John Hillcoat, 2009 (États-Unis)

Route

Voici l’adaptation de ce qui a été un vif succès de librairie en 2006 pour le roman le plus noir de Cormac McCarthy (à qui l’on doit No country for old men paru en 2005, adapté aussi pour le cinéma en 2007 par les Coen). Dans un futur proche, après qu’un cataclysme a détruit toute forme de vie végétale et animale sur Terre, un père et son fils errent sur une route déserte. Leur but est d’essayer d’atteindre des régions plus au Sud où le climat serait peut-être plus supportable. Les deux héros voient leur survie ne tenir qu’à un fil. Ils souffrent de la faim, du froid et des maladies. De plus, la plupart des rares survivants qu’ils croisent ne sont pas de bonnes rencontres. En effet, pour survivre, ces hommes en sont réduits au cannibalisme… Ce voyage ne leur sera-t-il pas fatal ?

C’est un cinéaste australien quasi-inconnu, John Hillcoat, qui a hérité de l’adaptation de l’excellent roman de McCarthy. Autant dire que la tâche est difficile. Point d’effets spéciaux spectaculaires comme dans 2012 (Emmerich, 2009), point de bandes cyber-punks comme dans Mad Max (Miller, 1979), seulement un père et son fils dans un univers hostile. Ayant lu le roman, je pense qu’il était impossible de retranscrire véritablement l’angoisse et le désespoir qui se dégageaient du livre. Néanmoins, John Hillcoat réussit plutôt bien l’exercice. La trame de l’histoire est respectée (contrairement à ce que pourrait laisser suggérer la bande-annonce). La photographie est superbe (l’univers mort et gris est saisissant). La musique de Nick Cave ajoute une note de mélancolie. La performance de Viggo Mortensen est encore une fois impeccable, peut-être un peu moins celle de l’enfant.

En fait La route pose une question face à un cataclysme planétaire : l’homme reviendra-t-il à la barbarie et à l’animalité ou bien préservera-t-il son humanité pour sauver l’être aimé ? Quoi qu’il en soit, même si le scénario est parfois décousu et le rythme lent, le film est une réussite.

Etienne

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10 commentaires so far »

  1.  

    mi said

    décembre 8 2009 @ 20:21

    Non le scénario n’est pas décousu…Tout tourne autour de l’amour du père pour son fils. Où décousu ? Non, non, relisez le livre.
    Mais votre commentaire est excellent et retrace très bien l’ambiance. Viggo et Kody sont absolument merveilleux…

  2.  

    MaîtreLudo said

    décembre 8 2009 @ 21:54

    L’image est magnifique, le récit poignant, le ton très dur et au final un film noir, vraiment noir… Du genre qui plombe bien après la séance. Et c’est une qualité, car au vu de l’histoire comment en aurait-il pu être autrement? L’ambiance m’a parfois fait penser aux Fils de l’homme (Cuarón, 2006), dans ce côté désespéré et réaliste malgré tout. L’intelligence du scénario est de ne pas s’attarder sur les causes de l’extinction de la vie sur Terre: peu importe le cataclysme, la cause, le résultat est là et le réalisateur filme à hauteur d’homme. Comme on doit se sentir bien seul et désemparé dans pareille situation, proche ou au-delà même de la folie et du désespoir, ce qu’on voit bien avec les nombreux suicides des rescapés de la dernière catastrophe de l’humanité. Une seule concession: encore une pub déguisée pour Coca-Cola (ah un bref moment de douceur dans ce monde à l’agonie!), mais finalement pas trop gênante… Oui je suis indulgent ce coup-là! A noter l’apparition du (très) grand Robert Duvall, en vagabond solitaire et la sublime Charlize Theron dans le rôle de l’épouse de Viggo Mortensen. Une belle réussite en effet: dans un genre surexploité ces derniers temps (lire 2012), son approche est originale et bien plus crédible. C’est simple: on a vraiment l’impression d’y être et si un jour cela doit arriver, il y a des « chances » que la survie ressemble à ce que l’on voit dans le film.

  3.  

    ornelune said

    décembre 8 2009 @ 23:09

    Peut-être un rapprochement à faire avec La guerre des mondes façon Spielberg (2004) ?

  4.  

    MaîtreLudo said

    décembre 9 2009 @ 7:08

    Avec La guerre des mondes ? Pas vraiment car le récit se déroule de longues années après un cataclysme (non révélé car là n’est pas le sujet du film). Donc, aucun rapport même. Le seul lien, et encore, serait avec Je suis une légende (Lawrence, 2007) où l’on suit bien un survivant mais les conditions sont très différentes puisque le personnage incarné par Will Smith possède à portée de main tout le confort nécessaire à sa survie : nourriture à profusion, armes à volontés, voiture, essence et même des films pour ses loisirs. Ici, il n’y a plus rien du tout et le ton est bien plus désespéré. On est donc aux antipodes de cette production hollywoodienne : pas d’espoir de dénicher un quelconque vaccin ou de retrouver beaucoup de survivants, si ce n’est quelques personnes isolées ici ou là et la plupart, soit se sont suicidées, soit sont tombées dans la folie ou bien encore, pour survivre, s’adonnent au cannibalisme. L’espoir est donc bien faible, voire carrément inexistant. En ce sens, il est vain de comparer La route à une autre œuvre.

  5.  

    mi said

    décembre 9 2009 @ 11:36

    Un Américain qui découvre une canette de coca, après 10 ans d’abstinence…Vous ne vous rendez pas compte de la symbolique…C’est comme si un Français découvrait un « Château Machin ».

    Je ne pense pas que l’auteur ait pensé à la pub, à ce moment de son récit. J’ai adoré le livre, j’ai adoré le film… Trop, trop d’émotion…
    Je me rends compte en parcourant les blogs, qu’énormément de personnes n’ont absolument rien compris et descendent le film à qui mieux mieux. Continuons à le défendre…

    Je me rappelle d’un très beau roman Le dernier rivage de Nevil Shute (1957), qui avait donné naissance à un film du même titre de Stanley Kramer (1959) avec Ava Gardner, fin du monde intimiste aussi.
    Bonne journée.

  6.  

    Benjamin said

    décembre 9 2009 @ 18:55

    Pour répondre au précédent (« Mi ») : une publicité n’est jamais placée par hasard… A fortiori pour un soda américain dans un film américain.

    Pour te répondre Ludo, il me semble que la comparaison avec La guerre des mondes s’impose puisque dans les deux histoires un père protège son ou ses enfants d’un monde en destruction et, dans les deux cas, le père se charge de leur fuite. De plus, le profil des deux pères ne paraît pas très différent et l’absence de la figure maternelle saute aux yeux. Le contexte (pourquoi ou comment l’apocalypse ?), tu l’as dis, importe peu.

    Par ailleurs, si tu rattaches La route, peut-être davantage pour l’atmosphère, à Je suis une légende, je rappelle ici ce que nous avions déjà relevé, à savoir les troublantes ressemblances de ce dernier avec Le monde, la chair et le diable (MacDougall, 1959). L’évocation du Dernier rivage dans le commentaire précédent me fait aussi penser au film de MacDougall, d’autant plus qu’ils sont sortis la même année.

  7.  

    MaîtreLudo said

    décembre 9 2009 @ 21:05

    D’accord avec toi, mais si on compare La route (mais pourquoi toujours comparer?!) avec La guerre des mondes juste parce que c’est l’histoire d’un père qui protège son ou ses enfants : ce schéma familial d’un parent isolé est systématique dans les films catastrophes (Prédictions, Le jour où la Terre s’arrêta, 2012…), donc je vois pas trop l’intérêt.

  8.  

    Benjamin said

    décembre 9 2009 @ 22:00

    Comparer est nécessaire pour apprécier. Pour évaluer l’intérêt d’une œuvre selon son originalité. Pour comprendre les influences ou les références du réalisateur, des producteurs. Pour estimer la récurrence d’un sujet ou d’une préoccupation. Pour analyser les codes d’un genre cinématographique, leur respect, leur violation.

    Observer, par exemple, ce que des films de ce genre nous disent de la cellule familiale, c’est tenir compte d’une représentation d’un des éléments de notre société. C’est regarder dans un miroir. C’est essayer de nous comprendre.

    L’intérêt serait donc de progresser sur le chemin emprunté. Ces films catastrophes, fantastiques, de science-fiction, qui mettent le monde sans dessus dessous, produits dans les années 2000 par Hollywood, disent-ils tous la même chose de la famille ? Amènent-ils tous la monoparentalité comme un modèle dominant ? La jugent-ils ? Etait-ce le cas dans les productions de même type avant les années 1970 ? Etc.

    Il est aussi intéressant de parfois constater la préférence de l’intime au mondial, la cellule familiale comme sujet principal et non plus l’explication de la catastrophe (opposons Godzilla de Emmerich en 1998 et The host de Bong Joon-Ho en 2006 dans lesquels la « catastrophe » est engendrée par le mépris de l’homme pour la nature ; ailleurs la catastrophe ou les extraterrestres sont la matérialisation d’une peur ciblée).

  9.  

    MaîtreLudo said

    décembre 9 2009 @ 22:40

    Ok si tu veux… Ah on sent le prof qui parle! Mais c’est clair que je pousse pas l’analyse si loin pour ma part, car ça m’intéresse tout simplement pas. Pour moi, tout vient des émotions ressenties, plus du coeur que de la tête disons! Ces approches intellectuelles sont peut-être intéressantes certes, moi elles m’ennuient, voilà tout.

    Pour citer Haneke (avec un seul N finalement !) qui dans Première n°392 (oct. 2009) répond à la question « ça vous énerve que les journalistes passent leur temps à analyser votre travail en vous posant des questions compliquées ? Ne préféreriez-vous pas qu’on l’aborde davantage avec notre ressenti qu’avec notre intellect ? » de la façon suivante :

    « Evidemment. Si on aborde un film seulement d’un point de vue intellectuel, c’est très dommage. Pendant la conférence de presse de L’argent, une dame avait demandé à Robert Bresson : « Pourquoi la femme du héros le quitte-t-elle ? Je ne comprends pas. » Et lui avait répondu : « Moi non plus. Au cinéma, il ne s’agit pas de comprendre mais de sentir ».

    Tout à fait d’accord avec cette dernière phrase, et ce sera tout pour moi concernant mes commentaires sur La route, je ne veux pas monopoliser les posts !

  10.  

    Ornelune said

    février 2 2010 @ 9:28

    Après avoir vu le film
    En dehors des ressemblances évoquées (le père le fils, l’absence de mère, la fuite), la comparaison avec La guerre des mondes ne s’impose en effet pas. Une différence de taille sépare les deux films : dans celui de Hillcoat, pas d’agression extra-ordinaire, pas de situation de crise ; les agressions, la crise sont le quotidien.

    Le propos de Spielberg est dépassé. Il ne s’agit plus de la simple protection de la cellule familiale (même si elle est nécessaire), mais véritablement (ce que vous signalez, Etienne et Ludo) de la survie de l’humanité, de l’espoir à préserver (le « feu »). Le père transmet la volonté de survivre et c’est du fils qu’émane encore l’humanité. Dans une société où l’individu prime, Hillcoat (probablement McCarthy) définit l’humanité par la création du lien social (avec le vieil homme, avec le voleur en bord de route).

    Le film est oppressant. Il met terriblement mal à l’aise ; jusqu’à la fin, plus optimiste, somme toute assez ratée. Mais, sans les flash-backs de souvenirs agréables (pas seulement prétexte à donner un rôle à une star féminine, Charlize Theron, mais permettant au spectateur de souffler), sans ce dénouement, il en aurait été plus insupportable encore.

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