El Estudiante ou Récit d’une jeunesse révoltée

Santiago Mitre, 2011 (Argentine)

Couloirs labyrinthiques, salles de classe grandes ouvertes et agitées, assemblées générales, tags, affiches déchirées, tracts maintes fois collés, couverts et recouverts de nouveaux slogans : le palimpseste qui s’étale sur les murs de l’université de Buenos Aires en dit long sur les années de militantisme qu’elle a abritées.

C’est dans ce décor que Roque Espinoza, l’étudiant, entame pour la troisième fois un cursus universitaire. Ses rencontres, les cours, le mènent à faire la connaissance d’une jeune enseignante et militante de longue date, Paula. De leur relation amoureuse, mais aussi de l’ingénuité de Roque, naît un engouement de l’étudiant pour la politique de son université. Encouragé par son aisance à gérer les relations humaines, il avance dans sa découverte des enjeux qui sous-tendent les élections universitaires et accepte les responsabilités de plus en plus importantes que lui confie Acevedo, ancien professeur, mentor du parti étudiant dont est membre Paula.

Dans cette peinture intimiste de l’univers étudiant argentin, la majorité des plans, très serrés, nous place au plus près des personnages. Un parti pris esthétique, qui centre notre intérêt sur leurs histoires et les liens qu’ils tissent entre eux. Chaque rencontre de Roque, qu’elle soit amicale, amoureuse ou politique, dévoile des personnalités différentes. Les acteurs principaux, Esteban Lamothe et Romina Paula soutiennent, autant que les autres, ces portraits détaillés. L’université, filmée au plus près de ses tensions politiques, fait elle aussi office de personnage. Un cadre mis en valeur par des prises qui ont parfois des allures de film amateur. Peut-être la trace du budget et de l’équipe réduite dont Santiago Mitre (scénariste des deux films de Pablo Trapero dont Carancho, 2010) a dû se contenter pour ce premier long métrage réalisé en solo.

Côté idéologies, même si le péronisme, les révolutions et autres mouvements politiques sont présents dans les conversations, le propos du film traite moins de débats d’idées que du parcours individuel de Roque, de son éveil à la conscience politique, aux intérêts personnels ou généraux qui sous-tendent les alliances et trahisons multiples. Un narrateur guide le spectateur dans sa compréhension de l’initiation de Roque, sous la forme d’une voix off que l’on entend à deux ou trois reprises. C’est au milieu du film, qu’une phrase-clé résume la politique découverte par Roque : réunions et assemblées étudiantes, activités d’occupation, mais surtout manipulations diverses, régulation de conflits, mise en place d’alliances… Caricaturale ou non, cette vision est alimentée par le scénario. Roque, au fil de ses actions, s’immisce plus avant dans les rouages étriqués des alliances politiques, jusqu’à y coincer ses ailes.


Lucie Aubin pour Preview
en partenariat avec La Kinopithèque pour la 34e édition du Festival des 3 Continents

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