Benda Bilili !

Renaud Barret et Florent de la Tullaye, 2010 (France)




« Un jour, nous serons les handicapés les plus connus d’Afrique » *

Souhaitant monter un documentaire sur les musiques urbaines, Renaud et Florent** sont partis en République Démocratique du Congo en 2004, à la rencontre des Kinois, les habitants de Kinshasa (ils sont 10 millions dans la capitale !). Ils ont arpenté les quartiers à l’écoute de ce cœur urbain battant fort en dépit de la misère environnante. Un soir leurs oreilles trainantes sont attirées par de belles sonorités et une voix, celle de Ricky, la cinquantaine passée, assis sur son tricycle customisé. Comme nombre de ses frères, Ricky est atteint de poliomyélite mais cela n’entrave en rien sa volonté de s’en sortir. Pour cela, il multiplie les petits boulots, ceux grossissant l’économie informelle de la ville : couturier, mécanicien, vendeur de cigarettes et de Pastis ! Mais Ricky a surtout un rêve : monter un orchestre et devenir le plus grand groupe du Congo. Avec ses amis Coco, Junana, Théo, Coude et les autres, pour répéter, ils se réunissent au zoo ou au rond-point Sonas (« une verrue au beau milieu du quartier d’affaires »*)… Leur motivation est sans faille.

Renaud et Florent leur présentent Roger, un « shégé », un gosse de la rue, qui joue de manière extraordinaire d’un petit instrument fabriqué de ses mains avec un bout de bois, une boîte de conserve de lait et un fil de fer : le satongé. Ricky impressionné par le talent du jeune Roger le prend sous sa coupe. L’histoire du groupe est en marche.

Malgré les difficultés, notamment l’incendie de leur centre d’hébergement, le Staff Benda Bilili veut réaliser son rêve et comme le chante si bien le groupe : « Il n’est jamais trop tard dans la vie » ! Aidés naturellement par les réalisateurs, ils parviennent à enregistrer un disque et débutent une tournée qui prend une envergure mondiale au fil des concerts. Leur détermination est une leçon de vie.

J’ai eu l’honneur et la joie de pouvoir rencontrer à la fois le Staff Benda Bilili et l’équipe du film. Quelle claque ! Des personnes simples qui communiquent une impressionnante joie de vivre. Renaud racontait que « le film c’est fait totalement par hasard. A l’inverse de Buena Vista Social Club qui mettait en scène la fameuse bande de Compay Segundo (Wenders, 1998), nous, on a des musiciens qui partis de rien finalement parcourent l’Europe pour chanter leurs chansons ». Du coup, au départ ils ont filmé au hasard et, ne connaissant pas le lingala (la langue locale), ils ont coupé des conversations pleines d’humour entre les membres du Staff. Peu importe, loin du regard fataliste habituellement servi sur une Afrique en perdition, le documentaire est au contraire plein de fraîcheur et de sincérité.

Loin des caprices de stars ou de leurs folies le Staff Benda Bilili a gardé la tête froide et, sur scène, je vous l’assure, c’est vraiment Très, très fort !






* Extrait du dossier de presse Benda Bilili.
** Les réalisateurs ont tourné deux autres documentaires sur Kinshasa qui n’ont pas été destinés au cinéma : Jupiter’s dance qui porte déjà sur les musiciens des quartiers pauvres (2004), Victoire Terminus, Kinshasa (2008), portrait de boxeuses sur fond d’élections démocratiques.

Une réponse à “Benda Bilili !”

  1. Certainement très différent de Samba Codou Sène. Mais peut-être un cousinage avec Live at the shrine (Raphael Frydman, 2004) qui, au-delà d’un simple concert du puissant Femi Anikulapo Kuti, parcourt les rues de la gigantesque Lagos et ne se prive pas d’évoquer les tensions politiques du pays.

    Dans Benda Bilili !, l’Europe est un eldorado et l’exemple du groupe témoigne à nouveau de la dépendance de la RDC à l’égard de l’extérieur. Malgré cela, le film est une ascension vers le succès et c’est une joie de voir ses musiciens se dégager de la misère par la volonté et le travail (l’évocation de la campagne électorale pour la présidence de la république rend la politique très distante des réalités sociales). En dehors du passage de l’incendie du lieu d’accueil où l’on craint un apitoiement mal venu (musique triste et pluie), le documentaire est source d’énergie et d’optimisme. Très très fort !

    Voir le long article de Catherine Fournet-Guérin sur le Café géo.

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