Excalibur

John Boorman, 1981 (États-Unis)

Comme Richard Thorpe pour Les chevaliers de la table ronde (1953), John Boorman s’inspire de La mort d’Arthur de l’auteur du XVe siècle, Thomas Malory. L’Angleterre toute entière attend qu’Excalibur soit retirée du rocher afin que la royauté soit rétablie et le territoire pacifié. Toutefois, loin de Richard Thorpe, John Boorman entraîne le Moyen Age vers la nuit des temps et lui rend magie, sang et brutalité.

Choc des armes dans un violent vacarme, viol (en armure !) et parricide, ne cherchons pas ici la préciosité de Robert Taylor et de ses pairs ! L’amour courtois laisse place à l’appétence sexuelle et Merlin s’en désole. John Boorman commence son récit avec l’échec d’Uter Pendragon (Gabriel Byrne) incapable d’unifier le royaume et préférant convoiter la femme de son rival, Igrayne (Katrine Boorman). Arthur (Nigel Terry) naît de leur union. Le temps passe et l’histoire se poursuit avec la trahison de Lancelot (Nicholas Clay) et de Guenièvre (Cherie Lunghi). Pourtant Arthur avait bien été prévenu par Gauvain (Liam Neeson qui débute à peine sa carrière). Sans reine, le roi ne gouverne plus et son royaume est en perdition (les teintes se ternissent et les décors deviennent fangeux). La quête du Graal doit être œuvre de rédemption : elle cause la perte de tous les chevaliers de la table ronde, excepté Perceval (Paul Geoffrey). Il est lâche car se cache derrière un buisson plutôt que de porter secours à un chevalier en difficulté mais parvient malgré tout à découvrir le Graal.

Dans Excalibur, le panthéon des dieux antiques laisse place au Dieu unique. Les pouvoirs druidiques de Merlin (Nicol Williamson) ne sont bientôt plus. L’enchanteur tombe sous le charme de Morgane (Helen Mirren) et disparaît. La croix n’apparaît pas tout de suite et seuls ceux qui ont combattu le mal avec une arme, Saint Jean et Saint George, sont d’abord invoqués par les chevaliers. Puis, c’est au nom de Dieu qu’un prêtre unit le roi et la reine. Dans la dernière partie du récit, la quête du Graal assure définitivement de la christianisation du royaume.

La réussite d’Excalibur tient en grande partie à la beauté de ses images. John Boorman et son équipe savent parfaitement exploiter les décors naturels. Vastes plaines, clairières et sous-bois aux rochers couverts de mousse constituent des lieux magnifiques qui nous rappellent les œuvres préraphaélites prenant le mythe arthurien comme source d’inspiration (L’enchantement de Merlin de Burne-Jones). Passons sur les armures clinquantes qui pèsent une tonne, sur le ridicule de Mordred (Robert Addie), chevalier d’or efféminé, et sur les projecteurs verts qui çà et là sont censés apporter une aura surnaturelle à certaines scènes… De Legend (Ridley Scott, 1985) au Seigneur des anneaux (Peter Jackson, 2001-2003), il est évident qu’Excalibur inspire et contribue pour le mieux à l’imagerie cinématographique du merveilleux médiéval.

2 commentaires à propos de “Excalibur”

  1. J’ai étudié ce film en 5ème (nostalgie), c’est un des meilleurs, si ce n’est le meilleur, films sur les légendes arthuriennes que j’ai pu voir à ce jour. Une vision plus que réaliste des chevaliers de la Table Ronde.

  2. « Réaliste » ? Tout dépend de quoi on parle. Non car le Moyen Age est fantasmé. Le réalisme se dégage par la brutalité d’Excalibur, un peu comme l’est La chair et le sang de Paul Verhoeven (1985).

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