La captive aux yeux clairs (The big sky)

Howard Hawks, 1952 (États-Unis)




Époque du western ramassé au format 4/3. Deux heures vingt sur un Missouri calme et noir et blanc. Hawks nous installe près du feu et raconte une histoire d’amitié, que les airs d’harmonica et d’accordéon (en une association franco-américaine) égaient puis rendent un brin mélancolique. 1832, un équipage d’intrépides commerçants décident de remonter la rivière depuis Saint-Louis vers les Rocheuses et le territoire indien des Peigan (les Pieds-Noirs). A bord du Mantan, les chasseurs bons amis Kirk Douglas et Dewey Martin (Jim et Boone, complémentaires par la couleur de leur scalp et leur comportement) ainsi que l’Indienne Teal Eye, la garantie de fructueux échanges (Elizabeth Threatt, que les différentes versions ont préféré appeler de noms moins doux à l’oreille, Gazelle ou Yeux de biche, et que le titre français rend plus joliment). Avec eux également, l’oncle Zeb (Arthur Hunnicutt), le trappeur narrateur qui de sa triste expérience nous rend craintif quant au devenir du jeune couple d’amoureux.

Épure des paysages, peu d’action et « retrait » stylistique du cinéaste (noté ailleurs chez Hawks, ces autres westerns, par exemple Rio Bravo, 1959)*, le voyage en compagnie du groupe d’aventuriers est propice à la réflexion. Le scalp brûlé et le prix de la vierge payé, le chemin parcouru permet au plus vénéneux d’aimer et de tolérer. Après La flèche brisée en 1950 (Delmer Daves), La captive aux yeux clairs exalte aussi l’amitié entre blancs et Indiens (facilitée par le commerce et un mariage entre le cowboy et Teal Eye). Hawks s’exempte de toute facilité : les heurts provoqués concernent blancs et Indiens, blancs entre eux (obstacles semés par la Compagnie des fourrures, opposition entre Jim et Boone), Indiens entre eux (Pauvre diable aidant contre la tribu des Corbeaux). Au milieu des sentiments, la communication apparaît enfin comme la mécanique indispensable, parfois négligée, à la bonne entente entre les hommes (Zeb traducteur, non-dits entre les deux chasseurs, incompréhension avec Teal Eye…). Western simple et attachant (la scène de saloon « Oh whisky leave me alone »), essentiel.





* Jean-Michel Durafour, Hawks, cinéaste du retrait, Villeneuve-d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2007.

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