Walkyrie

Bryan Singer, 2009 (Etats-Unis, Allemagne)

Walkyrie


Durant la Seconde Guerre mondiale, plusieurs hauts dirigeants allemands s’allièrent pour former une résistance, dont le dessein était d’assassiner Adolf Hitler, qu’ils considéraient à juste titre comme un véritable monstre. Le colonel Stauffenberg, de retour d’Afrique du Nord, les rejoignit et mit au point l’opération Walkyrie, qui était à l’origine un plan d’urgence sensé protéger l’intégrité du gouvernement allemand en cas de tentative de coup d’Etat.

La rébellion s’efforça donc de retourner cette stratégie à son avantage afin de reprendre le pouvoir aux nazis et ainsi mettre en place un nouveau gouvernement. Claus von Stauffenberg passa alors de simple conspirateur à exécuteur principal de cette opération. Mais, le 20 juillet 1944, la bombe qui devait tuer Hitler au Grand Quartier Général de Rastenburg (le repaire est appelé « La tanière du loup »), en Prusse orientale, ne fit que le blesser. Ce nouvel attentat (le quinzième et dernier, apprend-on à la fin du film) fomenté contre Hitler échoua. Plus tard, lorsque Berlin était en siège, le Führer se donna lui-même la mort dans son bunker, le 30 avril 1945.

Walkyrie est d’une rigueur historique qui paraît exemplaire, mais cela n’en est pas moins austère pour autant. La reconstitution des lieux (certaines scènes ont été tournées dans le véritable Bendlerblock, devenu le centre de la résistance militaire, dirigée par le général d’infanterie Friedrich Olbricht), tout ce qui a trait aux militaires et toute l’imagerie nazie sont saisissants de réalisme. La bande son (musique martiale, bruitages impressionnants) joue également un rôle important dans la crédibilité de ce long métrage, vraiment réussi. De même, la palette de couleurs très sombres (noirs menaçants ou tons plus grisâtres…) utilisées pour les images. Pourtant, pour s’adresser à un plus large public, et faire de ce Walkyrie un document cinématographique non pas académique mais suffisamment accessible, Bryan Singer a pris le parti de faire parler les protagonistes en anglais, et sans accent germanique, avec en tête une star internationale : Tom Cruise. En faisant abstraction de ses activités de scientologue, il faut reconnaître que ce dernier est très convaincant, même si lui et d’autres acteurs, font davantage penser à des Américains (et pour cause !), voire des Anglais, qu’à des Allemands. Au vu de la réussite de cette œuvre, cette concession n’est finalement pas si gênante. Par ailleurs, on retrouve avec bonheur Kenneth Branagh et, au début du film, Bernard Hill (le roi Théoden du Seigneur des anneaux : les deux tours de Peter Jackson, 2002).

Le suspense nous tient en haleine toute la durée du film et on en apprend plus sur les détails de l’opération ainsi que sur le désordre et la confusion qui ont régné (certains annonçaient Hitler mort durant les heures qui ont suivi cette tentative d’assassinat). Un très bon film qui mélange intelligemment pédagogie et divertissement et procure de vives émotions.

Une réponse à “Walkyrie”

  1. Ce film est une belle reconstitution et Tom Cruise est heureusement très sobre dans son rôle. Deux remarques toutefois.
    – Le maréchal Rommel, sans doute le plus célèbre soldat de l’armée nazie (« le renard du désert ») n’est pas mentionné alors qu’il était l’un des principaux protagonistes du complot. Il sera d’ailleurs poussé au suicide par Hitler. Pourquoi cet oubli ?
    – Les principaux conjurés (dont Stauffenberg), n’ont pas été fusillés comme le montre le film. Hitler a voulu qu’ils soient éxécutés avec « raffinements de cruauté ». Ils sont donc pendus à des crochets de boucherie avec des cordes de piano. Leur supplice est filmé et présenté au « Führer ».

    Pour en savoir plus, une petite biblio recommandée et commentée par le site des Clionautes :

    – Joachim C. Fest, trad. Olivier Mannoni, La Résistance allemande à Hitler, Perrin, 2009.
    Le point sur le rôle et les multiples tentatives d’une résistance allemande qui aurait pu supprimer Hitler bien avant 1940.

    – Jean-Louis Thiériot, Stauffenberg, Perrin, Coll. « biographies », 2009.

    – Ian Kershaw, La chance du diable, le récit de l’opération Walkyrie, Flammarion, coll. « Le fil de l’histoire », 2009.

    D’après Bruno Modica sur Clionautes : « L’ouvrage de Ian Kershaw est différent de celui de Jean-Louis Thiériot, Stauffenberg, publié aux Éditions Perrin, en librairie 15 janvier 2009, il est d’abord beaucoup plus court et plus axé sur des sources précises, issues du monumental travail de recherche dont il est issu. On trouvera par exemple en fin d’ouvrage des annexes intéressantes, à savoir treize documents souvent inédits, (en français) comme les ordres de mise en œuvre de l’opération Walkyrie et les émouvantes lettres d’adieu des conjurés avant leur exécution dans cette sinistre salle d’exécution de Plötzensee. »

    – Missie Vassiltchikov, Journal d’une jeune fille russe à Berlin : 1940-1945, trad. de l’anglais Anne-Marie Jarriges et Anne Guibard, Phébus, coll. « Libretto », 2007.
    Cet auteur témoin de l’époque consacre un passage assez détaillé de son livre à l’attentat du 20 juillet 1944.

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