Chérie, je me sens rajeunir (Monkey business)

Howard Hawks, 1952 (États-Unis)

Quinze après L’impossible Monsieur Bébé (1938), Cary Grant, approchant la cinquantaine, rempile pour Hawks dans le rôle d’un scientifique, le chimiste Barnaby Fulton, aux aventures sentimentales en dos d’âne. La période des grandes comédies musicales derrière elle, Ginger Rogers, joue le rôle de sa femme, Edwina, aux petits soins avec lui. La secrétaire un peu gourde, Lois, c’est Marilyn Monroe (avant ses rôles les plus importants) qui, contrairement à ce que l’on aurait pu croire n’occupe pas tout à fait, pour le couple formé par Grant et Rogers, le rôle de l’aléa, celui par lequel tout se détraque. Ou si elle l’occupe, ce ne sera que le temps d’une escapade, un peu de rouge à lèvre, un bas très fin sur une jambe sublime, bref, juste de quoi raviver la jalousie d’une Edwina… plus jeune… et moins maîtresse d’elle-même, quand elle sera passée par le laboratoire de son mari.

Le véritable aléa, en fait, c’est le professeur Barnaby. Dès le début Hawks le présente comme quelqu’un de distrait, enfermé dans son monde de sciences, peut-être même prisonnier de la formule qui le tracasse tant, en tout cas complètement décalé. D’ailleurs, en plein générique, alors qu’il n’est pas encore Barnaby et qu’il veut trop tôt entrer en action, c’est Cary Grant que Hawks en off réprimande. Le réalisateur nous montre « l’homme » et ses travers, c’est pourquoi, « Barnaby » ou « Cary », il n’est plus très important de les distinguer.

Ainsi, absorbé par ses calculs, le chimiste ne sait plus s’il est enfermé dehors ou s’il est sur le point de sortir… Il ne voit plus non plus sa femme en beauté malgré ses lunettes à gros carreaux. Dans son labo, probable extension de son cerveau, il travaille sur un élixir de jeunesse. Et quand il se croit proche du but, il n’hésite pas à jouer au cobaye. Suite au mélange opéré par une habile femelle chimpanzé (oui, la situation part très vite en sucette), Barnaby se sent bel et bien rajeunir, perd ses rhumatismes et sa lucidité, mais gagne en vigueur et en insouciance. Hawks ne souhaitait pas que la potion de rajeunissement soit expérimenter par d’autres. Ginger Rogers insista pour en prendre à son tour une rasade et profiter à l’écran de ses effets. Un poisson dans un caleçon plus loin, Hawks contrarié par l’actrice (que les studios lui avaient imposé*) trouve malgré tout une occasion à d’autres dérapages joyeux, pas de danse mal contrôlés et folie douce en chambre nuptiale. Plus le récit avance, plus les protagonistes rajeunissent, jusqu’à se retrouver dans un jardin avec d’autres enfants et à tendre une embuscade d’indiens et plus loin encore jusqu’à la sieste d’un « Barnababy ».

Hawks est préoccupé par l’âge. Il a 56 ans et va bientôt se marier avec une comédienne, Dee Hartford, qui n’a pas 25 ans. Monkey business, expurger par la censure d’un grand nombre de ses sous-entendus sexuels*, devient une comédie presque enfantine. Il n’en questionne pas moins le couple et sa pérennité, bain de jouvence ou pas. Il semble néanmoins qu’à cette histoire, la seule dans sa filmographie qui montre un couple marié le rester de bout en bout, le réalisateur n’y attache pas grand crédit. Une comédie fantastique donc, du début à la fin.

* Todd McCarthy, Hawks, Institut Lumière, Actes Sud, 1999.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*