Au cœur du mensonge

Claude Chabrol, 1999 (France)

Entre Cancale et Saint-Malo, le meurtre avec viol d’une petite fille réveillent les soupçons de tous sur chacun… Alors qui ment ? Tout le monde et tout le temps à l’exception de Lesage, la commissaire fraîchement nommée (Valeria Bruni Tedeschi au regard fuyant). Tous mentent pour une raison ou pour une autre. Vivianne Sterne cache à son mari fragile une relation qui la distrait un temps mais qui de toute façon part en eau de boudin (Sandrine Bonnaire). Écrivain en villégiature, particulièrement suffisant et hypocrite, tout le personnage de Germain-Roland Desmot paraît faux (une espèce d’abus de Philippe Sollers que joue assez mal Antoine de Caunes pourtant pas étranger à la vie médiatique du personnage). À la marge, la fleuriste Yvelyne Bordier dissimule quant à elle les perversions de son mari pour le protéger (Bulle Ogier et Noël Simsolo, tous deux très bien pour interpréter ce drôle de couple aux cocktails bleus). Même René Sterne, le prof de dessin (Jacques Gamblin), ment avec ses trompe-l’œil qui tapent dans celui des notables du coin.

Le film est inégal. Nous venons de l’évoquer, les acteurs n’excellent pas tous. De plus, le récit s’étire. Il faisait deux heures quinze après tournage et dépassait largement, ce qui était inhabituel, les prévisions du réalisateur. Il sera cependant réduit de vingt-cinq minutes au montage grâce à Marin Karmitz, le producteur (Antoine de Baecque, Chabrol, Stock, 2021, p. 542). L’histoire est à l’image des tableaux de René, tantôt très précis (les personnages et leur état), tantôt le trait se perd (l’intrigue proprement dite). Claude Chabrol avait cette formule en tête « Quand tout le monde ment, le mensonge n’existe plus. Et quand tout le monde est coupable, il n’y a plus de culpabilité » (A. de Baecque, p. 537). Et il y a de ça dans le film, un rendu plutôt diffus. Le réalisateur tente pourtant de donner des pistes à l’enquête en cours : une hache dans la main d’un tel, des combines évoquées çà et là, une brume nocturne trop épaisse pour ne pas rappeler le crime. Mais l’enquête ne l’intéresse pas beaucoup cette fois.

On se raccroche par conséquent aux acteurs qui nous plaisent le mieux : Bonnaire si juste, Gamblin pas si mal, ou cet autre second rôle, Bernard Verley qui interprète un vieux flic bienveillant épatant. Au cœur du mensonge vaut en effet davantage pour les relations entre les protagonistes, le couple au premier plan, et les changements d’humeurs que Chabrol provoque en leur sein, comme passe la lumière insaisissable des paysages bretons.

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