Sword identity, The (Wo kou de zong ji)

Xu Haofeng, 2011 (Chine)

Sous la dynastie Ming, au XVIe siècle, deux sabreurs débarquent sur la côte chinoise. Décidés à faire accepter leur philosophie des arts martiaux par les quatre grands maîtres locaux, ils vont devoir rivaliser d’adresse et de persévérance.

Film de sabre, donc de genre, The sword identity nous plonge, dès les premières minutes, dans une atmosphère feutrée et solennelle. Les dialogues étant rares, chaque combat rompt violemment le silence. Dans cette Chine ancestrale, chacun défend, au péril de sa vie, sa propre approche spirituelle des arts martiaux. Lorsque deux étrangers débarquent avec des armes et des techniques de combat inconnues des maîtres martiaux, la tension est palpable.

Le film diffère cependant des productions martiales chinoises ou hollywoodiennes de ces dernières années : il n’utilise aucun effet spécial. On est très loin des effusions de sang de Kill Bill (Tarantino, 2003). À peine touchés, les perdants se figent, pétrifiés, avant de tomber au sol. La mort est détournée, cachée, comme pour laisser planer le doute. Les coups fatals s’enchaînent pourtant, mais avec la pudeur nécessaire pour ne pas dévaloriser le perdant. Les combats sont ralentis, découpés, voire filmés hors champ. Ils conservent ainsi leur noblesse et mettent en valeur les mouvements chorégraphiés par le réalisateur Xu Haofeng lui-même.

Si les armes et les coups sont tranchants, les dialogues sont, eux, parfois teintés d’ironie. On est d’ailleurs facilement conquis par l’un des deux sabreurs étrangers, sorte de super héros nonchalant et attachant comme Johnny Depp dans Pirates des Caraïbes. Une ironie qui cache une féroce volonté de faire reconnaître son art et de le transmettre. The sword identity propose, en effet, une réflexion sur la transmission des savoirs entre les générations. Il met en lumière la sagesse des anciens face à la fougue des jeunes. L’expérience des uns face à la naïveté des autres. Et réconcilie finalement les deux parties.

A priori sombre et froid comme une lame, The sword identity propose plus qu’un enchaînement de combats de sabres, de masses et de lances. Malgré des seconds rôles peu convaincants et des travellings parfois amateurs, Xu Haofeng revient à une approche plus simple du film de sabre. Il rassemble l’histoire, la philosophie et les arts chinois dans une seule et même armure. Une façon de remettre en question notre propre identité pour tenter de la percer.

Christophe Herlédan, pour la 33e édition du Festival des 3 Continents

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