Spirit, The

Frank Miller, 2008 (États-Unis)

Classique de la bande dessinée américaine des années 1940, l’œuvre de Will Eisner aurait dû le rester. Elle est malheureusement désormais aussi cet essai raté de Frank Miller, bonhomme reconnu pour son coup de crayon et ses histoires mises en bulles et en vignettes, mais encore maladroit pour le grand écran. En 2005, il réalise Sin City avec Robert Rodriguez. Le résultat sur pellicule le satisfait, tout comme le succès en salle n’en doutons pas. De là, lui prend l’envie de diriger seul (peut-être l’écriture de scénarios pour les très mauvaises suites de Robocop en 1989 et 1992 avait-elle déjà suscité l’idée…). En 2007, c’est en tant que producteur qu’il réapparaît, celui de 300 de Zack Snyder. D’une façon ou d’une autre, l’expérience a dû le mettre en confiance car l’année suivante il passe derrière la caméra pour animer le Spirit… Un peu.

En effet, l’histoire de Denny Colt (Gabriel Macht), simple flic de Central City ressucité en un justicier masqué, est à peine mise en scène. Miller se contente des effets visuels (l’enrobage numérique lime la moindre aspérité et uniformise le tout en un ensemble froid comme la neige). Comme dans Sin City, il tente d’imposer une certaine radicalité dans le style : un noir et blanc très contrasté, occasionnellement violé par des taches de couleurs vives (le rouge de la cravatte, l’or d’un pendentif). Cela ne suffit pas. Les dialogues sont affligeants (la version française en souligne la médiocrité, notamment lorsqu’une danseuse parisienne très légèrement vêtue prend l’accent marseillais [sic]). Les personnages de Central City sont moins nombreux que ceux qui parcourent la ville du péché et guère moins diaphanes. Samuel Jackson campe un Octopus mégalomane tantôt savant fou, tantôt officier nazi (!). Aux côtés de ces hommes, les formes généreuses de Eva Mendez, que nous préférions dans La nuit nous appartient de James Gray en 2007, mais qui ne s’en tire pas si mal ici (…sur la photocopieuse), et de Scarlett Johansson qui, elle en revanche, démontre par son rôle que tous les personnages ne sont pas bons à jouer.

Le Spirit est un salaud avec sa femme (Sarah Paulson), infidèle avec toutes les autres (même la mort, horrible visage féminin abusivement retouché à l’ordinateur, ne lui résiste pas). Il n’en respecte qu’une qu’il considère comme sa mère (il précise qu’elle subvient à tous ses besoins), sa ville, son lieu d’existence. Par ces relations, Miller esquisse le thème d’un amour filial du héros pour une ville qu’il veut nettoyée de toute criminalité. C’est sans doute la seule idée intéressante du film (avec un petit dinosaure placé sur une plage, allez savoir pourquoi). The Spirit ? Vaporeux, évanescent, pshhh…

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