Houdini le grand magicien (The Great Houdini)

George Marshall, 1953 (États-Unis)

LE PRESTIGE ?

Avant que Houdini ne fabrique des tickets magiques pour McTiernan (Last action hero, 1993), le grand illusionniste d’origine hongroise (mort en 1926) se rendit célèbre par mille tours et autant d’astuces devant des foules ébahies. Des foires de New York aux théâtres d’Amérique et d’Europe, ses numéros avaient la réputation d’être toujours plus impressionnants les uns que les autres. Évidemment à faire disparaître des éléphants ou à s’échapper de cuves remplies d’eau, enchaîné et la tête en bas, le succès à l’époque était assuré.

La Paramount envisageait depuis longtemps d’adapter la vie d’Houdini à l’écran (depuis 1935, d’après la fiche consacrée sur le Catalogue de l’AFI). Les studios demandèrent à Philip Yordan d’écrire un scénario à partir du roman de Harold Kellock, Houdini, paru en 1928. La réalisation fut confiée à George Marshall en contrat avec les studios et qui venait d’entamer 1953 avec deux comédies (Les Dégourdis de la M.P. et Fais-moi peur). Pour ajouter aux charmes du Technicolor (et après avoir écarté Orson Welles un temps pressenti dans le rôle principal), ce fut l’acteur d’origine hongroise (lui aussi) Tony Curtis, qui fut choisi pour interpréter le grand « escapologue », tandis que Janet Leigh, Madame Curtis depuis peu, interprétait Bess l’assistante d’Houdini et sa propre femme.

Ce que nous dit le film, ce sont les hésitations du couple, les concessions d’Houdini et les craintes de Bess… ou l’inverse. Marshall et Yordan brossent le portrait d’une blonde coupée à la scie par son mari. Elle préfère un foyer stable et tranquille. Lui, la scène et les prises de risque. Même une fois engagé dans le métier, les numéros et les tournées, on n’est jamais tout à fait sûr de savoir qui des deux a les pieds et les poings les plus liés. Si Houdini paraît s’être toujours débrouillé pour s’évader des prisons dans lesquelles il se fait d’ailleurs un plaisir d’entrer (malles, coffres forts, geôle de Londres), cela ne paraît pas être le cas de Bess, incapable de renoncer à son mari, ses prétentions et ses extravagances. Une fois mariée, il n’y a pas d’issue pour la femme du magicien, sauf d’être elle-même escamotée.

Houdini s’est intéressé à la magie, à l’hypnose, au spiritisme, aux spectacles des forains, au théâtre et au cinéma. Mais le film n’évoque rien de son travail d’acteur et de scénariste pour le cinéma muet (notamment pour L’Homme de l’au-delà de Burton L. King, 1922). C’est dommage. On regarde ce film sans déplaisir mais, en dépit du sujet, il n’y a pas beaucoup de magie à l’écran. Les numéros de scène perdent même toute leur valeur à être capté ou reconstitué pour le cinéma. En revanche, faire réapparaître cette magie par le biais du cinéma, peut-être avec un clin d’œil à Méliès ou à Keaton (puisque Houdini a fréquenté ce dernier), aurait tiré le film vers autre chose. Houdini le grand magicien est une biographie simple, jolie, pas forcément des plus attrayantes.

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