Réflexions pointues sur films obtus…

Réflexions « pointuses » (à la fois obtuses et pointues) sur quelques films récents pour les 10 ans de la Kinopithèque.


120 battements par minute (Robin Campillo, 2017)
Film sur les réunions, un aspect de la vie qu’on oublie assez vite parce que c’est chiant et inutile mais qui occupe pas mal de notre temps. Les participants se mettent en mode projet. Ça coince parfois au niveau de l’orga mais globalement les actions ne se déroulent pas trop mal. Ça tourne court quand un des membres du conseil est condamné par la maladie. Contrairement aux réunions dans la vraie vie, le film est vibrant et intense. Par contre, comme pour les réunions dans la vraie vie, c’est un peu trop long.


Black Panther (Ryan Coogler, 2018)
Passionnant documentaire sur le mouvement politique des années 60, Black Panther a le mérite d’entrer dans les coulisses de l’organisation. Première surprise, les origines de l’idéologie sont à chercher du côté du Wakanda. Il y a de nombreux témoignages (Eric Killmonger, T’Chala, …) et, contrairement, à ce qu’il est écrit dans Wikipédia, le parti n’a pas disparu au début des années 80. Ainsi, voit-on l’organisation intervenir en Corée ou discourir à l’ONU. Le documentaire est très éclairant sur le système mis en place par le Wakanda et incite à se méfier de ce pays encore plus secret que la Corée du Nord. C’est une opinion toute personnelle mais, même si le roi du Wakanda (T’Chala) semble désormais disposé à ouvrir ses frontières, il demeure un souverain tout sauf modéré. Je doute ainsi voir Elisabeth II ou Mohammed VI faire des bonds sur des voitures ou chevaucher des rhinocéros. Petit regret : à aucun moment le documentaire ne met en parallèle l’action du Black Panther Party avec celle de Martin Luther King, qui, à l’inverse des Wakandais, a toujours préféré marcher pépouze dans la rue plutôt qu’organiser des bastons dans la flotte.


Cro Man (Nick Park, 2018)
Dernier super héros en date sorti de l’écurie Aardman, Cro Man crie son amour pour le secteur primaire face aux secteurs secondaires et tertiaires. Ainsi des paysans affrontent-ils des industriels libéraux en jouant au foot. Pas facile mais un canard géant vient régler pas mal de leurs soucis. Je pense qu’il s’agit là d’une métaphore pour représenter Bernie Sanders, Jean-Luc Mélenchon ou Ken Loach selon le côté de la Manche ou de l’Atlantique sur lequel on se situe. Donc globalement calibré pour les Insoumis, vous pouvez passer votre chemin sur vous aimez les vraies réussites de Nick Park.


Ni juge, ni soumise (Jean Libon, Yves Hinant, 2017)
Une juge belge pas piquée des hannetons fait face à la délinquance et la criminalité d’une classe globalement défavorisée. Avec la ressortie d’une vieille affaire d’assassinat de prostituées comme fil rouge, le film présente des tableaux qui interroge la position de la femme dans la société actuelle*. Juge, victime ou bourreau (dans une séquence finale absolument glaçante), iconoclaste, réservée, sous le joug des hommes ou en position de force, elle est présentée sans discours militant, voire même sans propos du tout. Ainsi, le film tient-il par la force des séquences comme autant de scènes d’actions dans un blockbuster.

* Cette phrase est ré utilisable pour la quasi-totalité des installations d’art contemporain lorsque vous en êtes peine pour en trouver un sens. N’hésitez pas. Vous pouvez également utiliser comme variante « il s’agit d’une critique de la société de consommation » voire de faire un combo mais attention vous risquez de faire démasquer votre manque d’inspiration absolue et passer pour un connard fan de Dany Boon, l’homme qui donne envie d’aimer tous les artistes confidentiels et prétentieux.


Phantom thread (Paul Thomas Anderson, 2017)
Si Paul Thomas Anderson n’était pas là, on s’ennuierait un peu au cinéma en ce moment. Une histoire d’amour entre un génie psychotique et un modèle soumis prend soudain une allure de thriller. Avec une évidente maestria, le réalisateur parle d’amour, de création et un peu de couture. On retrouve comme souvent la thématique du double (ici la sœur du couturier) et une ambiance inquiétante qui fait penser au Polanski des grands moments. L’humour déviant, la finesse de la mise en scène finissent d’en faire le régal de ce début d’année.

Lady Bird (Greta Gerwig, 2017)
Vue et revue, cette chronique adolescente s’écroule au bout d’une dizaine de minutes. La meilleure séquence du film (la fille se jette de la voiture parce qu’elle n’en peut plus de sa mère obtuse) se déroule durant le premier quart d’heure et tout y est déjà dit.
Le film n’a rien d’antipathique mais doit se regarder un dimanche pluvieux dans un état grippal pour en profiter vraiment.

Le grand jeu (Aaron Sorkin, 2017)
Le grand jeu est un sous-The social network pas désagréable. Sorkin sait parler d’argent et de réussite sociale avec un certain bagout. Quelques séquences manquent d’éclat quand le film doit arriver à son point final mais l’ensemble est plaisant.


3 billboards, les panneaux de la vengeance (Martin McDonagh, 2017)
Assurément, 3 billboards est un film drôle dont le scénario ne manque pas de coups de théâtre. Construit en trois parties, le long métrage donne la part belle aux acteurs alignant les séquences plus gonflées les unes que les autres. McDonagh cherche à toucher une large palette d’émotions, à multiplier les points de vue et à rendre plus complexe qu’il n’y paraît les personnages centraux de son histoire. Peut-être trouverons-nous tout cela indigeste à la deuxième vision. Mais lors de la première, la grande énergie du film s’avère être communicative et l’on se trouve happé dans cette fable racontée par un sale gosse.


Pentagon Papers (Steven Spielberg, 2017)
Bon alors tonton Spielberg est carrément opportuniste dans cette parabole féministe qui tombe à point nommé. Reconnaissons que les films cités plus haut se situent aussi dans cette mouvance mais cette fois, c’est grossier. Toutefois, le cinéaste ne manque pas de talent et offre quelques séquences tendues, comme celle où Meryl Streep est au téléphone et doit prendre une décision.

Paddington 2 (Paul King, 2017)
Un ourson hyper sympathique cherche du taf pour faire un cadeau à sa tante. Rythmé et souvent drôle, le film surpositif est un produit aussi vite vu qu’oublié. Hugh Grant est marrant.


Blade Runner 2049 (Denis Villeneuve, 2017)
Finalement, les réplicants auraient réussi à se reproduire tout seuls. Mauvaise nouvelle pour l’humanité. C’est beau, c’est triste, c’est facile à suivre. Cependant, je crois que Jared Leto a besoin de vacances. Ou les spectateurs ont besoin de se mettre en congé de Jared Leto.


Kingsman 2 – Le Cercle d’Or (Matthew Vaughn, 2017)
Pas d’histoire, que des morceaux de bravoure (épatants). Ça me fait penser à The raid et son aspect pornographique. Donc on va le voir pour un petit plaisir rapide et coupable. Mais 2h20 faut pas déconner non plus.

Thor : Ragnarok (Taika Wiatiti, 2017)
Odin a une fille cachée ! Il amène ça tranquillou à ses deux rejetons sur les montagnes d’Irlande. Globalement, on sait que ce n’est pas le père de l’année depuis assez longtemps. Mais la petite, qui est l’aînée de Loki et Thor, possède un réel talent pour massacrer tout le monde. Franchement une bonne marrade. Le second degré est moins vulgaire que chez Deadpool donc pas de nausée. Personnage préféré : celui qui a lancé une révolution un dimanche et où seuls sa mère et son beau-père se sont pointés. Un bonbon.


Good time (Ben et Joshua Safide, 2017)
Un jeune paumé embarque son frère un peu lent dans un braquage un peu bâclé pour partir loin. Évidemment rien ne va se passer comme il faut. Mais quelle autre vie s’offre à eux ? Coup de fouet. Drôle, nerveux, noir. Électrisant au possible, le film, qui suit la trame classique d’un loser magnifique, fait penser à un morceau des Stooges. C’est court, c’est simple et insolent et ça te met les poils. Film de l’année 2017.


Ça (Andy Muschietti, 2017)
Un clown terrorise des enfants et reprend la recette qui a fait le succès de Stranger things. Pas mal. Je fus un très bon client du mercantilisme nostalgique du métrage. Très répétitif néanmoins. Un bon blockbuster horrifique où certaines séquences valent le coup d’œil.


La planète des singes : suprématie (Matt Reeves, 2017)
L’auteur de ces lignes est complètement passé à côté du film. Présent dans la salle mais visiblement ailleurs dans sa tête, il a regardé sans intérêt ni ennui se dérouler les événements sur l’écran sans ressentir la moindre émotion. Pour l’ensemble de ces raisons, rien ne sera donc évoqué sur ce film.


Baby Driver (Edgar Wright, 2017)
Bahbah Pam !.. Bah bah Paam ! Tin tinininin ! Toutou tinininin ! Un film musical aussi bien foutu que La La Land, voire mieux tenu. Mise en scène très élaborée. Les films Jukebox ne sont pourtant pas ma tasse de thé (très mauvais souvenir de L’enfer du dimanche par exemple, qui alignait séquences et bouts de chansons sur fond de matches de football américain). Le film raconte nos tics de consommateurs musicaux à l’heure des IPod et de Spotify non sans humour. Un vrai talent pour les méchants psychotiques. Les trois grandes séquences de braquage qui structurent le long-métrage ménagent le suspense et permettent d’éviter les débordements spectaculaires qui rendent souvent les films d’actions fatigants.





nolan (De son cœur le vampire)

6 commentaires à propos de “Réflexions pointues sur films obtus…”

  1. C’est pas mal une telle sélection pour terminer notre cycle de participations ! Merci nolan. Tes présentations souvent m’amusent -les réu de 120 battements, la politique vite emballée de Black Panther, ou ton inexplicable lobotomie devant les Singes de labo-.

    Je te rejoins totalement sur Thor, pour ce que ça coûte, et sur Phantom thread qui semble culminer au-dessus de l’ensemble. Il y a aurait également à redire. Par exemple, sur Pentagon papers (mon papier très bientôt) et s’il arrive à Spielberg de peser à cause de certaines maladresses dans ce film, il sait aussi être plus subtil. Pentagon papers manque à mon avis de laisser toute la question féministe ou presque à la seule mise en scène ; le film aurait alors -me semble-t-il- gagné en puissance). Je réagis aussi, mais plus mollement, à Blade runner 2049.

    Et pour ce qui est des péchés mignons, je mise fort sur Le grand jeu.

    • Mais avec plaisir.

      Sur Pentagon papers, j’ai trouvé aussi une certaine force dans la mise en scène. Mais également un aspect forcé dans la présentation de Meryl Streep au milieu de tous ces hommes. J’irai lire ton papier !

      Sur BR 2049, je suis surtout d’accord avec la note d’Antoine mais je vais aller lire aussi vos articles très bientôt.

      Et oui « péché mignon » pour le Grand jeu ça me parait très approprié.

  2. J’ai trouvé Baby Driver extrêmement décevant pour ma part. Je n’en retiens que la bande son, certes sympa, mais pas non plus renversante. Je trouve au contraire le film fatigant, tellement peu surprenant… sans compter ses dialogues d’une pauvreté affligeante. Bref, une bluette sur fond musical mâtinée de séquences d’action certes bien foutues, mais sans grand relief. Dans le genre film de braquage récent et doté d’une bonne bande son (mais moins envahissante), Logan Lucky est beaucoup plus convaincant.

    J’ai beaucoup aimé Pentagon Papers, je trouve le film très pédagogique à l’heure où on a tendance à oublier ce qu’est un véritable travail journalistique. La copie est propre, appliquée, ça fait pas rêver mais c’est néanmoins un film qui aurait pu se vautrer et sombrer dans la célébration tout à la gloire de la démocratie américaine. Bon la fin du film n’y échappe pas complètement, mais ça passe. Sur le même thème, je conseille vivement la série Good girls revolt, où pour le coup, le combat féministe est bien plus explicite.

    Concernant 3 Billboards et Blade Runner 2049, j’ai déjà amplement donné mon avis…

  3. Pour ma part, j’ai adoré 120 BPM (je l’avais mis 2e dans mon top des films de 2017) qui a su me transporter et qui m’a toujours sembler cohérent alors qu’il propose plusieurs pistes. Et Nahuel, quel talent !

    Phantom thread est un pur régal et il me hante encore. DDL va nous manquer s’il ne sort pas de sa retraite. Un joli coup de cœur !

    Good time fait aussi partie de mes chouchous de 2017. Simple mais bien foutu, drôle, énergique et émouvant.

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