L’amour l’après-midi

Eric Rohmer, 1972 (France)

Amour l-après-midi

Chloé est nue. Frédéric se déshabille à son tour puis, face au miroir, sa tête prise dans son pull à col roulé lui rappelle soudain sa vie sans Chloé. Le jeu qu’il a chez lui pour amuser sa femme et sa fille resurgit dans cette pose ridicule et brise son élan. Les deux plans d’un escalier en colimaçon encadrent ce moment où Frédéric manque donc de faire l’amour à Chloé. Il y a eu la peau de l’autre, une caresse mais pas de passage à l’acte (jamais dans les contes moraux). Le jeune cadre a couru dans les escaliers pour retrouver tout en haut, dans une chambre de bonne, celle qui était une amie et qui le voulait amant. Mais il en redescend presque aussitôt pour retrouver sa femme et ses pénates. Un instant plus tôt, coincé dans son pull face à la glace, Frédéric aurait été pris d’un vertige : l’irruption de sa vie de famille dans un bout d’appartement qu’il réservait à ses relations secrètes. De cette façon, un escalier et un vertige chez Rohmer nous ramèneraient aux paraboles hitchcockiennes et aux tracas sexuels de John Ferguson (Sueurs froides, 1958). L’escalier ne serait plus la métaphore de l’impuissance mais seulement ici d’une pulsion vite calmée. L’amour l’après-midi n’est pas un film d’été. Les déplacements se font dans la grisaille parisienne, et suivant le petit calendrier accroché dans le bureau, de l’hiver au printemps. Au printemps, Frédéric songe à nouveau à sa femme, à lui faire l’amour ; il a du temps libre maintenant l’après-midi.

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