À l’abordage (Against all flags)

George Sherman, 1952 (États-Unis)




DANS FLIBUSTIER, IL Y A BUSTIER
Ou À l’abordage, film de pirates féministe manqué


Plumes violettes et tricorne bleu, gilet vert et jabot doré, cuissardes hautes et gros ceinturon rouge, le tout sous la bannière d’un crâne blanc sur fond noir. Longtemps après Captain Blood ou L’aigle des mers de Curtiz (1935 et 1940), Errol Flynn fricote à nouveau avec les pirates. Cette fois pour le compte de George Sherman sous le pavillon de la Universal. Flynn incarne Brian Hawke, espion de la très royale marine britannique envoyé en mission pour saboter des canons et démolir les défenses de l’île aux pirates.

Nous sommes en 1700 et les bandits des mers tropicales sont organisés en une redoutable confrérie. Menés par des capitaines vaillants et querelleurs, tels Roc Brasiliano (Anthony Quinn à la pointe des moustaches pincées) et Prudence « Spitfire » Stevens (Maureen O’Hara à l’incandescente jalousie), ils sèment partout la terreur et contrarient sérieusement le commerce anglais. Afin de prospérer dans leur illégale entreprise, les pirates se sont même installés dans un repère imprenable, sur l’île de Madagascar, logés dans le creux d’un lagon bien protégé par le relief et, si le relief n’y suffisait pas, par une batterie de canons dangereusement orientés.

Entre les temps réservés à la romance (assez nombreux) et ceux réservés aux pourparlers (qui ne sont pas moindres), les actes de bravoures ne manquent pas non plus : duel à la pique d’abordage, combats à l’épée de Tolède ou attaque d’un navire marchand à la cargaison de princesses indiennes (parfois traitées de poupées chinoises) très convoitée.

Le film de Sherman a de douces intentions féministes (à travers le rôle de capitaine confié à la belle Maureen O’Hara) mais, hélas, en ce début des années 1950, elles ne tiennent pas face à l’insistance fière et masculine d’Anthony Quinn et moins encore face aux charmes d’Errol Flynn. Même la ride au coin de l’œil et se dispensant de trop agiles démonstrations, le héros épéiste rassure la jeune princesse hindoue d’un regard et la fait tomber d’un sourire esquissé. Il est encore dans les fers, le début du film, mais fraîchement rasé, lorsque le capitaine Stevens, très manifestement attirée et incapable de se retenir, lui fait goûter de ses lèvres. Hawke prisonnier, on pourrait croire la Rafale (« Spitfire » en vf) en position de supériorité. Mais, il ne se passe pas beaucoup de scènes pour que ce filou de Flynn ne s’invite directement dans la chambre de la demoiselle pour lui donner un cours sur l’étiquette londonienne et par là-même une leçon de séduction… D’ailleurs au final, le brillant Brian Hawke se débarrasse des flibustiers, sauve la fille du grand Moghol, quelques autres princesses et leur gouvernante (Mildred Natwick) et rend la vie sauve à l’aventurière rousse, ardente pirate soudainement devenue sous l’irrésistible influence du séducteur britannique, une demoiselle docile et avide de baisers.

2 commentaires à propos de “À l’abordage (Against all flags)”

  1. Je n’ai point vue ce western au crêt des vagues, ce swashbuckler sous tropique capricornien. Sans doute le nom de Sherman (et ses « canons dangereusement orientés ») m’en aura prudemment éloigné. Je ne doute pas néanmoins que la rouquine O’hara ait la flibuste généreuse, et que le diable de Tasmanie à l’haleine rhumée saura la séduire. Un jour viendra peut-être où nous voguerons de concert.

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