Trois sœurs du Yunnan, Les (San zi mei)

Wang Bing, 2011 (Chine)

Trois soeurs du Yunnan San zi mei


UNE ENFANCE AU CREUX DES MONTAGNES


Wang Bing est à Nantes pour présenter son nouveau documentaire, Three sisters, consacré à la vie de trois jeunes sœurs livrées à elles-mêmes au fin fond des montagnes chinoises.

Rien n’arrête Wang Bing. Pas même l’altitude. En 2010, Arte lui commande un documentaire. Wang vient alors de refermer le livre d’un de ses amis, un roman inspiré par un village de la province du Yunnan, en Chine. Intrigué, le réalisateur se rend sur place et y découvre par hasard l’existence de trois petites filles abandonnées par leur mère. En espérant les sortir d’un destin misérable, leur père est parti chercher du travail en ville. Dès cette première rencontre, Wang Bing comprend qu’il doit revenir avec une caméra. Les trois cessions de tournage s’étalent chacune sur cinq à sept jours. Wang et sa petite équipe suivent le quotidien des trois sœurs. Tout ne serait que banalité si ces enfants n’étaient pas si jeunes. L’aînée a dix ans, ses cadettes ont six et quatre ans. L’école et les devoirs sont à peine au programme. Chaque jour, les mêmes tâches envahissantes, les mêmes préoccupations routinières : préparer leur modeste pitance et celle des cochons, des chèvres et des poulets. On a d’ailleurs bien du mal à déceler une différence de traitement entre eux, humains et bêtes se nourrissant presque exclusivement de pommes de terre.

Ces enfants sont les oubliées de la Chine. Tandis que le cinéma commercial ne se lasse pas de la skyline de Shanghai, les journalistes tournent leur regard vers les employés de Foxconn, victimes collatérales d’une croissance économique incontrôlée. Seuls et déterminés, quelques parias montrent la réalité de la Chine telle qu’elle est vraiment, fragmentée et inégalitaire. Plus subtil que le travail souvent égo-centré de l’artiste contemporain Ai Weiwei, celui de Wang Bing, lui aussi dissident, se veut le témoin et la voix de la majorité des Chinois ; ceux qu’on ne voit jamais.

Les 153 minutes du film s’écoulent en nous imprégnant de la vie du village. La caméra, discrète, n’indique à aucun moment la présence de l’équipe. Elle accompagne le regard des enfants, les deux se confondent, ne font qu’un.

Rien n’arrête Wang Bing. Enfin si : le mal des montagnes. C’est un documentaire inachevé qu’il nous présente. Le réalisateur, frustré, voulait poursuivre le tournage. Malgré cet abandon, Three sisters est un témoignage intemporel sur une époque où seule la télévision d’état relie ces êtres à la société. Le spectateur est poussé à la réflexion, renvoyé à sa propre condition, humaine et partagée ; frappé au plexus par ce document exceptionnel. À 3 200 mètres, on ne manque pas d’air.


Vincent Poisson pour Preview
en partenariat avec La Kinopithèque pour la 34e édition du Festival des 3 Continents

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