Jane Campion, 2010 (Etats-unis, Royaume-Uni)

« Cette main vivante, à présent chaude et capable
D’ardentes étreintes, si elle était froide
Et plongée dans le silence glacé de la tombe,
Elle hanterait tes journées et refroidirait tes nuits rêveuses
Tant et tant que tu souhaiterais voir ton propre cœur s’assécher de son sang
Pour que dans mes veines coule à nouveau le flot rouge de la vie,
Et que le calme revienne dans ta conscience – regarde, la voici, –
Je te la tends. »*

La vie, la mort, l’amour… Ces thèmes sont ceux des vers ici traduits du poète anglais John Keats. Décédé en 1821 de la tuberculose, la vie et l’œuvre de John Keats en ont déjà inspiré quelques-uns**. C’est aujourd’hui le cinéma qui lui rend hommage grâce à Jane Campion (La leçon de piano, 1993, Portrait de femme, 1996).

John Keats (Ben Whishaw) est un idéaliste, un poète passionné, un romantique tourmenté… Bright star se focalise surtout sur sa liaison avec Fanny Brawne (jouée par l’Australienne Abbie Cornish, une actrice à la beauté époustouflante), sur les poèmes qu’il va écrire à sa bien-aimée et les nombreuses difficultés que rencontrent les deux amants pour faire survivre leur idylle obsédante et déchirante, bien mal vue de leur entourage… Une histoire à la Roméo en Juliette en quelque sorte.

Bright star est un beau film sur la poésie (de nombreux extraits de poèmes de John Keats sont lus en voix off) ainsi que sur le romantisme et sa période. Les acteurs y sont convaincants (en plus du fameux couple, il y a aussi l’ironique Monsieur Brown qui, joué par Paul Schneider, est irrésistible !), l’image magnifique, la mise en scène élégante et raffinée…

Mais j’ai trouvé le déroulement du récit bien trop lent. Egalement, si certaines scènes sont émouvantes (la belle Fanny en pleurs à l’annonce du décès de son bien-aimé, par exemple, m’a noué la gorge…), j’ai eu du mal à véritablement rentrer en empathie avec les personnages, leur portant un regard certes attentif mais extérieur. Une distance que je n’avais pas ressenti avec les amants de Chéri (Stephen Frears, 2009) qui, dans un registre assez similaire, m’a paru plus réussi.

Toutefois, pour cette bouleversante passion amoureuse, Bright star reste à voir : les plus romantiques y trouveront certainement matière à s’émerveiller et s’émouvoir.

Ludovic

* John Keats, Seul dans la splendeur, traduit de l’anglais et présenté par R. Davreu, Paris, La Différence, Coll. « Orphée », 1990, p. 113.
** Genesis pour le concept album The lamb lies down on Broadway (1974) ou Dan Simmons pour Hypérion et Endymion (romans publiés en 1989 et 1995).

2 commentaires so far »

  1.  

    Ornelune said

    janvier 14 2010 @ 15:37

    A lire et entendre les premiers avis qui circulent sur Brigh star, à voir l’affiche, la bande-annonce, à rager de ne pouvoir me déplacer plus tôt dans un cinéma pour en profiter, je me projette.

    J’imagine Bright star et le construis en le fondant sur les promesses que me font ces bribes d’images et ces représentations. Le XIXe siècle anglais. L’amour d’un lettré pour une jeune femme d’une autre classe sociale (il est contemporain de Jane Austen, mais loin de la gentry puisque fils de palefrenier). Les premiers malentendus entre les deux personnages me faisant penser à Orgueil et préjugés qui date de la toute fin du XVIIIe (voir l’adaptation magnifique de Joe Wright, 2006). La nature telle qu’elle est filmée peut-être proche de celle qui enivre Lady Chatterley (Pascale Ferran, 2006), du verger du Printemps de Millais (1859), du jardin de Giverny (Les Nymphéas, le grand rêve de Monet, Jean-Paul Fargier, 2006)… De la poésie dite et un romantisme purement littéraire (lire ce que j’en écrivais à propos d’Angel). Qu’il me tarde Bright star !

  2.  

    Ornelune said

    février 12 2010 @ 16:12

    Tu relèves une « mise en scène élégante et raffinée », c’est tout à fait juste.

    Je n’ai pas été déçu et l’assemblage que j’élabore ci-dessus (autant de références que je maintiens) n’offre qu’un tout petit aperçu de ce que l’on peut éprouver. Jane Campion coût une pièce d’une délicatesse rare (cotons et tissus fins, papillons, fleurs…). Les personnages créent un espace sous les vergers qu’ils souhaitent vide de feuilles mortes. La place accordée à la poésie lue et réfléchie offre une dimension inédite pour un tel film.

    Et de l’Angleterre bourgeoise, toujours ce penchant pour l’Italie (à ce propos lire la note laissée sur Portrait de femme).

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