The Doors

Oliver Stone, 1990 (États-Unis)

W. Blake, The marriage of Heaven and Hell, 1793

Break on through
Stone, né en 1946, examine la matière américaine qui lui est contemporaine. Sa filmographie donne une définition personnelle et critique des États-Unis. Les engagements de la première puissance mondiale sur la scène internationale et la dénonciation de ses fautes politiques sont les thèmes de Salvador (1986), Nixon (1996), W. (2008)… Platoon (1987) et Né un 4 juillet (1989) nous plongent dans la tourbe vietnamienne. Une critique de l’interventionnisme américain provoquant la guerre en Irak en 2003 transparaît dans Alexandre (2005). Les excès médiatiques ou financiers sont dénoncés dans Tueurs nés (1994), Wall Street et Money never sleeps (1988 et 2010). Les mythes ne lui sont pas non plus étrangers (JFK, 1992) et ici, les Doors.

Celebration of the lizard
Peut-être The end l’accompagnait-il quand il portait flingue et uniforme en Asie (Coppola associe ce son-là au conflit dans Apocalypse now en 1979)… Nul doute que Stone retrace un mythe auquel il a cru. D’un accident enfant à l’arrêt de son cœur épuisé en 1971, le roi lézard grandit dans la débauche et la provocation, son corps, jusqu’à ses 28 ans, s’imbibant toujours davantage de drogue et d’alcool. Jim Morrison (Val Kilmer en est l’incarnation) est au centre de la cour cinématographique que Stone lui découvre, de sorte que ses musiciens demeurent pâles figures ; l’organiste Ray Manzarek (Kyle MacLachlan), John Densmore et Robby Krieger.

Strange days
Plusieurs touches composent la chronologie sur laquelle glisse le roi et que la musique du groupe exclusivement accompagne : Los Angeles dans la vague hippie, l’anecdotique création du titre Light my fire à quelques enjambées du sable de Venice, le Whisky A Go-Go et le London Fog sur Sunset Strip, Andy Warhol au détour d’une soirée, le sulfureux concert de Miami en mars 1969… Pourtant, le cinéaste n’ancre pas son métrage dans une pure reconstitution pop-rock plutôt qu’historique. Il le fait également osciller dans une projection fantasmagorique : les Indiens venus hanter le charismatique chanteur jusque sur scène, les iguanes partout à ses pieds, l’antre d’une sorcière lascive… Entre réalité (ascension et scandales) et flottement de l’esprit (psychotrope et musique), Stone comme Morisson sont sur un seuil…

The soft parade
Omettre ou pas la petite amie baladée, Pamela Courson, jouée par Meg Ryan, et d’autres acteurs effacés tels que Michael Wincott, Michael Madsen, Billy Idol, Mimi Rogers… Oliver Stone fait un film qui, sans être transcendant, s’autorise à brouiller le réel, à rapporter la légende d’un poète hors-norme, consumé comme Parker (Bird, Clint Eastwood, 1988) et dépassé par sa musique et son image recréée.

Une réponse à “The Doors”

  1. Bonsoir Ornelune, j’avais trouvé ce film honnête. Val Kilmer était convaincant dans ce rôle. C’était une gageure. Et puis, la musique des « Doors » en fond sonore, c’est un plus. Bonne soirée.

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