Travaux, on sait quand ça commence…

Brigitte Roüan, 2004 (France)

Brigitte Roüan a la petite mais noble ambition d’évoquer l’idée de l’enrichissement de la France par l’immigration. Pour cela, elle fait le choix de la comédie, d’une actrice renommée à travers laquelle la prise de conscience a lieu et de quelques seconds rôles présents pour combler les temps morts de leurs sketches.

Chantal (Carole Bouquet), éloquente avocate inscrite au barreau de Paris, entreprend de refaire, un peu malgré elle, tout son appartement. Fidèle à ses principes, elle embauche des travailleurs immigrés de tous horizons qui sont très volontaires mais très peu compétents (Sud-Américains, Maghrébins, et même un carreleur italien interprété par Aldo Maccione !). D’où ce dilemme : privilégier son confort personnel et renvoyer ces hurluberlus de la maçonnerie ou leur donner une chance et partager entre autres avec eux de chaleureux petits déjeuners ? Les acteurs qui batifolent autour de Carole Bouquet paraissent au spectateur bien amicaux, exception faite peut-être de Jean-Pierre Castaldi à la fantaisie un peu excessive et malintentionné à l’égard des travailleurs illégaux.

Carole Bouquet, un poil survoltée, joue l’avocate protectrice des sans-papiers. Elle fait de l’œil à la République pour que celle-ci soit indulgente et accueillante envers des immigrés qui viennent chercher en France un salaire pour vivre ou un refuge politique (l’avocate qui déploie ses talents d’artiste chantant et dansant est ici une lointaine cousine de Billy Flynn, l’avocat de Chicago dans la version de Rob Marshall, 2003). Favorable à la dépénalisation du cannabis et, à l’occasion, elle-même fumeuse de joint, la voilà tolérante sur bien des points… Cette comédie à l’apparence lisse et polie effleure tout de même le problème des étrangers que le gouvernement ne veut accueillir et qui pourtant sont bien obligés de vivre en attendant qu’une solution soit trouvée à leur situation. Irréguliers, marginalisés et squatteurs, un plan assez grave montre certains d’entre eux dans une cave, entassés les uns sur les autres dans le noir. Une rue parisienne dont les canalisations d’eau sont trafiquées et détournées renvoie aux rues africaines dans lesquelles les becs de bornes fontaines permettent de remplir des récipients de toutes formes.

Parce qu’il pose une question de société (davantage que La maison du bonheur de Dany Boon en 2006, qui pourtant engageait aussi deux bras cassés pour les plâtres, l’électricité et l’enduit, Mouloud Mami et Donatello Pirelli, campés par Zinedine Soualem et Laurent Gamelon), et même si l’amusement y est limité, Travaux, on sait quand ça commence… reste une petite comédie assez sympathique.

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