Welcome

Philippe Lioret, 2009 (France)

Bilal, 17 ans, est kurde (Firat Ayverdi). Il vient d’Irak et a marché trois mois avant de se retrouver à Calais. Avec d’autres clandestins, il tente maintenant de passer outre-Manche afin de rejoindre Mina, celle qu’il aime, à Londres, où il espère devenir footballeur (il rêve de rejoindre le Manchester United). Mais sa première tentative, à bord d’un camion, échoue. Il se met alors en tête de traverser la Manche à la nage et décide pour cela de prendre des cours. Simon (Vincent Lindon), son maître nageur, est touché par l’obstination du jeune homme que rien ne décourage… Il décide alors de l’héberger un moment, malgré les risques pris à porter secours à une personne en situation irrégulière. Il se dit que ses risques sont moindres face aux dangers encourus par Bilal et puis Simon a toujours été un peu lâche et indifférent face à la souffrance de ces réfugiés qu’il croise régulièrement dans sa région. Pourtant, son geste ne paraît pas totalement gratuit au début. Récemment séparé de son épouse, Marion (Audrey Dana), farouche activiste qui donne des habits et distribue des repas aux immigrés, Simon aurait trouvé aussi là l’occasion de remonter dans son estime. Son aide s’avère toutefois sincère et Simon s’attache vite à cet enfant…

Quelques semaines seulement après le très beau film de Costa Gavras (Eden à l’ouest) sur le même sujet, Philippe Lioret réalise une œuvre poignante au ton très juste. Pas de surenchère d’émotions, pas de débordement de grands sentiments, pas de voyeurisme déplacé… Non rien de tout ça ici. Juste un récit cruellement authentique et réaliste sur la situation et la souffrance des sans-papiers. Seules quelques notes de piano (un peu comme dans son précédent long métrage, Je vais bien, ne t’en fais pas, 2006) viennent régulièrement hanter d’une certaine mélancolie, et là encore sans effet de style, les images crues de l’immense port trans-Manche et ses ferries, de la grisaille de Calais ou encore Blériot-Plage. Avec dignité, beaucoup d’humanisme et de pudeur, Philippe Lioret déroule intelligemment son récit, sans avoir besoin de surligner l’aspect tragique du destin de ces immigrés. En cela, Welcome est une vraie et belle réussite.

Vincent Lindon, totalement habité par son rôle est une nouvelle fois bouleversant. Tout passe par ses yeux, un regard dont la profondeur en dit long sur son implication et son incarnation du personnage (ancien nageur de très haut niveau qui n’a pas connu le succès escompté). Après Pour elle (Fred Cavayé, 2008), Vincent Lindon franchit vraiment une étape dans sa carrière et atteint ainsi une envergure proche des plus grands. Le jeune Firat Ayverdi n’en est pas moins touchant. Pour son premier film, c’est une vraie révélation. A eux deux (et Audrey Dana, même si elle apparaît moins), ils illuminent le film de leur présence et lui donnent une certaine ampleur.

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