Le vilain

Albert Dupontel, 2009 (France)

vilain

Albert Dupontel est vraiment un vilain petit canard, un méchant petit gars qui, des petites bêtises de son enfance, est passé à de beaucoup plus grosses (« qui vole un œuf, braque une banque »)… Recherché par la police et ses complices qu’il a doublé, il va se réfugier chez sa mère qu’il n’a pas vu depuis… Vingt ans ! Elle le croit naïvement toujours très gentil, mais rapidement les souvenirs cachés dans sa chambre d’enfant refont surface (bulletins scolaires falsifiés, lettres de menaces, photos compromettantes de ses professeurs -savamment truquées-, fausses ordonnances du médecin…), et lorsque le « pot aux ronces » est découvert, un bras de fer s’engage entre la vieille dame et son méchant garçon.

Dupontel l’insolent, Dupontel le cynique provocateur, Dupontel le grinçant, toujours très en marge de la société et du show-bizz’, s’offre à nouveau une parenthèse entre deux films « sérieux »* avec un nouveau personnage trash et bien déjanté… Pour notre plus grand bonheur ! Toujours aussi caustique, ce vilain garçon fait néanmoins preuve d’une certaine tendresse et le film, de poésie. Certes, Le vilain s’inscrit dans la droite lignée de ses précédentes comédie (Bernie bien-sûr en 1996, mais aussi Le créateur en 1999 ou le moins convaincant Enfermés dehors en 2006), mais avec un ton cette fois plus sobre, en tout cas plus nuancé. Se serait-il assagi le bougre ? Possible, même si certaines situations restent tout de même bien barrées ! Par certains aspects, ce nouveau Dupontel ressemble même parfois au style Jean-Pierre Jeunet (avec qui il a d’ailleurs déjà tourné dans Un long dimanche de fiançailles en 2004), notamment au récent et très réussi Micmacs à tire-larigot : une réalisation artisanale truffée d’une multitude de bricoles et d’autres petites trouvailles géniales, des gags à répétition (les différents épisodes très « cartoonesques » de la tortue vengeresse !) et une galerie de personnages possédant une vraie « gueule ». Parmi eux, la sublime Catherine Frot vieillie, mais toujours irrésistible, qu’il retrouve après Odette Toulemonde (2007), Bouli Lanners avec qui il a aussi déjà tourné (Louise Michel, 2008), Nicolas Marié qui apparaît dans tous ses films, ou encore « le Deschien » Philippe Duquesne.

Un très bon « petit film » comique grâce à un Dupontel inspiré, bourré de talent et de créativité durant lequel on ne s’ennuie pas une seule seconde grâce à un rythme trépidant et même, pour une fois, un semblant de morale sur la notion de bien et de mal à la fin !

Ludovic Fabre

* Mine de rien, il possède déjà une belle filmographie, ayant joué dans Les acteurs de Bertrand Blier (2000), Irréversible de Gaspard Noé (2002), Le convoyeur de Nicolas Boukhrief (2004), Fauteuils d’orchestre de Danièle Thompson (2006), Président de Lionel Delplanque (2006), L’ennemi intime de Florent Emilio Siri (2007), Paris de Cédric Klapisch (2008), l’excellent Deux jours à tuer de Jean Becker (2008) et j’en passe…

Une réponse à “Le vilain”

  1. La première rencontre entre Frot et Dupontel n’a pourtant rien donné de bon. Le film d’Eric-Emmanuel Schmitt, écrivain, était naïf et d’une excessive condescendance envers « ceux qui se contenteraient de peu » (rien que le titre, « Odette Toulemonde« …).

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