Compétition officielle

Mariano Cohn et Gastón Duprat, 2021 (Espagne, Argentine)

Compétition officielle commence sur un homme qui a la prétention de vouloir laisser une trace après sa mort. Le vieillard dans sa tour de verre veut que son nom inspire la gloire (José Luis Gómez que l’on avait vu chez Almodóvar, notamment dans les Étreintes brisées, 2009). Mais quand le milliardaire octogénaire opte pour le financement d’un film afin de porter sa mémoire au-delà des nues, la comédie perd ce personnage de vue pour ne plus porter que sur un trio capable par orgueil des pires comportements et dont la rencontre assure l’enchaînement de drôles d’extravagances.

Le film fait donc rapidement place à trois caricatures, chacune absolument imbue d’elle-même, qui se rencontrent pour la réalisation du chef-d’œuvre commandé : la réalisatrice perchée, indé et adulée, Lola Cuevas (Penélope Cruz), la star hollywoodienne mondialisée aux multiples conquêtes, Félix Rivero (Antonio Banderas), et l’immense comédien de théâtre aux méthodes d’avant-garde, Iván Torres (Oscar Martínez). Ces gens de cinéma s’estimant par leur art infiniment supérieurs aux autres, même quand il s’agit de leur propre partenaire de jeu, les voilà qui se livrent entre eux à une imbécile concurrence afin de briller davantage que l’autre, à un festival d’arrogance pour mieux exister : une compétition officielle en quelque sorte. Ces monstres d’outrance sont figés dans leurs certitudes et jamais le récit ne les voit évoluer. Cependant, Mariano Cohn et Gastón Duprat laissent toute la place à leurs trois acteurs et plutôt que le récit lui-même, ce sont les acteurs qui vont surtout nous amuser.

Pour que les comédiens Cruz, Martínez, Banderas existent, donc, Compétition officielle se refuse à l’hystérie que le sujet aurait pu appeler (ce n’est pas Les Nouveaux Sauvages de Szifron, 2014, ni Carnage de Polanski, 2011, vers lesquels ce film aurait pu tendre). Mariano Cohn et Gastón Duprat prennent le temps durant les scènes. Ils laissent les acteurs occuper l’espace. Le volume même des lieux traversés est abandonné aux personnages et à leur fierté. Lola et ses acteurs, Félix et Iván, se retrouvent pour répéter dans un bâtiment dont la modernité n’a d’égal que l’épure. Ces vastes espaces vides sont aisément emplis de l’ego des personnages principaux. Leur excentricité conquiert les cadres et leurs visages emplissent le champ… ou se dédoublent (l’acteur filmé devant l’écran géant qui projette son visage en gros plan ou le même deux fois sur une affiche de plusieurs mètres de long).

Toutefois, la comédie peine à surprendre. Ni le propos ni le milieu décrit ne sont nouveaux. La mise en scène en revanche retient l’attention. Mais plus que le reste, Compétition officielle tient pour ses acteurs qui, jusqu’au dernier crépitement de flash, font le spectacle.

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