After the curfew (Lewat djam malam)

Usmar Ismail, 1953 (Indonésie)

POLITIQUE ET POÉSIE

Le Festival des 3 Continents rend hommage au critique de cinéma Serge Daney. Cinq des films qu’il a le plus appréciés sont proposés au public. After the curfew est l’un d’entre eux.

Les pas d’un homme résonnent dans une rue vide. Le silence autour de lui est angoissant. Une horloge sonne au loin, suivie du pas cadencé de militaires. Portant un baluchon, Iskandar, revient dans sa ville rejoindre la fiancée qu’il a laissé derrière lui cinq ans plus tôt. After the curfew raconte le retour de ce soldat dans sa ville, après la révolution indonésienne. C’est l’histoire d’une désillusion. Le réalisateur Usmar Ismail, lui-même ancien soldat, livre une réflexion sur le retour de guerre et sur la difficulté des anciens militaires à se réadapter à la vie civile.

Figure idéalisée de l’indépendantiste, qui est parti au front à l’appel de ce qu’il considérait comme son devoir, le jeune homme va perdre ses illusions. Où sont passés ses idéaux ? La révolution n’aurait-elle donc servi qu’à faire courir les gens après l’argent ? Les retrouvailles avec ses compagnons d’armes accentuent son sentiment d’exclusion. « Si tu veux rester honnête, va vivre ailleurs ! » lui conseille son ancien chef de régiment.

L’une des forces de ce film, ce sont les deux rôles féminins, la fiancée et la prostituée. La fiancée symbolise le retour à la vie normale, la prostituée représente la dualité entre illusion et réalité. C’est par son chant envoûtant et cette question obsédante, « quand un homme part, qui sait quand il reviendra ? », qu’elle fera comprendre à Iskandar que le bonheur se trouvait à portée de main, auprès de sa fiancée.

Corruption et médiocrité se lient contre le héros qui ne cherche qu’à trouver sa place. « Je veux juste devenir un homme normal » avoue-t-il. Mais telle une prédiction, la réponse de son ami laisse Iskandar à son destin tragique :« Tous ceux qui ne luttent par contre leurs démons seront anéantis ».

After the curfew est certes un manifeste politique, mais la poésie du film, autant par les images que par les dialogues, réussit presque à le faire oublier. Dédié à « tous ceux qui ont sacrifié leur vie pour que nous puissions vivre l’indépendance », le film continue de résonner dans nos sociétés. Il nous rappelle les efforts qu’il a fallu déployer pour parvenir à vivre dans des pays libres, et surtout il nous dit l’importance de ce que nous faisons de cette liberté. Une leçon d’autant plus forte qu’elle a maintenant plus de 50 ans.


Mélody Thomas pour Preview
en partenariat avec La Kinopithèque pour la 34e édition du Festival des 3 Continents

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*