Joann Sfar, 2010 (France)

L’homme à tête de choux dans des volutes de fumée joue quelques entêtantes mélodies sur son piano noir… Selon le titre, Serge Gainsbourg est donc devenu un héros, un artiste légendaire de la chanson française, et lui consacrer un film est finalement une bonne idée. Surtout lorsque ce dernier est tourné de façon aussi originale, dans une grande liberté de ton et d’expression que s’est accordée Joann Sfar (lui-même dans la peau de Georges Brassens), s’éloignant ainsi du simple biopic auquel on aurait pu s’attendre. Mais c’est tout de même étrange pour moi, comme pour tous ceux qui ont connu le bonhomme de son vivant (il faut dire qu’on le voyait quasiment toutes les semaines à la télévision), que de le voir joué par quelqu’un d’autre ! Car après tout, c’était il y a peu de temps… Une impression bizarre comparable à celle que j’avais eu pour Coluche, l’histoire d’un mec d’Antoine de Caunes en 2008 ! Sans forcément comparer ces deux longs métrages, je dirais cependant que cette vie héroïque est bien meilleure à l’histoire d’un mec.

Joann Sfar (dont c’est le tout premier film et qui a jusqu’à présent fait carrière en tant que dessinateur) a pris beaucoup de libertés pour le déroulement du récit et y a apporté toutes ses facéties, comme par exemple le double de Gainsbourg, sa « gueule »* caricaturée et également une introduction animée particulièrement réussie. Une belle trouvaille qui donne au film cette dimension parfois onirique et un peu de recul pour ne pas tomber dans le trop sérieux… Comme indiqué sur l’affiche : « Un conte de Joann Sfar », et c’est tout à fait ça. Disons qu’il a su s’affranchir des codes très classiques du biopic tout en maîtrisant quelques figures imposées.

Gainsbourg enfant, ou plutôt Lucien Ginsburg (Kacey Mottet), est vraiment terrible et j’ai d’ailleurs beaucoup apprécié la première partie du film ! Eric Elmosnino en Gainsbourg jeune, puis adulte, est tout simplement stupéfiant ! La métamorphose est totale et dans certaines scènes (le regard surtout, mais aussi les attitudes) la ressemblance est plus que frappante. En revanche, malgré le maquillage, il est un peu moins ressemblant lorsqu’à l’écran il a la cinquantaine passée. Les dernières années de Gainsbourg ne sont d’ailleurs pas ici les minutes les plus captivantes. Mais au-delà, les expressions et mimiques adoptées ont très bien été cernées et l’acteur ne se contente pas d’une imitation, même si c’est parfois le cas pour coller au plus près à cette gueule que tout le monde a en mémoire. Les (nombreux) seconds rôles sont également de grande qualité puisque l’on croise beaucoup de ses célèbres conquêtes : Juliette Grécot, Brigitte Bardot, France Gall, Jane Birkin, Bambou… Ainsi que Fréhel (interprétée par Yolande Moreau, on retrouve d’ailleurs trois des ex-Deschiens dans le film !), Boris Vian, Brassens…

Gainsbourg (vie héroïque) est un difficile pari, réussi grâce à sa singularité, son audace, ses acteurs et… Sa musique forcément ! Car le film est très musical et réentendre certaines mélodies donne souvent la chair de poule. A l’image de l’artiste, le film oscille entre le grave et le plus léger, entre le Gainsbourg et le Gainsbarre… Bravo.

Ludovic

* Jouée par Doug Jones, un comédien américain qui a l’habitude des masques et prothèses puisqu’il a déjà incarné Pan dans Le labyrinthe de Pan, Abe Sapien dans Hellboy et Hellboy II (trois films signés Guillermo Del Toro) ainsi qu’un clown en 1991 dans Batman, le défi de Tim Burton.

  • Facebook
  • RSS Feed
  • Twitter
  • Google

4 commentaires so far »

  1.  

    Luc said

    février 15 2010 @ 19:38

    J’ai pas aimé du tout.
    Pourquoi faire un conte ? Alors qu’on est sûrement en présence de la meilleure biographie, de la plus adaptable au cinéma, de la plus captivante. Faire un conte histoire d’éviter toute remarque me gêne beaucoup.

    L’introduction dans l’onirique convient absolument pas, c’est totalement décalé dans le mauvais sens du terme. Ça renforce le côté « petit enfant » alors que l’univers gainsbourien est plutôt à l’autre extrémité.

    Je me suis fait chier mis à part la sublissime performance de la regrettée Lucy Gordon (Jane Birkin).

  2.  

    Benjamin said

    février 16 2010 @ 9:32

    Lucy Gordon qui avait jusque-là de petits rôles, une journaliste dans Spider-man 3 (Raimi, 2007) et la mannequin un peu cruche dans Les poupées russes (Klapisch, 2005).

  3.  

    Ultimatom said

    février 17 2010 @ 11:10

    D’accord avec toi sur le film.
    Réponse à Luc dans les commentaires : justement, pourquoi livrer un énième biopic conventionnel, alors que Sfar montre qu’on peut être original en racontant la vie d’un chanteur ? Le générique est en accord avec la première partie du film.

  4.  

    Luc said

    février 19 2010 @ 14:52

    Mais c’est justement pas ça.
    La vie de Gainsbourg adaptée comme telle aurait permis de casser les biopics conventionnels puisqu’elle est tout sauf conventionnelle. Tu peux faire du conte avec n’importe quelle vie d’artiste mais pas Gainsbourg ; le mec qui a la bio la plus riche au monde. Pourquoi tricher avec un réel aussi « cinématographiable » ?

Comment RSS · TrackBack URI

Laisser un commentaire

Nom : (Required)

eMail: (Required)

Website:

Comment: