Dans Paris

Christophe Honoré, 2006 (France)




Romain Duris barbu est planté en slip dans sa chambre. Il déprime. Son frère Louis Garrel nous avise de la situation au petit matin sur le balcon. Guillaume ne se remet pas d’une relation amoureuse conflictuelle (la mauvaise augure d’un tas de fumier).

Les premiers moments sur le couple en ruine rappellent les errances sentimentales de Doinel (Domicile conjugal, en 1970, L’amour en fuite en 1979). Détourné de ses intentions premières, Jonathan (Garrel) butine en extérieur et évoque à son tour le personnage de Truffaut, à peine plus jeune (Baisers volés, 1968). De même, Marie-France Pisier, la mère de Guillaume et Jonathan, fit jadis partie avec Claude Jade et Dorothée du « club des anciennes d’Antoine Doinel ». Les ambiances de chambre parisienne (La maman et la putain d’Eustache en 1973) et les heures de la journée qui s’égrènent invoquent une période de cinéma qu’Honoré prolonge à chaque réalisation. Après Cambodia de Kim Wilde, la séquence centrale aux Invalides entre Garrel et Alice Butaud (voix off, jeux de cadres, clin d’œil au muet) garde toute l’espièglerie des inventions légères et joyeuses de Godard (Une femme est une femme, 1961, Bande à part, 1964). Elle nous tire aussi de la morosité qui a précédé. Puis, lors d’une conversation téléphonique mise en musique par Alex Beaupain, Demy affleure.

Et en dehors de la Nouvelle Vague ? Un plan saisit Garrel devant deux affiches. Last days de Gus Van Sant (2005), A history of violence de David Cronenberg (2004). Un regard vers nous et l’acteur passe son chemin. Quel intérêt ? L’opportunité d’une apostrophe ou d’une pose de la part du conteur ? Et alors ? De même, le trio batterie, piano et contrebasse ne valorise plus aussi bien la nuit parisienne depuis Miles et Malle. Pourtant Honoré filme avec simplicité, la prétention que lui prêtent ses contempteurs m’échappe et sa manière emporte toutes les maladresses. Il imite et reprend des formes anciennes sans se priver à son tour d’inventer. Les acteurs sont magnifiques (Duris bien mieux que dans le Paris de Klapisch, 2008, Guy Marchand est touchant en père un peu balourd, Alice Butaud et ceux déjà cités). Aussi, lorsque Guillaume lit l’histoire de Loulou et Tom à son cadet, on partage volontiers la complicité fraternelle (histoire dans l’histoire, le cinéaste affectionne les parenthèses, Non ma fille, tu n’iras pas danser, 2009). Christophe Honoré a souhaité restituer un musée du cinéma à travers Paris et sa muséographie ravit le visiteur.

4 commentaires à propos de “Dans Paris”

  1. Ta critique me donne envie de le revoir, j’avais adoré à l’époque. En effet, les acteurs sont formidables et la prétention qu’on prête à Honoré m’échappe également (il est sans doute loin d’être modeste mais ce n’est pas un critère). Je dois dire aussi que je suis un peu nul en Nouvelle Vague (je n’ai vu que Baisers volés parmi les films que tu cites) donc ce n’est pas parce que je reconnaissais les chefs-d’œuvre du passé que j’ai aimé le film. Finalement, tout dépend de la façon avec laquelle on utilise les références. Pour prendre un exemple musical, quand les Stones repompent le blues, c’est génial. Quand Kravitz repompent Led Zep (qui a aussi beaucoup fait dans le recyclage), c’est moyen.

  2. @ Nolan : notre réseau de blogueurs est très sévère envers Honoré, je suis heureux que nous rétablissions un peu la balance.

    @ dasola : qu’est-ce qui t’as tant gêné dans le film ?

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