Le hobbit : un voyage inattendu

Peter Jackson, 2012 (États-Unis, Nouvelle-Zélande)




Guillermo del Toro puis Peter Jackson, le projet est donc revenu à son initiateur. Histoire d’un aller-retour sans grande conséquence pour des films qui de toute façon, comme la trilogie du Seigneur des anneaux, ne se destinaient qu’à une illustration belle mais simple des écrits de Tolkien. Les histoires imaginées par l’auteur anglais ont toujours été propices à la mise en images et, bien avant John Howe et Allan Lee, l’éminent philologue lui-même dessinait les cartes des Terres du Milieu, les paysages et les personnages qui les traversaient.

Une dizaine d’années après La communauté de l’anneau, Peter Jackson prévît donc d’adapter et de développer Le hobbit en une nouvelle trilogie. De trois cent pages ou un peu moins (Le seigneur des anneaux en compte plus de mille), le réalisateur ajouta donc neuf heures ou environ à sa filmographie. Mais une telle durée est-elle justifiée ? Autrement dit, qu’y a-t-il de réellement neuf pour le spectateur dans cette aventure ? En effet, les intrépides de toutes races et de tous clans nous sont déjà familiers (Gandalf, Saroumane, Gollum…) ou, s’ils ne le sont pas, restent des cousins très ressemblants (Thorïn et Cie). De plus, un des grands atouts du film, à savoir les décors naturels de la Nouvelle-Zélande, n’est plus une découverte (avant Le seigneur des anneaux, Howard y avait tourné quelques séquences de Willow en 1988). Enfin, de la carte à la clef, puis de la porte au trésor, en passant bien sûr par tous les dangers attendus, la quête reste la même depuis toujours. Même les initiatives de Jackson s’appuyant sur les sources et respectant fidèlement l’esprit du livre (telles que l’apparition du nécromancien ou celle de Radagast) ne surprennent pas.

Pourtant, à le voir à plat et sans 3D, le plaisir de retrouver un monde connu nous tient malgré tout en haleine. Comme à la lecture des livres, ce sont aussi les passerelles (nombreuses) lancées vers Le seigneur des anneaux qui ont suscité notre curiosité. De même, du rangement par la magie de Merlin l’enchanteur (Wolfgang Reitherman, 1963) aux plate-formes démultipliées sur lesquelles se lançait jadis Indiana Jones (Spielberg, 1981), le jeu des correspondances nous fait passer le temps. Sans la nouveauté qui n’apparaît donc pas à la surface, le plaisir est timide. Ce qui fait encore défaut se trouve ailleurs et, comme dans Avatar de Cameron (2009), la surprise vient de la technologie utilisée.

Avec la 3D, les sensations sont cette fois tout autres. Le « High Frame Rate » (HFR) qui accompagne la 3D améliore le confort du spectateur en rendant l’image plus nette et plus fluide. Cette fréquence de 48 images par seconde améliore surtout les effets de profondeur et apporte un réalisme étonnant à certaines situations. C’est le cas sur les remparts léchés par les flammes du dragon ou dans les plongées dans la ville de Dale. Mais paradoxalement, ces mêmes scènes gagnent quelque chose de plus factice. De façon assez bizarre, la perception des espaces, des volumes et des mouvements m’a parue proche de ce que l’on peut ressentir devant des films ou des séries qui ont uniquement recours à des marionnettes (citons Dark Crystal en référence, Henson et Oz, 1982). Ce qui n’est pas gênant, au contraire.

Certes, le voyage n’était pas tout à fait inattendu et le néophyte a encore des difficultés à comprendre ce qu’il éprouve face aux évolutions technologiques (à proprement parler ici : une énigme dans le noir), mais l’expérience, elle, est tout à fait nouvelle.

5 commentaires à propos de “Le hobbit : un voyage inattendu”

  1. J’avoue que j’étais un peu inquiet avant d’aller le voir et j’en suis ressorti un peu mitigé. Bizarrement les trois heures sont passées assez vites, mais si le film respecte assez bien le roman, la narration et le rythme sont beaucoup beaucoup plus rapides. On a l’impression de ne jamais respirer dans ce film, qui file à une allure folle. C’est un peu fatiguant et la multiplication des scènes d’action finit par lasser et gâche la poésie et la féérie du roman. C’est bourrin et bien moins enfantin que le livre écrit par Tolkien. Pour autant on ne passe pas un mauvais mauvais moment, mais le film est trop calibré blockbuster hollywoodien pour remporter complètement l’adhésion. En revanche je ne l’ai vu ni en 3D ni en 48 images par seconde et ça ne me dérange pas beaucoup, pour moi l’immersion se fait par le scénario et par la photographie du film, pas par des effets techniques tape à l’oeil. Mais ça doit être mon côté old school.

  2. A plat, le film comporte des scènes sans intérêt. Le développement sous la montagne contre les gobelins a été vu mille fois (et mille fois encore si l’on pense aux jeux vidéos), de même la scène où l’on voit le combat de géants lors de la traversée des Monts Brumeux (deux lignes dans le roman). Encore une fois, en 3D, la sensation est tout autre.

    Pour ce qui est de la rapidité de la narration, je n’ai pas la même impression que toi, même si, parmi les scènes ajoutées par Jackson à l’histoire originale, on trouve beaucoup de scènes d’action. La séquence de la Comté par exemple m’a paru longue. Et avant les wargs, le rythme n’est pas particulièrement soutenu (le départ de la compagnie, la scène des trolls etc).

  3. (…)ne se destinaient qu’à une illustration belle mais simple des écrits » : je trouve cette appréciation assez moyenne, voire avec un soupçon de mépris que je ne partage pas. Je trouve que l’illustration cinématique du Seigneur des anneaux et du Hobbit est tout sauf simple ou simpliste, bien au contraire elle m’apparait plutôt complexe, fouillée et profonde.

    Concernant ce début d’une nouvelle trilogie, j’ai beaucoup aimé : un film est un film, un livre un livre et sans cesse comparer n’aboutit à rien ; néanmoins c’est plus proche du roman encore que ne l’était Le seigneur des anneaux, qui est de toutes façons une libre adaptation. Il faut aussi préciser que lorsque Tolkien a fini d’écrire Le seigneur des anneaux, quelques années plus tard a voulu remodeler Le hobbit pour que les deux livres soient plus étroitement liés. Mais il n’en a pas eu le temps. Peter Jackson a tenté de faire Le hobbit que Tolkien aurait voulu refaire, il y a donc des liens plus forts entre les deux trilogies que dans les deux romans.

    Pour ma part j’ai adoré ce que beaucoup ont trouvé long : le prologue, superbe, et toute la partie dans la Comté avec l’arrivée des nains. Le jeune Bilbo est superbement interprété avec un acteur très convaincant. J’attends vivement les suites, mais ce premier tome m’a beaucoup plu. Face à un tel monument du cinéma que fut la précédente trilogie, on est certes bien plus critiques qu’envers un autre film et j’ai certes moins aimé les ouargues (ou wargs), là encore, le surplus d’images de synthèse (superbes au demeurant) au détriment des miniatures/maxitures plus artisanales et le passage de Radagast qui sème les gobelins sur son traîneau assez risible. Il y a donc forcément des différences (plus d’une décennie sépare les deux trilogies) au niveau technique, mais dans l’ensemble la continuité Peter Jackson est salutaire et on pourra regarder au final les six films à la suite (en attendant d’éventuelles autres aventures dans le futur) avec une certaine homogénéité (bien plus que Star Wars, car les deux trilogies ont été réalisées avec encore plus d’années d’écart). Vivement la version longue, La désolation de Smaug et Histoire d’un aller et retour !

  4. Non, non, pas de mépris du tout sur ces films-là ! Je veux dire par illustration qu’il n’y a rien de plus dans les films de Jackson que ce que l’on trouve déjà dans les livres de Tolkien. Le réalisateur en donne une représentation somme toute très réussie et a tenté d’y insérer (plutôt bien à ce que je peux en juger) la substance du texte, sa profondeur. Mais il ne le dépasse pas et n’y ajoute rien.

    Maintenant je sais que je m’adresse à un fidèle parmi les fidèles de la première trilogie et que mes mots sont mesurés avec attention.

    D’ailleurs, je te suis sur Martin Freeman, excellent dans son rôle et peut-être le hobbit le plus appréciable des quatre films. Et je serai même moins sévère que toi sur Radagast car, s’il est bien un personnage comique (comme l’a été Gimli), sa fuite lors de l’attaque des wargs ne m’a pas semblé risible (j’ai marché !).

    Signalons l’excellent site du spécialiste français de Tolkien, Vincent Ferré, http://www.pourtolkien.fr. Et d’ailleurs, en consultant la page recherche universitaire, on s’apercevra que l’oeuvre de Tolkien offre toujours une belle matière à réflexion.

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