Catherine Hardwicke, 2008, sorti en 2009 (États-Unis)

En me rendant au cinéma pour voir ce fameux (en tout cas par la notoriété) Twilight, ce deuxième dimanche de 2009, je savais pertinemment que j’allais être confronté à une population à grande majorité adolescente, mais bon… Poussé par la curiosité, je voulais vraiment voir par moi-même ce film dont toutes les cours de récré et les blogs parlent en ce moment ! En y allant en toute connaissance de cause il serait trop facile de critiquer alors je me contenterais juste de donner mon humble avis.

Comme prévu, j’ai retrouvé l’adolescente-fan gloussante de son rire nerveux et hystérique à la moindre apparition de sa nouvelle idôle, le beau et ténébreux Edward le vampire (alias Robert Pattinson). Elle était soit accompagnée de ses copines, soit de sa maman (la même qui, surveillant ses goûts douteux et morbides, a dû aussi se rendre aux concerts d’Evanescence et de Tokio Hotel !)… Et le film dans tout ça me direz-vous ?

Alors je le confirme : Twilight est méticuleusement calibré pour les ados, un teen-movie dans toute sa splendeur comportant tous les clichés inhérent au genre. En vrac : l’histoire d’amour, bien sûr, entre une jeune fille plutôt mal dans sa peau (l’actrice Kristen Stewart, remarquée en 2002 dans Panic room aux côtés de Jodie Foster et en 2008 en jeune chanteuse country dans l’excellentissime Into the wild de Sean Penn) et un vampire bien propre sur lui, les éternels problèmes relationnels avec les parents, le lycée et son bal de fin d’année où chaque fille se demande bien qui va l’inviter (du jamais vu), la scène attendue où de méchants garçons, éméchés par quelques bières, vont bousculer la jolie Bella… Quoi d’autre ? Ah oui, pas mal de scènes où apparaît l’indispensable téléphone portable et ses non moins incontournables sms, une ou deux pubs déguisées, et j’en oublie…

Bref, le mythe du vampire en prend un coup ! Et je n’oserais aucune comparaison avec les classiques du genre que sont, pour en citer quelques-uns, Dracula de Coppola (1993), Entretien avec un vampire (Neil Jordan, 1994) ou plus anciens Nosferatu de Murnau (1922), Vampyr (Carl Theodor Dreyer, 1932), Dracula (Tod Browning, 1931), Le bal des vampires (Roman Polanski, 1967)… Non, soyons réalistes : ici nous sommes plus proches d’un esprit à la Buffy contre les vampires (Joss Whedon, 1997-2003) que d’un véritable travail de fond sur ce mythe éternel, indissociable du mouvement gothique. Tout est donc très superficiel, simplifié à l’extrême et au-delà de 16 ans il sera difficile d’apprécier ce premier chapitre de Twilight. Comme je l’ai dit, il est trop facile de critiquer un film pour ado, alors laissons leur l’apprécier, c’est bien là le principal… Néanmoins… Un point particulièrement risible et ridicule que je ne peux m’empêcher d’évoquer : lorsque le secret d’Edward est dévoilé, son vampirisme, ce dernier explique à sa bien-aimée pourquoi ceux de sa race craignent la lumière en se risquant à exposer sa peau blafarde aux rayons du soleil. On s’attend à ce qu’il soit brûlé, à ce que sa peau parte en lambeaux, où qu’il chope un coup de soleil particulièrement intense… Ou bien qu’il bronze à vitesse grand V et qu’il devienne noir, pourquoi pas ?! Non, rien de tout ça : dans Twilight, les vampires évitent la lumière car les pigments de leur peau se mettent à scintiller comme s’ils étaient recouverts de paillettes argentées ! A la limite, c’est plus joli que leur teint pâle ! Non, là je n’ai pas pu m’empêcher de rigoler…

En étant indulgent, c’est bien filmé, il y a de belles scènes en extérieur (en forêt) et des plans tournés façon vidéo-clip très esthétiques. Mais devant tant de mièvrerie et si peu de profondeur, je pense que Twilight s’adapterait davantage à un format série télé qu’à un film longue durée. Qui sait, une adaptation télé viendra peut-être ? Enfin, si vous avez des enfants qui veulent aller le voir, ne les en empêchez pas : dans le genre, il y a quand même pire (si, si).

Ludo

5 commentaires so far »

  1.  

    Ornelune said

    janvier 12 2009 @ 8:24

    Je ne suis pas sûr que la comparaison de Twilight avec Buffy contre les vampires soit très bonne. Dans Buffy, les auteurs ont souvent pratiqué une dérision qui ne paraît pas présente dans Twilight (dis-moi si c’est faux).
    Peut-être faut-il chercher davantage du côté de True blood (Alan Ball, 2007) pour une comparaison. Anna Paquin (Sookie) y joue une midinette amoureuse d’un ténébreux vampire (bon, Sarah Michelle Gellar était amoureuse d’un ténébreux vampire, mais c’était une tueuse !). True blood, dans sa première saison, raconte la défloraison de Sookie par le mâle aux dents longues, leur histoire d’amour et les efforts du vampire pour rester avec (ne pas la mordre, boire du sang artificiel, être le plus « humain » possible)… Je n’ai pas vu Twilight, mais de ce que j’ai lu, il semble que le désir féminin soit un vague thème du film.

  2.  

    MaîtreLudo said

    janvier 12 2009 @ 11:39

    C’est exactement ça. Mais n’ayant pas vu True blood, je ne pouvais comparer: en tout cas l’abstinence sexuelle des deux amoureux est au coeur du récit et les efforts que fait le vampire pour résister à la tentation de boire le sang de sa compagne humaine également. J’ai comparé à Buffy pour le côté série télé et superficiel… Mais je dois avouer que je n’ai jamais vu un épisode de cette série (je sais pas pourquoi, ça m’a jamais tenté…), alors !
    Sinon, dans le même thème sortira en Juin prochain l’adaptation de Blood : the last vampire par Chris Nahon et fin février le troisième Underworld, le soulèvement des lycans.

  3.  

    Batman said

    janvier 17 2009 @ 4:37

    Le film est divertissant. Les deux protagonistes forment un bon duo et les effets spéciaux restent crédibles. Un film à voir quand on a rien à faire de spécial.
    Les livres sont à lire en tout cas.

  4.  

    Ornelune said

    février 6 2009 @ 21:05

    Je ne résiste pas à reproduire l’essentiel d’un savoureux petit article de Guillemette Odicino sur la sortie en salle et en copies neuves des Prédateurs, le premier long de Tony Scott (1983) :

    « Dans les années 80, les vampires n’étaient plus à la mode. Bela Lugosi’s dead, scande une chanson de ce film new wave où boire le sang de l’autre a bien plus qu’une fonction alimentaire. L’amour « pour toujours et toujours », voilà le cœur des Prédateurs. Etre mordu de l’autre pour l’éternité, c’est ce que Catherine Deneuve, belle de nuit, 4 000 ans et fraîche comme la rosée, promet à ses partenaires dans des plans très léchés… Pourtant, Bowie (de plus en plus décomposé) ne sera pour elle qu’un amant de passage (à peine trois cents ans). Elle tentera de le remplacer par la sensuelle Susan Sarandon. Des amours saphiques violentes, car la rousse hématologue est bien trop sanguine…

    Aujourd’hui, dans Twilight, les vampires font des manières, refusent leur état, sont devenus chastes et anorexiques. Pour ces petits-fils et petites-filles de la Deneuve des Prédateurs, il faut retenir sa faim. Pas de passage à l’acte. La chair de l’autre, quelle horreur… Grâce à Tony Scott, ces jeunes blancs-becs conviendront sans doute que leur troublante grand-mère avait raison : l’amour est une question de prédation, pour toujours et toujours. »

    Publié dans Télérama n° 3082.

  5.  

    Benjamin said

    août 9 2010 @ 11:44

    Je découvre Twilight avec le troisième chapitre, Hésitation (David Slade, 2010) et reviens, mieux vaut tard que jamais, sur ma tentative de comparaison entre ces films et True blood. La série d’Alan Ball a la décence d’asperger de sang les mièvres courtisaneries mises en scène. La série, à destination d’un « public averti », est relevée de violence et d’humour (ignorés du monde aseptisé d’Edward et Bela). Les vampires, en pleine possession de leurs moyens, y sont donc plus fréquentables !

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