Frenzy

Alfred Hitchcock, 1972 (États-Unis)

Pas de délire du spectateur à voir l’avant-dernier métrage du maître anglais (Complot de famille est tourné en 1976), pas de frénésie de l’auteur derrière la caméra. Frenzy est loin de laisser un meilleur souvenir que L’étau (1969) qui avait aussi ses défauts.

Serveur de bar licencié, Richard Blaney (Jon Finch) a des difficultés financières. Son ex- femme (Barbara Leigh-Hunt) est étranglée*. Le voilà accusé à tort. Sur 116 minutes, Hitchcock filme les agissements du véritable assassin (Barry Foster qui s’est fait la tête de l’emploi), la fuite de Blaney et l’évolution de l’enquête du point de vue d’un inspecteur de Scotland Yard (Alec McCowen). Certaines séquences voulues absurdes s’étirent (l’assassin dans les sacs de patates, les repas de « cuisine française » chez l’inspecteur) et constituent des creux dans une histoire qui manque terriblement de temps forts. Le film paraît ne pas en finir**…

Pourtant, même dans les plus mauvais films d’Hitchcock (et celui-ci en fait partie), il y a matière à puiser. Les scènes d’étranglement laissent d’horribles expressions sur les visages figés des cadavres (deux plans marquent autant que la terreur suscitée devant Les oiseaux, 1963). De même, deux mouvements de caméra nous laissent stupéfaits : le long travelling aérien en introduction au-dessus de la Tamise qui descend au niveau de l’eau sous le Tower Bridge et un travelling arrière comprenant une descente d’escalier et le passage d’un décor de studios à une rue filmée en extérieur.

Pour l’anecdote, c’est dans Frenzy que l’on trouve les premières paires de fesses et de seins de la filmographie hitchcockienne. Le film qui se passe pour l’essentiel à Covent Garden (le quartier et le marché aux fruits étaient connus du réalisateur depuis son enfance) est le dernier du cinéaste en Angleterre.





* Même si les méthodes diffèrent (ici le tueur en série utilise des cravates), on pense nécessairement à The lodger, 1926.
** Bruno Villien nous apprend dans son livre qu’Hitchcock s’endormait durant certaines prises. B. Villien, Hitchcock, Paris, Colona, coll. « L’œil du cinéma », 1982, p. 335.

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