La vérité

Henri-Georges Clouzot, 1960 (France)

La vérité est le dernier film que Clouzot tourne avant de se perdre dans L’Enfer*. Il s’agit d’un film de procès où la jeune et provocante Dominique Marceau (Brigitte Bardot) est accusée du meurtre de l’étudiant chef d’orchestre dont elle s’est éprise, Gilbert Tellier (Samy Frey). La vie de débauche de la blonde oisive est retracée jusqu’aux six coups de feu fatidiques et Clouzot mêle au temps présent du tribunal les flash-backs reconstituant les événements passés.

La vérité oppose une France adulte et bourgeoise aux mœurs irréprochables (le cadre tout à fait « sain » du mariage, la valeur accordé au travail, la musique classique comme la seule acceptable…) à celle d’une jeunesse qui se cherche, étouffée par la famille et par la société de De Gaulle (les cafés, les cinéma et les club de jazz « lieux de perdition »). Une jeunesse qui n’est pas encore tout à fait celle du baby-boum et qui prend son mal en patience… La société moraliste est incarnée par des acteurs aux filmographies déjà longues (les avocats Charles Vanel et Paul Meurisse, le juge Louis Seigner). Parmi les jeunes acteurs, dans les années 1960, certains participent à la Nouvelle Vague et plus généralement au renouveau du cinéma français (Les quatre cents coups de Truffaut et [intlink id= »signe-du-lion-le » type= »post »]Le signe du lion[/intlink] de Rohmer sortent en 1959). Bardot a été choisie car depuis Vadim, elle est devenue l’icône de la séductrice ingénue (Et Dieu… créa la femme, 1956) ; en 1963 Godard la prend pour Le mépris. Samy Frey tourne pour Varda et Godard (Cléo de 5 à 7 en 1962 et Bande à part en 1964). Marie-José Nat pour Michel Drach (Amélie ou le temps d’aimer, 1963, La bonne occase, 1965…). Jacques Perrin, dans un petit rôle de percussionniste, joue ensuite pour Demy (Les demoiselles de Rochefort, 1967, Peau d’âne, 1970). Ajoutons à leurs côtés Claude Berri et citons le film qu’il réalise en 1970, Le cinéma de papa.

Où se place Clouzot parmi eux ? Il essuie un échec commercial en 1957 avec Les espions et La vérité fait partie de ses tout derniers films. Né au début du siècle et ayant commencé à tourner dans les années 1930 et 1940 (L’assassin habite au 21, 1942), le réalisateur appartiendrait-il en 1960 à l’arrière-garde du cinéma français ? Le scénario et l’intrigue de La vérité ont une construction très rigoureuse. Au tribunal, plaidoiries et réquisitoires ne laissent pas de place à l’improvisation. Si le ton manque parfois de naturel, la mise en scène n’est pourtant jamais poussiéreuse. Lors des flash-backs, plusieurs ellipses étonnent même par leur liberté (elles donnent l’impression qu’il n’y pas d’interruption dans les conversations malgré les changements de temps et de lieux). Elles servent aussi de contrepoids à la pesanteur du procès. Par ailleurs, le thème de l’homme jaloux de sa femme au point d’en devenir fou plaît tant à Clouzot qu’il en fait le cœur de L’Enfer, vaste projet inachevé et tendant à démontrer toute la modernité dont était capable le cinéaste.






* Dont il est à présent possible de se faire une idée grâce au documentaire de Serge Bromberg et Ruxandra Medrea, [intlink id= »enfer-dhenri-georges-clouzot-l » type= »post »]L’Enfer d’Henri-George Clouzot[/intlink], 2009.

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