Génération rebelle (Dazed and confused)

Richard Linklater, 1993 (États-Unis)


TODAY’S GONE


Entre Slacker (1991) et Before sunrise (1995), Richard Linklater a une trentaine d’années quand il réalise son troisième film et se penche sur cette bande de jeunes texans, probablement un peu déjà à la recherche du temps perdu. Dazed and confused raconte les derniers jours d’une année scolaire en 1976, une décennie ou environ après les errances pré-estudiantines, dans les années 1960 donc, d’American graffiti (Lucas réalise en 1973), avant que le spring break ne soit surtout connu à partir des années 1990-2000 pour ses délires de masse et ses abus. De ces trois époques (on pourrait presque remonter encore le temps de dix ans en arrière avec ce que rapporte de la fin des années 1950, le film de Curtis Hanson, American teenagers, réalisé lui en 1983), on retient toujours de la jeunesse ses pulsions violentes et passionnées, sa volonté de briser les cadres ou au moins de défier les règles (de la famille, de l’école, de la société), et éventuellement d’y substituer les leurs, comme le bizutage dans le film de Linklater, la destruction de boîtes aux lettres, la réappropriation des espaces publics, les jeunes hésitant toujours entre les jeux inoffensifs ou une violence débordante et mal contrôlée ; gare au retour de bâton, la rancœur parfois suscitée étant aussi la promesse d’une vengeance plus ou moins sévère à déguster.



Mauvaise coutume oblige, à peine le dernier jour de collège achevé, Mitch (Wiley Wiggins) se fait corriger par l’infâme O’Bannion (Ben Affleck à la mèche folle), et le même soir, histoire de faire oublier sa mésaventure, se fait inviter par de plus fréquentables aînés, notamment le très cool Randall Floyd (Jason London), « Pink » le bien nommé. La soirée est plus ou moins improvisée, mais les ingrédients sont bien connus, bières, dragues et accrochages variés, le tout sous le regard tutélaire de deux membres de Kiss, la langue pendante, sculptés et partout promenés.

Linklater fait le portrait d’une bande de jeunes et d’une époque : comportements, styles vestimentaires et capillaires, loisirs (flipper, billards…). Finalement, certainement là la description de toute une période de sa vie puisque, en 1976, le réalisateur avait à peu près l’âge de Mitch, c’est-à-dire à peine plus de quinze ans. De plus, Linklater situe son histoire dans une ville moyenne du Texas, peut-être pas Austin où le réalisateur a passé son adolescence, mais entre les villas des potes, le terrain de sport, la salle de jeu, on se doute qu’il nourrit son récit de ses propres expériences et qu’il installe ses personnages dans des lieux qui lui ont été familiers. Le film est également ponctué de quelques marqueurs culturels et temporels, comme un film à l’affiche au ciné du coin, Family plot, ainsi que les titres de son excellente bande originale. Car, même si elle est un peu illustrative, la musique est aussi employée avec humour et participe bien à l’énergie du film. Elle concourt en plus parfaitement à la représentation adolescente (Sweet emotion d’Aerosmith, School’s out d’Alice Cooper, Paranoid de Black Sabbath, Tuesday’s gone de Lynird Skynird…). Enfin, outre les acteurs déjà cités, un mot sur les autres : Adam Goldberg prêt à taper sur l’épaule du mec et à laver l’affront, Milla Jovovich guitare à la main, Matthew McConaughey en blond à moustache qui vieillit mais pas ses conquêtes, toujours renouvelées, et encore Joey Lauren Adams ou, à condition d’avoir l’œil aiguisé, Renée Zellweger dans le rôle de the girl in blue pickup truck

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