The amazing Spider-Man : le destin d’un héros

Mark Webb, 2014 (États-Unis)

Du temps. C’est tout ce dont a besoin Spidey. Du temps pour appréhender son passé. Du temps pour Gwen. Du temps pour souffler entre deux ou trois vilains. Depuis la montre d’où l’on s’extrait dès les premières images du film jusqu’au combat final dans la tour de l’horloge [1], sans compter le nombre de fois où dans les dialogues on regrette simplement ou on crie qu’il n’y a plus le temps d’agir, les personnages se pressent et se lancent à corps perdu dans le feu de l’action. Le temps ne donne alors plus l’impression de filer mais de tous les pousser vers une issue fatale. Les événements en effet se bousculent et les premiers doivent laisser d’urgence leur place aux suivants : pour Peter faire son affaire à Aleksei Sytsevich et recevoir essoufflé, pas si décontracté, son diplôme de fin d’études, pour Gwen entendre les arguments bombardés par son petit ami avant un oral capital pour Oxford, pour Harry décider Electro et échapper aux poursuivants de Ravencroft, pour tous enchaîner et poursuivre. Toujours. Le temps c’est la charge finale de Rhino, imposant, massif et contre laquelle le corps de Spidey se jette élastique et agile, prêt à tout défier.

Défier le temps ? Vraiment ? Même si Peter Parker essaye de figer le temps par ses photos (après Fenêtre sur cour, Blow-up en référence dans sa chambre), même si on croise un double en garçonnet courageux, pas de rajeunissement possible ou de retour vers le passé, Spider-Man n’empêche pas le temps de faire son œuvre. Ainsi, comme dans la trilogie de Raimi, on voit Peter Parker poursuivre son chemin : finir sa vie d’étudiant, construire une relation amoureuse, prendre conscience de ses responsabilités (jusqu’au « Spider-Man no more », sur lequel reposait en grande partie Spider-Man 2 en 2004). Mais le film revient aussi sur le trauma initial et la brusque disparition des parents (déjà abordée dans le reboot de 2012). La mort de l’oncle Ben est encore rappelée. En bout de course, c’est surtout la mort de Gwen qui frappe Peter [2]. Dans la séquence qui suit la chute de la jolie blonde, Webb filme des plans assez rares du cimetière de New York. Il les collent les uns aux autres et redit le passage du temps (ce qu’il fait plus tôt de façon amusante par la répétition des déshabillages, les costumes ne survivant pas aux acrobaties quotidiennes). Par ces plans du cimetière, Webb ancre par la même occasion davantage la mort dans le film, ce qui n’est pas sans nous surprendre dans un univers aussi coloré et familial [3]. Le temps c’est tout ce dont avait besoin Spidey. Mais du temps, il n’en a plus.

C’est l’espoir qui fait renaître le super-héros. Celui du garçonnet justement. Celui que l’on place à présent dans Mark Webb, moins faiseur qu’il nous a d’abord paru. Cette nouvelle trilogie amorcée, les personnages nous séduisent : Andrew Garfield et Emma Stone, mais aussi Dane DeHaan qui, Electro-Jamie Foxx à ses côtés, nous fait penser à Edward Furlong tout heureux de son Terminator (Cameron, 1991). Plus que la mise en scène des combats, les mouvements aériens aussi nous fascinent : plus de fluidité, plus de vitesse, incroyable maîtrise des envolées intra- urbaines, sensation de chute décuplée… Sans développer plus, comme nous l’avions fait pour The Avengers (Whedon, 2012), la réapparition du trauma post-11/09 (Spidey avec casque de pompier) n’est pas non plus inintéressant, d’autant que la tour devient à présent le symbole absolu du mal (the Oscorp tower, localisée sur la Sixième Avenue et certainement voisine de la tour Stark).

A sept ou dix ans d’intervalle, nous n’oublions certes pas tout à fait Sam Raimi et il suffirait d’un ou deux points de comparaison pour faire souffrir cet Amazing Spider-Man (par exemple l’habileté narrative des scènes entrelacées concernant les trois vilains dans Spider-Man 3, en 2007, contre un simple traitement successif par Mark Webb, ou de façon plus générale l’absence de patte vraiment identifiable chez ce dernier). Toutefois, le renouvellement des aventures convainc et The amazing Spider-Man 2 est un film des plus excitants.

[1] La même tour que celle sur laquelle Doc Oc donnait du fil à retordre au Tisseur dans le Spider-Man 2 de Raimi ?
[2] Mort annoncée par l’horloge à 1h21, le numéro 121 de la BD étant celui dans lequel Gwen Stacy effectivement meurt. Voilà un des très nombreux liens avec la BD, liens à glaner ou indices à repérer pour la suite : l’homme au chapeau, Venom, les Sinister Six…
[3] La mort de la fiancée de Wayne dans The dark knight (2008) marquait moins le spectateur car le film de Nolan était déjà sombre et, contrairement à The amazing Spider-Man 2, plutôt enclin au pessimisme.

2 commentaires à propos de “The amazing Spider-Man : le destin d’un héros”

  1. Salut Benjamin.

    Un film impersonnel pourtant. Je n’ai pas vu tous les éléments que tu relèves sur le passage à part la montre au début et l’horloge au milieu, je le reconnais bien volontiers.

    Je trouve les scènes aériennes très réussies mais les scènes d’action sont un peu épuisantes.

    Surtout, j’ai vraiment l’impression que Marc Webb n’a pas grand chose à dire. La mort de Gwen (que l’on peut prédire si on connait la BD) est précédée de longues et lourdaudes scènes romantiques (déjà pas réussies chez Raimi).

    J’aime bien le bouffon mais il est phagocyté par Electro, un personnage qui effectivement n’arrive jamais à exister y compris aux yeux du spectateur et qui prend pourtant beaucoup trop de places.

    Je crois n’être vraiment pas sensible aux atermoiements de ce Peter Parker. Il n’est pas drôle, souvent agaçant, geignard et un peu tête à claques. Mais surtout geignard.

    La réminiscence du 11 septembre, je veux bien mais là franchement, le cinéaste n’en fait rien du tout. Enfin les scènes avec le Dr Folamour de pacotille parfaitement ridicules.

    • Je vais te faire un aveu. Je crois tellement aimer ce personnage que je veux aussi aimer ces films (qui, s’ils ne sont pas aussi intelligents que je le souhaite, restent d’honnêtes blockbusters). Dans le même sens, après avoir revu récemment The Amazing Spider-Man, le premier épisode de Webb, je me range plus facilement du côté d’Antoine et de sa réaction à ma critique, probablement un peu emballée…

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