2004), Ron Howard (Anges et démons, 2009), Sam Raimi (Spider-man 1, 2002, et 2, 2004) ou De Palma (Snake eyes, 1998, Mission impossible, 1996) et à ses côtés Jeff Nathanson (un novice ?) et Lucas.

** Brendan Fraser poursuivi par La momie depuis 1999, Angelina Jolie en Lara Croft depuis 2001, Nicolas Cage en Benjamin Gates depuis 2004…

4 commentaires à propos de “Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal”

  1. C’est peu dire que nous nous embarquâmes dans le présent visionnage les poches remplies de la plus hargneuse des circonspections. Projet superflu s’il en est et à priori « loupé d’avance », échos de notre entourage à la sévérité toute transgénérationnelle… nos ciseaux affûtés et nos plus beaux patrons pour costards étaient à égale portée de main que notre remote control.

    Et pourtant. Pourtant sans que l’affaire soit une franche réussite, elle ne nous apparût pas non plus comme une authentique catastrophe. Non plus. Certes l’invasion massive et i-élémesque de la 3D (on ne le refera pas notre Jojo Lucas) rompt salement le charme des deux premiers opus. C’est entendu, certains rôles ont perdu de leur piquant (Karen Allen, tristement accessoire, est loin de sa hargne Hepburnesque d’autrefois) tandis que d’autres semblent de simples copies hâtivement ravalées et nous agréerons encore que la relève (toujours cet impossible neo-bankable de Shia LaBoeuf (cf. Transformers) !) n’offre pas la charge d’excitation nécessaire pour qu’on s’emballe non plus (il est d’ailleurs au cœur des séquences les plus faibles (références à L’équipée sauvage, Tarzan, etc.). Mais l’élan, le ton, l’ambiance semblent plutôt intacts. A tout le moins enterrent les Benjamin Gates, mouchent les Lara Croft, torchent la descendance sans cinéphile conscience (même si ici, parfois, cette cinéphilie est surtout auto-complaisante (American graffiti, CE3K)) et, mieux encore : la première demie-heure remplit brillamment son office, fait espérer le meilleur, toucher du doigt des émotions peu revécues depuis 1981. Et rien que pour ça, allez…

  2. Plutôt de l’avis de Mariaque, j’avais esquissé une défense, certes difficile, en son temps.
    Mais quand même, ils ne sont pas si vieux que cela, sexagénaires oui, septua, pas encore 🙂

  3. Sexagénaires (oui merci) c’est corrigé !

    Pour répondre à Mariaque, si l’élan ou le mouvement reste le même (un enchaînement trépidant de situations), le ton me paraît changé. Il était enjoué et comique, il est d’un comique plus grossier, moins inventif (le vieux héros a dans la bouche, les répliques de Glover dans L’arme fatale, pour ne citer qu’un seul exemple). Et puis, je reviens dessus, l’intrigue extraterrestre ne s’accorde pas à mon goût à l’univers du prof archéologue.

    Pour Vincent, je suis curieux d’entendre les éléments positifs qui émergent du film, en dehors bien sûr (et tu verras là ce que je considérais comme le fort potentiel d’une suite réussie) du savoir-faire quant à l’action, de quelques répliques bien sûr, de l’ombre du héros ramassant son chapeau…

    Je crois que sur cette production, nous nous partageons simplement entre les grands déçus et les spectateurs plus indulgents.

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