Chan a disparu (Chan is missing)

Wayne Wang, 1981 (États-Unis)

Deuxième film du cinéaste hongkongais Wayne Wang, Chan is missing, comme Dim sum : a little bit of heart (1984) se déroule dans le Chinatown de San Francisco. Jo (Wood Moy) et Steve (Marc Hayashi) sont à la recherche d’un troisième type, Chan, qui a disparu avec des milliers de dollars qui ne lui appartiennent pas. Ils mènent donc l’enquête dans le quartier, auprès des commerçants et de sa famille pour tenter de le retrouver.

Wang traite dès ses premiers films des « malentendus interculturels » entre immigrés Chinois et locaux américains. L’enquête conduite par Jo et Steve porte autant sur Chan que sur l’intégration de la communauté chinoise aux Etats-Unis. Le réalisateur souligne les difficultés de compréhension entre les populations en raison de différences structurelles de leur langue respective, mais relève aussi les éléments culturels (ou « sous-culturel ») qui réciproquement les attirent (la cuisine d’un côté, le rock de l’autre, le cinéma de genre pour les deux pays, arts martiaux, polars…). Et qu’arrivent-ils aux individus qui ne veulent pas se fondre dans le moule américain ? Ils disparaissent : c’est ce qui est arrivé à Chan puisque, selon plusieurs témoins, sa femme y compris, « Il n’aimait pas les Etats-Unis. Il était trop Chinois ». Ce qu’il faut faire pour un nouvel arrivant Chinois sur le territoire américain ? D’après un professeur d’anglais aux origines chinoises : « prendre le meilleur de notre culture et essayer aussi de prendre le meilleur de ce pays ». Il enrichit aussitôt son propos par un exemple concret, la tourte aux pommes qu’il vient d’acheter qui a une « forme bien américaine » mais qui intègre des techniques de cuissons chinoises (!).

Le noir et blanc du film, le réalisme du quotidien qui y est décrit, son humour (le cuistot qui se plaint que les Américains commandent toujours du porc aigre-doux ou des potages de raviolis) ainsi que les discussions nombreuses autour d’une table (auxquelles participe d’ailleurs parfois Laureen Chew, un des rôles principaux de Dim sum ; comme dans ses autres films, les personnages mangent beaucoup ici) rappellent les ambiances de certains Wenders (Alice dans les villes,1973, Au fil du temps, 1975), Jarmush (Stranger than paradise, 1984, Down by law, 1986, ou la série des Coffee and cigarettes, 1986-2004) et même le premier Kevin Smith (Clerks, 1994). Le ton change durant le dernier tiers de l’histoire qui prend dès lors les allures d’un policier : un pistolet posé sous le siège avant d’un taxi, un coup de fil anonyme et une paranoïa grimpante. La dernière rencontre de Jo se fait avec un lettré chinois qui vient de donner une allocution sur « Le développement de la culture chinoise à San Francisco ». Jo lui avoue ne pas comprendre le mystère qui enveloppe la disparition de Chan, peut-être parce qu’il ne pense pas chinois…Chan is missing n’est-il pas un jeu de mots pour Chinese missing ?

Chan is missing porte sur la bivalence culturelle des populations immigrées de Chine (le noir et blanc illustre la même idée, de même l’enchaînement de plans montrant tantôt des architectures très américaines, tantôt très asiatiques). Le tee-shirt du cuistot « samouraï night fever » n’est pas un simple jeu de mots, ni le morceau rock une simple reprise d’un tube U. S. en chinois, ce sont les productions d’une parfaite et heureuse mixité populaire.





Article repris sur Kinok et paru en mars 2009.

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