Bonjour

Yasujiro Ozu, 1959 (Japon)

LA PLUIE, LE BEAU TEMPS. ET LA TÉLÉ

Deux frères, Minoru et Isamu, font vœux de silence depuis que leurs parents refusent de leur acheter la télé. Mais ce n’est pas si simple. Ce conflit familial banal révèlera vite tout un monde d’incompréhensions.

Dans la banlieue calme de Tokyo, tout était tranquille, jusqu’à ce qu’elle apparaisse. La télé a provoqué des changements inattendus sur les habitants. Les enfants ont commencé à aller chez la voisine pour regarder le sumo au lieu d’apprendre l’anglais. Et ce malgré les interdictions parentales. Ça s’est terminé de manière classique : les parents ont demandé aux enfants d’obéir. Plus question de rabâcher sans cesse les mêmes demandes au sujet du téléviseur. Minoru et Isamu prennent cela au pied de la lettre et décident d’être complètement muets. Juste avant, ils font remarquer à leurs parents que les adultes répètent toujours, eux-aussi, des phrases dénuées de sens, telles que les salutations et les formules de politesse. C’est de ce dernier reproche qu’est tiré le nom du film, Bonjour.

Maître du cinéma asiatique, Yasujiro Ozu élabore ici différents niveaux de réflexion. Le contraste entre l’ancienne et la jeune génération, la question de l’obéissance et du respect aux parents n’en sont pas les seuls thèmes. Le film nous décrit le mode de vie d’une vingtaine de personnes, leurs traditions, leurs histoires, leurs préoccupations. Le spectateur découvre la culture japonaise et plonge en parallèle dans les vicissitudes de la vie entre voisins. Les banlieusards de Tokyo se trouvent souvent sous un même toit. Ils ne verrouillent pas les portes, se trompent facilement de maison. Et les aspects les plus profonds du caractère humain se révèlent.

Avec une pointe d’humour, Yasujiro Ozu met en doute les conventions sociales. Ces expressions familières « bonjour, au revoir, il fait beau aujourd’hui » paraissent absurdes et stupides aux yeux des enfants. Bien que les adultes le nient, le réalisateur nous montre que, derrière ces phrases, se cachent de véritables sentiments. Avec Bonjour, le réalisateur révèle avec tendresse et simplicité tant la bêtise de la conduite des enfants que l’absurdité du comportement des adultes. Dans la mise en scène, épurée, minimaliste, Yasujiro Ozu nous dessine un microcosme grotesque du quotidien, où chaque plan et chaque héros est issu du modèle de société. Toutes les histoires sont racontées dans une écriture simple et claire, accessible à tout public.

À la fin du film, il est clair que rien ne changera jamais vraiment. Les gens continueront à avoir peur des progrès et des avancées techniques. L’esprit humain restera immuable : les gens vont encore se taire, cacher leurs sentiments en discutant de la pluie et du beau temps, les parents se disputeront encore et encore avec leurs enfants, les voisins se dénigreront toujours sans rien comprendre. Ah si, quand même une bonne nouvelle : les enfants ont reçu la télé.




Oksana Chirkashina pour Preview
en partenariat avec La Kinopithèque pour la 34e édition du Festival des 3 Continents

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