Stanley Donen, 1957 (États-Unis)

Quatre ans après l’irrésistible et très enthousiasmant chef-d’œuvre, Chantons sous la pluie, Stanley Donen réalise un film tout à fait sympathique sur le monde de la mode croqué avec moquerie, autour du joli minois d’Audrey Hepburn et de Fred Astaire. Même si, lors d’une scène ou deux, il s’égare un peu (j’ai dit un peu) dans la mièvrerie, Drôle de frimousse reste amusant, jazzy à souhait (les chansons sont signées des frères Gershwin) et plein d’inventivités.

Dans sa forme, le métrage adopte une épure et un design qui paraissent toujours aussi modernes aujourd’hui, beaucoup de blanc et quelques couleurs vives sur les modèles ou les décors mis en valeur. Le très bon générique d’introduction en est un parfait exemple (presque à la manière d’un magazine feuilleté), les robes de Miss Hepburn sont par ailleurs des créations de Monsieur Hubert de Givenchy, « s’il-vous-plaît » (en français dans le texte). Les bureaux du Quality magazine, dans lesquels nous pénétrons en caméra subjective tout en suivant sa très dynamique directrice ( le spectateur est alors pour un instant à la place d’une assistante) sont assez incroyables : un hall blanc en demi-cercle, deux larges bureaux d’accueil et à l’arrière-plan six portes multicolores qui seront claquées simultanément par six employées prêtes à exécuter les directives qui lanceront la mode de demain : du rose ! du rose partout ! La première scène chantée est une merveille : shampoing, dentifrices, ballons, mannequins en robes et maillots roses en mouvement, sur fond blanc, puis arrêtés comme sur des photos, toujours à la manière de pages publicitaires. Peintres et employées de la revue de mode prennent ensuite le relais pour une chorégraphie qui se clôt sur une directrice une fois de plus triomphante.

Audrey Hepburn est libraire dans une boutique qui sent la poussière. Sa drôle de frimousse est repérée par Fred Astaire, photographe qui en fait la nouvelle égérie de Quality magazine (chouette scène chantée entre les deux stars dans la lumière rouge du labo photo). Un voyage est organisé à Paris pour la promotion d’une nouvelle collection, la petite vendeuse de livres doit en être le principal modèle. A Paris, les clichés fusent, que ce soit le Paris des monuments célèbres, celui de la mode ou celui des intellectuels, mais Stanley Donen s’en amuse (le plaisir inavoué d’aller visiter la capitale à peine descendus de l’avion : « Bonjour Paris ! »). Dans la France de René Coty, ce n’est pas l’existentialisme mais l’« empathicalisme », pseudo-doctrine philosophique vue comme une mode, qui subjugue la jeune libraire improvisée mannequin. Montmartre et ses clubs de jazz et de philosophie sont plein d’étrangeté : on s’y plaît à voir Audrey Hepburn exécuter une danse incroyable. C’est une comédie musicale hollywoodienne avec un happy end de rigueur, c’est en Technicolor, c’est à la fois classique et moderne, avec la merveilleuse Audrey Hepburn et le grand Fred Astaire, c’est suffisant pour (beaucoup) plaire !

  • Facebook
  • RSS Feed
  • Twitter
  • Google

Laisser un commentaire

Nom : (Required)

eMail: (Required)

Website:

Comment: