L’élite de Brooklyn

Antoine Fuqua, 2008, sorti en 2010 (États-Unis)



Les premières séquences sont particulièrement belles et en totale inadéquation avec la suite de l’histoire : par une nuit étoilée, calme et paisible, nous pouvons suivre la conversation de deux hommes dans une voiture garée dans une ruelle abandonnée. La caméra se rapproche lentement de cette voiture… Jusqu’au coup de théâtre où tout bascule et nous entraîne au cœur de Brooklyn, dans le quartier 65, le plus dangereux, le plus sombre et le plus violent. Un rythme lent, mais loin d’être désagréable s’installe alors ; on aimerait certes qu’il soit plus soutenu… Mais il n’en reste pas moins tragique. Trois flics dans la cité de Brooklyn, trois existences ravagées par la décadence de la société, trois antihéros en proie à leurs propres démons.

Eddy (Richard Gere), flic au bout du rouleau, erre comme une âme en peine en attendant les sept jours le rapprochant de sa retraite. Il s’est réfugié dans l’alcool et dans les bras d’une jeune prostituée. C’est un personnage au regard désabusé sur le monde qui l’entoure. Tango (Don Cheadle), infiltré chez les dealers, a complètement perdu sa propre identité. Se faisant passer pour un trafiquant de drogue depuis plusieurs années, son couple est détruit et pour obtenir la promotion tant attendue,  il doit tendre un piège sans retour au dealer qui lui a sauvé la vie. Entre l’ambition professionnelle et le regret d’une vie familiale détruite, Tango lutte contre ses démons ; il donnerait tout pour n’avoir jamais vécu tout cela. Sal (Ethan Hawke), flic à la brigade des stups, flic sur le fil qui succombe au détournement de « l’argent facile » de la drogue pour assurer une vie meilleure à sa famille nombreuse. Une angoissante dégringolade pour ce personnage entre doutes, malaises et volonté de vivre mieux en s’accaparant ce qui lui fait cruellement défaut.

Trois histoires parallèles, dont les destins ne se croisent jamais sauf à la fin, point culminant de la violence, de la tragédie et de l’amertume ressentie par les trois protagonistes. Une séquence ultra-tendue et inattendue… Ce thriller particulièrement sombre donne une image négative du malaise d’une profession corrompue. Les conflits raciaux, la drogue et la violence continue sont la toile de fond pour une police à la hiérarchie sans état d’âme. Antoine Fuqua joue, tout au long du film, tant sur les cas de conscience et la psychologie de ses personnages que sur la réalité de la vie ou des moyens de survie des habitants de ces quartiers en proie à la drogue et à la prostitution. L’immersion dans Brooklyn fait écho à la manière dont Fuqua nous avait déjà plongés dans les extérieurs de Training day (2001). L’ambiance traduite reste similaire à celle de French connection (William Friedkin, 1971).

L’univers est sombre, l’intrigue policière se dévoile progressivement, tout oscille entre endurcissement et faiblesse ; les notions catholiques de rachat et culpabilité, la violence sont autant de thèmes qui sont aussi largement abordés dans l’œuvre de Scorsese.

2 commentaires à propos de “L’élite de Brooklyn”

  1. Bonjour, j’aurais aimé ce film mais je l’ai trouvé trop sanglant et violent. J’en ai assez de ce genre de film. Trop, c’est trop. Richard Gere dans un jeu minimaliste est très bien. Son personnage est le seul qui m’a paru intéressant. Bonne journée.

  2. Très bon polar, sombre et tragique. Si Olivier Marchal eut été américain… Le rythme est certes parfois lent, mais une tension sourde, une menace constante garde toujours nos sens bien en éveil. Putes, argent sale, guns, sexe, flics corrompus ou alcoolos, bad guys, came, deals qui tournent mal, règlements de compte… Tout est là, dans le désordre. Pas mal de références aux jeux vidéos dans le film et même l’affiche fait aussi penser à du Grand Theft Auto, mais ici ce n’est pas un jeu et tout est plus violent. Mention spéciale aux trois acteurs cités plus haut et particulièrement pour un Richard Gere tout en retenue et un Ethan Hawke (vu récemment dans Daybreakers de Michael et Peter Spierig, et Little New York de James DeMonaco, 2009) écorché vif prêt à tout.

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